Économie en vrac

Les terres lunaires

Les terres lunaires

Les terres lunaires sur Terre

Par Murad Nazarov

Travail présenté à Mme Geneviève Ouellet. Collège de Bois-de-Boulogne 360-753-BB GÉOPOLITIQUE DU MONDE CONTEMPORAIN

Depuis la fin du XIXe siècle, l’humanité est devenue dépendante d’une drogue puissante. On la connaissait depuis longtemps, mais elle a réussi à nous captiver juste vers la fin des années 1800. Depuis ce temps, cette substance ne fait qu’augmenter notre dépendance et, de nos jours, on la voit comme quelque chose d’ordinaire et d’habituelle. Un grand nombre de pays se battent et se disputent pour posséder les principaux terrains d’extraction de ce liquide visqueux. Les prix des autres produits suivent les sauts du prix de cet or noir. On parle évidement du pétrole.

Les hydrocarbures sont présents dans tous les domaines de la vie moderne : dès le transport de la marchandise jusqu’au chauffage des maisons. Les grosses compagnies pétrolières augmentent leur production pour subvenir à la demande qui croit en croissance exponentielle. Ceci les pousse à explorer de nouvelles façons d’en trouver et de l’extraire. L’extraction des sables bitumineux et la fracturation hydraulique du gaz de schiste en sont un parfait exemple. Cette tendance est surtout observée dans les pays ou le pétrole est plutôt rare et même n’existe pas dans son état habituel (liquide). Un des pays qui développe ce type d’industrie est le Canada. Selon certaines sources, le «Maple Leaf» possède la deuxième plus grande réserve en pétrole issue des sables bitumineux (1). La technologie d’extraction, qui vient de se faire mettre en fonction, n’est pas encore pleinement étudiée et faut qu’on l’observe encore pendant plusieurs années. Cependant et avant tout, est-ce que celle-ci est sécuritaire pour l’environnement?

La majorité des écologues pensent que la technologie d’extraction des sables bitumineux et du gaz de schiste présente un grave danger pour l’environnement. Elle prévoit la consommation d’une quantité énorme d’eau, d’énergie et des produits chimiques ainsi qu’avec le sable et le gaz, l’extraction fait remonter en surface les métaux lourds et radioactives qui se retrouvent dans les déchets de la production.

Tout d’abord, il faut définir les principales étapes de l’exploration du pétrole et du gaz suivant cette technologie. Celle-ci consiste, avant tout, à creuser un puis jusqu’à 4 km de profondeur sous terre ou creuser progressivement sur la surface si la roche sableuse recherchée se trouve sous la couche organique. Ensuite, on y envoie un mélange d’eau, du sable et des composants chimiques corrosifs et puissants sous une haute pression pour extraire la couche contenant la ressource voulue. La roche, à son tour, se fracture et dégage le gaz qui se fait remonter par les tuyaux. Les fragments de roche, eux aussi se remontent en surface. En haut, ils sont traités avec d’autres produits chimiques pour extraire le pétrole lourd. Les résidus de la production usés se retrouvent dans les carriers pas loin de l’endroit de la production et les eaux usées se font jeter dans la rivière.

Dans ces conditions, l’extraction consomme une quantité énorme d’eau, d’énergie et des produits chimiques. Chaque puits utilise des millions de litres d’eau potable, prise dans une rivière voisine. Selon B.C. Tap Water Alliance 1,9 x 104 m3 d’eau est utilisé lors du processus d’extraction (2). Pour comprendre l’importance de cette quantité, dirons qu’on peut facilement approvisionner de cette eau la population de l’Europe entière pendant une année (3). De plus, ce processus consomme une énorme quantité d’énergie. Cela peut atteindre deux barils pour en produire un. De là, la question de rentabilité du processus se pose. Aussi, les produits chimiques utilisés en production sont extrêmement dangereux pour la nature. Voici une courte liste de ces produits :

  • Éthylène glycol (C2H6O2);
  • Naphtalène (C10H8);
  • Xylène (C8H10);
  • Chlorite de benzyle (C6H6Cl4) et etc.

Ces produits sont tellement toxiques et corrosifs qu’il faut changer les chenilles des tracteurs sur le site d’entreposage des déchets deux fois plus souvent que d’habitude (4). Il est clair qu’il faut encadrer mieux la production de cette industrie et de s’assurer que la production n’ait pas d’impact sur la nature environnante.

Compte tenu de ce qui précède, il faut analyser les déchets de la production. En premier lieux, examinons les déchets solides. Avec la roche sédimentaire, les métaux lourds (mercure, plomb, radium, zinc, cadmium, etc.) remontent en surface. Les concentrations de ces métaux dans le sol ne sont pas importants (de 0.1 mol/tonne à 1 mol/tonne) et ne présentent pas du danger. Cependant, la concentration de ces derniers dans les déchets de la production pétrolière peuvent atteindre des valeurs qui sont dangereux pour la santé de l’humain. Si on prend en compte que la moitié d’entre eux sont radioactifs et émettent un faible fond de radiation qui cause la formation des maladies oncologiques. En les laissant à l’aire ouvert, on risque d’empoisonner la nappe phréatique ce qui amène la pollution du terrain à la distance de plusieurs kilomètres.

Donc, il est évident que les déchets doivent être mieux entreposés. En deuxième lieu, examinons les eaux usées. Comme dans les déchets solides, leurs concentrations en métaux lourds et éléments radioactifs peuvent dépasser deux fois la norme permise, ce qui entraîne une baisse considérable des espèces qui se retrouvent exposées à cette contamination. Ainsi, en Alberta, dans les régions avoisinantes les territoires d’exploration, les médecins remarquent l’augmentation de nombre des cancers rares chez la population (5). D’une manière générale, ces types de cancer n’affectent qu’une personne sur cent mille, voire, un sur million. En dernière lieu, tout ce qui était dit précédemment s’applique à l’air aussi. L’aire est constamment polluée tout au long de la production, et, donc, il faut mieux réglementer et réduire les émissions de la production pétrolière de ce type.

Quoi que ce soit, ça saute aux yeux qu’il faut faire des changements majeurs. La technologie d’extraction des sables bitumineux et du gaz de schiste présente un grave danger pour l’environnement. Elle mène à la consommation d’une quantité gigantesque d’eau, d’énergie et des produits chimiques, ainsi qu’avec le sable et le gaz, l’extraction fait remonter en surface les métaux lourds et souvent radioactifs qui se retrouvent dans les déchets de la production. Il est important d’en parler et afficher les dangers pour l’environnement et diminuer les impacts néfastes sur la nature. Sinon la production pétrolière, telle qu’on connaît aujourd’hui, transformera notre sol en territoire lunaire. Les observations, faites dans les environs des sites d’exploration, montrent déjà les effets de la production. Seul un avenir énergétique vert, constitué à 100% d’énergies renouvelables permettra de protéger nos ressources, notre santé et notre climat (6). Par contre, il est clair que les grosses entreprises ne vont pas lâcher prise et on doit exprimer notre désaccord avec ces dernières par posant des gestes réfléchis. Par exemple, insister sur les investissements dans les modifications de méthodes de production pour les rendre moins polluantes et le développement du transport sur des hydrocarbures moins lourds comme le méthane ou même le propane qui émettent moins de CO2 dans l’atmosphère. C’est depuis longtemps que le gouvernement nous promet d’introduire ces modifications. Serons-nous capables de nous libérer de l’emprise du pétrole?

Notes :

(1) PATRICE, LOTRON et ÉLODIE, METGE, Pour quelques barils de plus, Paris, Ford McMurray, France 2, 2011, 27 min (en ligne).

(2) B.C. TAP WATER ALLIANCE, How Many Tanker Trucks Does It Take To Supply Water A Horizontally Drilled And Hydrofracked Wellsite?, 2012, p.2 (en ligne).

(3) DELPHINE, CHALENÇON, Pourquoi interdire la fracturation hydraulique et le gaz de schiste?, éd. VERTS/ALE, Strasbourg, 2012, p.1-2.

(4) PATRICE, LOTRON et ÉLODIE, METGE, ibid.

(5) PATRICE, LOTRON et ÉLODIE, METGE, ibid.

(6) DELPHINE, CHALENÇON, ibid.

Médiagraphie

  • B.C. TAP WATER ALLIANCE, How Many Tanker Trucks Does It Take To Supply Water A Horizontally Drilled And Hydrofracked Wellsite?, 2012, 2 p. (bctwa.org/Frk-HowManyTankerTrucks.pdf).
  • CANADA’S OIL AND NATURAL GAZ PRODUCTEURS, 2018 Crude Oil Forecast: Markets And Transportation, 2018, Canada, 6 p.
  • CHALENÇON, DELPHINE, Pourquoi interdire la fracturation hydraulique et le gaz de schiste?, éd. VERTS/ALE, Strasbourg, 2012, 2 p (greens-efa.eu/fr/article/document/why-ban-fracking-and-shale-gaz.
  • ISRAEL, BENJAMIN et al., The Oilsands In A Décarbonizing Canada, Pembina Intitute, Canada, 2018, 4 p.
  • LOTRON, PATRICE et METGE, ÉLODIE, Pour quelques barils de plus, Paris, Ford McMurray, 2011, (youtube.com/watch?v=d9VVcYzhnk).
Le pétrole est une source importante du progrès. Photo de GrandQuebec.com.
Le pétrole est une source importante du progrès. Photo de GrandQuebec.com.

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