Semaine de travail de quatre jours ?

Les syndicats du secteur public proposent la semaine de travail de quatre jours (juin 1993)

Les syndicats d’employés du secteur public et parapublic québécois proposent l’instauration de la semaine de travail de quatre jours, afin de dégager les économies recherchées par le gouvernement.

C’est la première fois que les syndicats du secteur public, pour la plupart regroupés en front commun, suggèrent d’écourter la semaine de travail pour répondre aux impératifs financiers du gouvernement, qui cherche à obtenir des gains de productivité.

La proposition syndicale, qui intervient devant la menace d’une loi spéciale décrétant les conditions de travail jusqu’en 1995, n’implique pas une diminution du nombre d’heures de travail. Au lieu de sept heures par jour, les horaires journaliers seraient de neuf heures, sans paiement d’heures de travail supplémentaire.

Les syndicats n’ont pas encore déposé formellement cette proposition auprès du ministre Daniel Johnson, président du Conseil du trésor, mais un porte-parole de son cabinet a confirmé hier que les négociateurs du gouvernement «examinent actuellement » la possibilité de la semaine de quatre jours.

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« Il s’agit d’une forme de gain de productivité, c’est positif », a déclaré le porte-parole gouvernemental, M. Martin Geoffroy.

Au Manitoba, le gouvernement provincial a décrété unilatéralement ce printemps la semaine de travail de quatre jours pour ses
fonctionnaires. Mais dans ce cas, le nombre d’heures de travail a aussi été réduit et certains services sont fermés une journée par
semaine.

Au Québec, seuls quelques milliers de travailleurs bénéficient de la semaine de quatre jours, notamment dans le secteur des communications et dans le transport en commun. Il s’agirait d’une première dans la fonction publique et le secteur de la santé et des services sociaux.

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Selon Mme Hélène Gilbert, porte-parole du front commun intersyndical de 250000 membres, la formule de la semaine de quatre jours permettrait des économies, non seulement en temps supplémentaire comptabilisé sur une base journalière dans la fonction publique, mais aussi au chapitre de l’absentéisme qui diminuerait de manière importante.

De plus, selon Mme Gilbert, les services aux usagers pourraient être améliorés, grâce notamment à une disponibilité accrue de ces services, par exemple jusqu’à 20 heures chaque jour.

D’autre part, la semaine de quatre jours permettrait une plus grande stabilité du personnel temporaire ou à temps partiel et abaisserait les coûts d’administration des listes de rappel des employés dans le secteur public.

La semaine de travail de quatre jours ne serait par ailleurs pas applicable dans le domaine de l’éducation (100000 travailleurs). Cependant, la présidente de la Centrale de l’enseignement du Québec (CEQ), Mme Lorraine Page, croit que la réorganisation du travail dans l’éducation passe par un allégement de l’encadrement. Dans l’enseignement, des cadres pourraient être réaffectés à divers services destinés aux élèves et aux parents.

La semaine de travail de quatre jours

Déjà, les syndicats du front commun ont accepté un gel des salaires pour Tannée 1993-94, en échange de négociations sur la réorganisation du travail. Québec veut réaliser au cours des deux prochaines années des économies de 1,4 milliard de dollars, sous la forme d’un gel des salaires et de la récupération d’un p. cent de la masse salariale à travers la réorganisation du travail.

Le ministre Johnson a indiqué cette semaine que toute économie supérieure à un p. cent de la masse salariale pourrait se partager entre le gouvernement et ses employés en 1994-95. Le ministre reste cependant ferme quant à sa volonté de prolonger les conventions de travail et de geler les salaires. Il envisage aussi de retirer à ses employés trois journées de congé payé par année. Cela correspond donc à 171 millions (le un p. cent d’économie recherchée).

Les contrats de travail expirent le 30 juin dans le secteur public. L’Assemblée nationale s’apprête à adopter le projet de loi 102 visant leur prolongation. Tout comme le gel des salaires et la récupération d’un p. cent des dépenses.

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Seuls les 90000 membres de la Fédération des affaires sociales (FAS), affiliée la Confédération des syndicats nationaux (CSN), se sont opposés catégoriquement au gel des salaires et à la récupération d’un p. cent. Ils réclament des hausses salariales équivalentes à l’inflation.

Les membres de la FAS, présents surtout dans les hôpitaux, ont entrepris leurs propres pressions en se dissociant du front commun. Ce dernier regroupe la CEQ, la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), le syndicat des fonctionnaires et celui des professionnels du gouvernement, ainsi que quatre fédérations de la CSN.

Les 45000 infirmières ont pour leur part accepté un gel des salaires de deux ans et poursuivent les négociations sur la réorganisation du travail. La prochaine rencontre de négociations entre les syndicats du front commun et le ministre Johnson doit avoir lieu lundi.

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