Les eaux du Québec

Toponymie des lacs du Québec

Toponymie des lacs du Québec

D’heureuses surprises dans la toponymie de nos lacs

On a l’habitude de déplorer l’anglicisation du vocabulaire au Québec ; mais il arrive parfois que les linguistes ont d’heureuses surprises… les linguistes et les géographes.

C’est ce qui s’est produit dernièrement à l’occasion de l’enquête que le professeur Camille Laverdière a faite au nord de Montréal pour le compte de la Commission de géographie du Québec.

Ainsi, il y a une trentaine d’années, les autorités avaient décidé de rebaptiser le Lac des Îles, dans la circonscription de Montcalm ; elles en avaient fait le Lac Wexton, du nom du canton dans lequel il se trouve. La population continue, en 1964, à parler du Lac des Îles.

Dans Labelle, plus exactement dans le canton Marchand, il y avait autrefois un Lac Joan ; on le désigne maintenant comme étant le Lac Jaune.

Monsieur Jean Poirier, secrétaire de la Commission de géographie, nous donne cet autre exemple pris dans Montcalm : on mentionnait jadis l’existence d’un Lac Bully ; il s’est transformé en Lac Boulé… Blly, c’est-à-dire bravache ! Une eau difficile, qui « donnait du fil à retordre » aux bûcherons. Toujours tumutueuse, elle continue à se déverser dans la Diable.

Le mot « diable » revient fréquemment dans la composition des toponyme des lieux-dits du Nord de Montréal : Rapides du diable ; Chutes du diable.

Tout comme y pullulent les Lacs Verts et les Lacs Blancs, les Lacs Longs et les Lacs Croches, les Lac à la truite et les Lacs de la loutre, les Lacs Brochet, les Lacs Chevreuil, les Lacs Castor.

Dans de tels cas, il faut sans doute déplorer un certain manque d’imagination populaire.

Quand elle en a la possibilité, la Commission de géographie s’efforce d’apporter les corrections qui s’imposent pour éviter les doubles emplois.

Mais on doit éviter de détruire le vocabulaire coloré du terroir.

« Nous procédons avec prudence », dit M. Jean Poirier.

Certaines appellations géographiques ont, dans leur naïveté, un charme poétique certain ; il serait malheureux d’en priver les cartes.

Ainsi, selon le caprice d’un itinéraire, il est possible de traverser le hameau Brise-du-Lac (Montcalm) ou de se rendre au Lac-à-la-Dame, déformation d’un horrible Lac-à-la-Dam.

La surprise des voyageurs est, sans doute, de nature très différente quand ils tombent sur le Lac Culotte. Personne n’a encore révélé aux géographes l’origine de ce nom. Honni soit qui mal y pense !

En cherchant bien, on peut aussi trouver le Lac-à-Bébert. Le plus curieux, c’est que la nappe d’eau n’a jamais appartenu à Bébert, n’a jamais servi à Bébert. Il n’y a pas eu de Bébert. Il fut un temps où l’on disait le Lac Ab-Yberg. On a refrancisé! Qui fait mieux!

(Par Jacques Monnier, texte tiré du journal La Presse, le 11 avril 1964).

Lac Leamy

Presque circulaire, ce lac situé un peu à l’écart de la ville de Gatineau a un diamètre d’environ 600 mètres. Il s’écoule, à l’est, dans la rivière des Outaouais par le ruisseau du Lac et reçoit ses eaux de la rivière Gatineau par un étroit canal de 300 mètres de longueur creusé en 1848. Cette nappe d’eau située sur la première ferme de Philemon Wright portait alors le même nom que la ferme Columbia, soit Columbia Pond. Le bois qui descendait la rivière Gatineau était dirigé vers le lac pour être trié et scié. C’est pour rappeler la présence d’un certain Andrew Leamy, qui a construit en 1853 une scierie sur les bords du lac près du canal, que le toponyme Leamy fut attribué à cette nappe d’eau. Une autre petite étendu d’eau que l’on retrouve dans la partie sud-est de la réserve faunique La Vérendrye porte aussi ce nom.

Lac Le Marié

De forme allongée et ayant un pourtour très échancrée, le lac Le Marié mesure environ 6 km de longueur. Il fait partie de la zec Martin-Valin et se retrouve dans le canton de Le Mercier, à environ 40 km au nord du Saguenay. Il est accessible par une route reliée au réseau de chemins de forestiers de cette région boisée et sauvage. Le milieu environnant contient plusieurs nappes d’eau de dimension comparable et qui communiquent entre elles par de petits ruisseaux. Les lacs Betsiamites et Maingard se déchargent directement dans le lac Le Marié ; celui-ci se déverse dans la rivière aux Sables, qui draine de nombreux plans d’eau avant d’atteindre le réservoir Pipmuacan, 75 km au nord. Cette dénomination, qui date de 1948, évoque Guillaume Le Marié, membre de l’équipage de Jacques Cartier, lors de son deuxième voyage au Canada, en 1535-1536. Variantes : Lac Carrier ; Lac Travers.

Lac Le Roy

Aussi baptisé Sanimuagialik, lac où il faut aller de côté et Qallingarviup ou Qarliingaarviup Tasialunga, grand lac des nu-fesses par les Inuits, ce plan d’eau représente un important élargissement de l’Innuksuac, rivière qui se jette dans la baie d’Hudson à la hauteur d’Inukjuak. D’une superficie de 130 km carrés, long de 39 km et large de 11 km, il est pratiquement coupé en deux par une vaste presqu’île ; il se situe à plus de 60 km au nord-ouest du lac Bacqueville. Claude-Charles Le Roy, dit Bacqueville de La Potherie (1663-1736) fut notamment écrivain principal de la Marine à Brest en 1691, délégué du comté de Pontchartrain, ministre de la Marine, auprès de Pierre Le Moyne d’Iberville lors de sa fulgurante campagne contre les Anglais de la baie d’Hudson en 1697, et l’année suivante, contrôleur de la Marine et des fortifications au Canada. Bacqueville de la Potherie laisse à la postérité un récit de l’expédition de d’Iberville à laquelle il prit part et l’Histoire de l’Amérique septentrionale, ouvrage en quatre volumes publié probablement une première fois en 1722, puis en 1753. Le toponyme Lac Le Roy a été accepté par la Commission de géographie en 1951.

Village Black Creek
Un lac dans la brume… Photo – Megan Jorgensen.

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