Endiguement des terres au XIXe siècle

Le remodelage des écosystèmes dans la Côte-du-Sud : l’endiguement des terres

Écosystèmes dans la Côte-du-Sud : Les perturbations naturelles dans la région et l’endiguement des terres

Le défrichement constitue la première étape de l’aménagement d’une terre en vue de la production agricole. Le colon y construit ensuite ses bâtiments de ferme, creuse des fosses et élève des clôtures. C’est une entreprise individuelle, même s’il n’est pas exclu que la collaboration du voisinage ou de la parenté soit par fois sollicitée. Mais d’autres travaux de plus grande envergure peuvent affecter de vastes portions du territoire agricole.

Les aboiteaux de Kamouraska

Sur la Côte-du-sud, les aménagements les plus importants ont été faits dans la plaine de Kamouraska. Pour assainir les sols marécageux du littoral, on a utilisé la technique de l’endiguement au moyen d’aboiteaux. Le premier aboiteau a été érigé en 1860 sur la ferme du Collège de Sainte-Anne et fut prolongé en 1869. À ce moment, la digue avait permis de récupérer une superficie de 400 mètres de front sur 350 de profondeur. En 1874, un professeur d’agronomie de l’École d’agriculture, J.-D. Schmouth, estimait que dans la seule paroisse de Sainte-Anne, la construction d’une digue de 9,5 kilomètres rendrait cultivable 8400 hectares, qui n’avaient été utilisés jusqu’alors que comme pâturages.

En fait, le problème des sols d’alluvions de Kamouraska n’était pas tant le fait qu’ils étaient inondés lors des grandes marées printanières et automnales, mais plutôt qu’ils retenaient qu’ils retenaient le sel dissous dans l’eau. En dépit de leur potentiel agricole élevé, ces terres n’avaient pas été cultivées. Le professeur Schmouth expliquait ainsi la façon de régler le problème :

Pour mettre ce terrain en culture, il faut donc tout d’abord empêcher les eaux salées de les submerger, tout en donnant aux eaux de pluie en écoulement facile. Puis de procéder à leur dessalage. C’est-à-dire à l’enlèvement de l’excès de sel.

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Dans nos localités, ces conditions sont remplies de la manière suivante : On défend les atterrissements contre les marais par des digues en terre connues sous le nom d’aboiteaux, puis on les dessale en les labourant à plusieurs reprises, afin de les pulvériser et de permettre aux eaux de pluie et à celles provenant de la fonte des neiges de les laver plus promptement.

À l’exemple du collège, les cultivateurs de la région ont élevé d’autres digues pour protéger leurs terres. Dans les années précédant la Seconde guerre mondiale, le ministère de l’Agriculture a appuyé les initiatives des cultivateurs en fournissant les services d’hommes et de machinerie lourde. Jusqu’à maintenant, on s’est contenté de récupérer des terres déjà formées (au-dessus du niveau de la mer).

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Au début des années 1960, un agronome a proposé d’assécher quelques 162 000 hectares de terre. On le ferait en favorisant l’envasement des battures, au moyen de brise-lames et de clôtures à fascines. Il évoquait même la perspective de l’envasement d’une partie de l’estuaire de l’île d’Orléans jusqu’aux battures aux Loups Marins au large de Saint-Jean-Port-Joli, qui relierait l’archipel de Montmagny en un immense delta regroupant près de la moitié des terres arables de la province.

Le développement d’une préoccupation pour l’environnement au cours des deux dernières décennies a mené à un affrontement en les entre les protecteurs de la faune des marais et ceux qui posent le problème en termes économiques. Chaque groupe s’appuie sur de savantes études pour justifier ses positions. Il n’est pas toujours facile de faire la part des choses. D’autant plus que l’histoire est là pour prouver que l’intervention humaine dans les processus naturels n’a pas toujours été très judicieuse.

Voir aussi :

Source du texte : Histoire de la Côte-du-Sud. Sous la direction de Alain Laberge. Martine Côte, Diane Saint-Pierre, Jacques Saint-Pierre, Yves Hebert. 1993. Extrait.

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