Le milieu et la tradition dans la Côte-du-Sud
Le milieu et la tradition : C’est un lieu commun dans la littérature de dire que l’homme civilisé a bouleversé l’environnement. Les philosophes proposent d’ailleurs les deux termes : culture et nature. Certes, les colons français qui ont peuplé la vallée du Saint-Laurent ont rompu l’équilibre naturel que les Amérindiens avaient réussi à sauvegarder. Mais cela ne signifie pas qu’ils ont pu tout modifier à leur guise et en essayant de reconstituer, en Amérique, l’habitat de leur pays d’origine.
Les colons ont dû s’adapter au climat. Les premières maisons étaient construites selon le modèle français, soit au ras du sol – au début, les maisons avaient un plancher de terre battue – avec un toit à pente raide dépassant à peine les murs. La maison québécoise traditionnelle, comme on en rencontre de nombreux spécimens sur la Côte-du-Sud, apparaît au 19e siècle. Elle témoigne d’une parfaite adaptation aux conditions climatiques prévalant au Québec. On la voie bien dégagée du sol, l’angle d’inclinaison de la toiture est moins aigu et le larmier se prolonge au-delà du carré du bâtiment, ce qui protège les murs et le soulage contre les eaux de pluie ou de fonte des neiges. Elle a assez souvent aussi une galerie où les habitants vont se bercer pendant les chaudes soirées estivales, et une cuisine d’été érigée habituellement en appentis.
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Comme celle de la Côte-de-Beaupré, la maison traditionnelle de la Côte-du-Sud se distingue par certains caractéristiques. Le plus important de ces traits est le larmier à demi-cintre.
Cette caractéristique est presque exclusive à la Côte-du-Sud entre Saint Michel de Bellechasse et Mont-Joli, mais plus particulièrement dans la région de Kamouraska et de Rivière-Ouelle où les maisons se caractérisent, en plus, par des portes monumentales. Ce revers de larmier est suffisant pour donner une physionomie différente à cette maison de la Côte-du-Sud. Vue de loin, elle ressemble étrangement à la carène d’un navire. Aucune raison n’a été donnée pour expliquer cette forme. Mais on peut tenter un rapprochement avec le fait que la région de Kamouraska est un pays de navigateurs.
Pour se protéger des vents froids du nord-ouest, les artisans de la région ont adopté d’autres manières particulières de construire. Il s’agit donc d’un nombre réduit de fenêtres et lambris plus épais du côté exposé au « nordet », porte d’entrée au sud. Selon Jacques Rousseau, c’est aussi ce qui explique pourquoi les églises de la région ont presque toujours leur façade au sud-ouest.
L’aménagement de la terre – le milieu et la tradition
La majorité des pionniers sont originaires de bocage de l’Ouest de la France, où les terres, disposées en damier, sont bornées par des haies parfois montées sur des levées de terre ou encore par des murs de pierre.
Dans la vallée du Saint-Laurent, les seigneurs ont découpé des parcelles de forme allongée. Ils l’ont fait pour donner accès au fleuve à un plus grande nombre de colons. Ce modèle a ensuite été transplanté dans les cantons du plateau. Les terres ont été entourées de clôtures de cèdre, un bois qui résiste bien à la pourriture. Parce que le bois de chauffage était partout très abondant, il n’est pas utile de conserver des buissons en bordure des champs. Cependant, les cultivateurs laissaient pousser les arbustes fruitiers sauvages : le framboisier, le noisetier, le merisier, le cerisier à grappes – ce dernier considéré par Rousseau comme un élément caractéristique de la flore de la Côte-du-Sud -, croissaient parmi les aubépines le long des fossés ou des tas de roches situés au milieu des champs.
Les premières colons ont dû composer avec l’environnement. Très vite, ils ont su tirer profit des ressources du milieu, apprenant les Amérindiens à piéger le castor, à fabriquer le canot d’écorce de bouleau, à recueillir l’eau d’érable. Mais découvrant également des applications pratiques à d’autres produits de la nature. Telles les branches de noisetier et herbe à lier pour arracher les gerbes. Ou herbe à couvrir les bâtiments. Encore foin de grève pour nourrir les bestiaux. En intégrant ces nouveaux savoirs au bagage de connaissances transmises par la tradition, ils ont développé des traits culturels originaux.
Illustration : Maison à larmier cintré. Le bâtiment avec une cheminée qui est peut-être un fournil. Il rappelle les constructions du régime français. Source de l’image : vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/26541996/larmier-cintre.
Pour en apprendre plus :
Source du texte : Histoire de la Côte-du-Sud. Sous la direction de Alain Laberge. Martine Côte, Diane Saint-Pierre, Jacques Saint-Pierre, Yves Hebert. 1993. Extrait.