Petits lacs de l’Abitibi-Témiscamingue
Voici quelques-uns des petits lacs de l’Abitibi-Témiscamingue.
Lac d’Obiou
Le 13 novembre 1950, un avion s’écrasait sur l’Obiou (2 793 m), massif des Préalpes du Sud situé près de Mens (Isère), à une quarantaine de kilomètres au sud de Grenoble, à la frontière des départements de l’Isère et des Hautes-Alpes, entraînant dans la mort 58 personnes qui revenaient de Rome. De ce nombre, 51 étaient des pèlerins québécois qui avaient fait ce voyage dans le cadre de l’Année sainte, la plupart provenant du diocèse de Québec.
Afin de commémorer ce tragique accident, une chapelle fut érigée à La Salette-Fallavaux, à une vingtaine de kilomètres du lieu de la catastrophe. Proche de là, la basilique Notre-Dame-de-la-Salette, érigée entre 1861 et 1879, à 1 770 m d’altitude, est un lieu de pèlerinage marial très fréquenté. Son nom, Notre-Dame-de-la-Salette, fut d’ailleurs repris au Québec en 1966 pour désigner une municipalité de la région de l’Outaouais.
Quelques années plus tard, en 1973, afin de rappeler l’événement malheureux de l’Obiou, on attribua ce nom à un petit lac de l’Abitibi-Témiscamingue, situ à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest du Grand lac Victoria, dans la réserve faunique La Vérendrye. Le lac Obiou est une petite nappe d’eau de forme plutôt allongée qui alimente au nord-ouest le lac Hénault. Le nom de la montagne française vient du mot dauphinois qui désigne le peuplier blanc.
Lac Barrière
D’une superficie de 14 km2, cet élargissement de la rivière des Outaouais reçoit la décharge du réservoir Cabonga, par un étroit passage, où est construit le barrage Barrière. Ce lac de la réserve faunique La Vérendrye est situé à peu de distance au nord-ouest du hameau de Barrière, aussi appelé Lac-Barrière et La Barrière, où la Compagnie de la Baie d’Hudson avait établi un poste de traite en 1874.
Répertorié depuis au moins 1916, ce toponyme, selon le père Guinard, traduit l’appellation algonquine Mitchikanabikong : à la barrière de pierre. La composition géologique du territoire se transforme effectivement près du lac où le calcaire cède la place à la roche granitique. Aujourd’hui, les Algonquins de Lac-Simon utilisent l’expression Mitchganabïkok Sagahigan, signifiant lac barrière, pour le désigner.
Lac du Wapiti
Élargissement de 1 km le long de la rivière des Outaouais, ce lac est situé à 45 km au nord-est du réservoir Cabonga et à 120 km à l’est de Val-d’Or. Cette appellation a été proposée par les autorités de la ZEC Festubert en 1986. Le mot algonquin wapiti – que l’on a parfois écrit ouapiti – désigne le grand cerf d’Amérique du Nord dont les bois peuvent atteindre 1,8 m. Trois autres lacs portant officiellement cette dénomination sont situés dans les régions du Québec, des Laurentides et du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Le mot wapiti signifie croupe blanche. Relativement abondant autrefois, le wapiti est disparu du Québec depuis la première moitié du XIXe siècle.
Lac du Vieillard
C’est dans le Témiscamingue que se trouve le lac du Vieillard, à la limite ouest de la réserve faunique La Vérendrye. Mesurant 8 km de long sur 1,5 km de large, ce plan d’eau avoisine un groupe de lacs, dont le plus important est le Grand Lac de la Vieille. Décrit en 1894 par l’arpenteur Henry O’Sullivan, il comporte de nombreuses îles et deux décharges qui aliment la rivière des Outaouais. L’appellation n’a toutefois été officialisée qu’en 1962.
Auparavant, c’est une désignation algonquine qui prévalait. Les formes Mishomis, Wichomis, Comisi Sakaikan et Michomis ont été recensés dans différents, dont le plus ancien remonte à 1893 et contient également le toponyme actuel. La signification varie légèrement selon les traduction de ces termes : lac du grand-père, lac du vieillard, lac du bonhomme. On a aussi relevé la forme anglaise Old Man Lake.
Grand-Lac-Victoria
Dénommé Kicisakik Sakaikan ou lac à la grande embouchure par les Algonquins, ce grand lac de la réserve faunique La Vérendrye constitue effectivement un vaste élargissement de la rivière des Outaouais qui s’étend de la baie de Missionnaires, au sud, à la baie Kawastaguta, au nord. Considéré par un explorateur de la fin du XIXe siècle, comme le plus curieux des lacs du Québec, en raison de sa forme très longue, près de 62 km, et plutôt étroite, moins de 4 km, il possède une superficie de 108 km.
Poissonneux, il se situe dans une région où le gibier ne manque pas, à l’ouest du réservoir Dozois et à environ 40 km à l’est du réservoir Decelles. L’établissement amérindien du Grand-Lac-Victoria s’élève sur la rive est, à proximité de la baie Barker. Baptisé Grand lac puis lac Missionnaire, il prend son nom actuel dans les années 1860 et rend hommage à celle qui est devenue l’incarnation de la Grande-Bretagne de la majeure partie du XIXe siècle.
Fille d’Édouard, duc de Kent, Victoria (1819-1901) succède à son oncle Guillaume IV le 20 juin 1837, et règne sur l’empire britannique, là, où le soleil ne se couche jamais, pendant près de 64 ans. Importante zone d’exploitation forestière à partir des années 1940, la région du Grand-Lac-Victoria avait déjà vu la construction d’un poste de traite vers 1785, encore en service en 1923, et l’arrivée des missionnaires, au XIXe siècle, chargé de l’évangélisation des Amérindiens. Variante : Lac Lambert.
Lac Namekos
De forme triangulaire et situé dans le canton de Giroux, à environ 90 kilomètres à l’est de la ville de Témiscaming, ce lac est alimenté par les lacs Kitcimikiwakami et Namekoses, respectivement au sud et au nord de cette nappe d’eau.Il se déverse dans le lac Dumoine et, de là, dans la rivière Dumoine jusqu’à la rivière des Outaouais. Namekos, mot des langues algonquine et montagnaise, signifie truite de lac ou truite grise, à l’exemple des variantes Namego, Namegos, Namegose, Nemogosis (petite truite) et Nemegos.
Bien que le toponyme Namekos Shakaikan n’est été recueilli qu’en 1980 d’informateurs algonquins, on peut présumer d’un usage beaucoup plus ancien. En effet, la plupart des Algonquins ayant conservé leur mode de vie nomade jusqu’au XXe siècle, ils ont ainsi émaillé le territoire de l’Abitibi et du Témiscamingue de leur toponymie particulière. On signalait ce lac en 1921 dans Noms géographiques de la province de Québec, sous la forme de Namegos.
Lac Bleu
Cette étendue d’eau du canton de Sébille, dans le Témiscamingue, se nomme Kamocakonak Sakaikan en algonquin. Cela pourrait se traduire par lac bleu ou qui émerge des flots bleus. Source principale de la rivière Bleue, tributaire de la rivière des Jardins, il se situe dans la ZEC Restigo. On le localise immédiatement au nord du lac Maganasipi et à l’ouest du lac des Jardins.
La ville de Témiscamingue s’établit à environ 50 km au nord-ouest de ce lac. Il a une longueur de 19 km, il est large de 2,1 km et a une superficie de 17 km2. Le spécifique Bleu désigne plusieurs entités géographiques au Québec. Telles des monts, un sommet, mais surtout des lacs et des ruisseaux. Cela sans doute en raison de la couleur de l’onde, du moins autrefois. Le toponyme Lac Bleu, pour identifier ce lac-ci, paraît notamment sur un plan d’arpenteur de 190 et sur une carte de 1927.
Lac Saseginaga
C’est au nord-est de la réserve indienne de Kebaowek, au Témiscamingue, que se trouve ce lac. Il se jette dans le lac Ostaboningue qui alimente lui-même le lac Kipawa. Le lac Saseginaga se situe dans le territoire fréquenté traditionnellement par les Algonquins de la réserve de Kebawe. À cette réserve il se relie d’ailleurs par un réseau de chemins d’eau et de portages. Le nom est ancien puisqu’il paraît sur la carte du Québec d’Eugène Taché, de 1870.
Quelques autres nappes d’eau du Québec ont déjà porté une dénomination semblable. Le lac Baby se situe à environ 75 km au nord-ouest du présent lac. Notamment dans la municipalité de Saint-Eugène-de-Guigues. L’arpenteur Arthur Cimon l’identifie sous le nom de Sasseganega, en 1881. En Haute-Mauricie, c’est le lac Troyes qu’on retrouve nommé Sasekinagog, en 1894. Ce nom parait dans un rapport de l’arpenteur J.-B. Saint-Cyr. L’Ontario (Sasaginaga Creek, Sasiginaga Lake, Sesikinika) et le Manitoba (Sasaginnigak Lake) témoignent de l’usage répandu du toponyme. La plupart des sources consultées s’entendent pour attribuer à ce nom. On le retrouve dans les langues algonquine, atikamekw et crie, le sens de parsemé d’îles. Une source cependant lui donne plutôt la signification de grêle ou grêlon.
Lac Boucane
Nappe d’eau du canton de Ducros, en Abitibi, ce lac se situe à 25 kilomètres au nord de la ville de Senneterre. On le trouvera le long de la route 113 menant à Lebel-sur-Quévillon. Il s’accroche au lac Parent, élargissement de la rivière Bell. Il en constitue presque une baie. C’est sans doute pour cette raison qu’on le dénomme aussi Baie Boucane. Le toponyme paraît sur les documents cartographiques au moins depuis 1918. Toutefois, on retrouvera aussi, au passage d’autres appellations. Telles Lac Smoke, Lac Smoky et Odoskonak Sagahigan. En algonquin, ce mot signifie « lac aux Coudes ».
La forme « boucan » entre dans l’usage français dans le sens de « gril de bois sur lequel les Caraïbes fument leur viande ». Il s’agit d’un mot tupi attesté en français depuis 1578. Il a donné lieu à de nombreux dérivés dont boucané, boucaner, boucaneux et boucanier. Ce sont des termes se rattachant à la technique du fumage de la viande. On les a recueillis dans les dictionnaires depuis 1611. Par extension sémantique, boucan se dit en Normandie de la fumée épaisse. Dans la langue courante au Québec, on utilise largement ce terme pour désigner tout genre de fumée qui provient de la combustion. Plusieurs entités, principalement des lacs et des rivières, portent le spécifique Boucane ou Boucané au Québec.
Lac Canimina
Formé de deux grandes baies reliées par un étroit passage, ce lac du canton de Beaumouchel possède une superficie de 14 km2. Ses eaux contribuent, après avoir emprunté le lac Camitogama, à l’alimentation du réservoir Dozois. La ville de Val-d’Or se situe à plus de 100 kilomètres au nord-ouest de son rives. L’hydronyme Canimina tiré de l’algonquin « kak munikak ». Il signifie « là, où il y a des bleuets ». On reconnut la désignation officiellement en 1935. Son origine lui a valu plusieurs formes graphiques. En effet, telles Caluminnie, Canimind et Kanimina. On l’a également désigné sous le nom de Lac Phillipps.
Lac Canachigama
Cet élargissement de la rivière Camachigama, occupe une superficie de près de 28 kilomètres carrés à l’extrémité sud du canton de Vimy. C’est à une quarantaine de kilomètres au nord-est du réservoir Cabonga. Après avoir traverse les lacs Blavet, Akos et Bouchette. Ses eaux se mêlent à celles de la rivière des Outaouais, plus au sud. Camachigama vient de l’algonquin « kamichigamaw ». Le mot se forme de « michi », « grand, gros et de « kamaw », lac etendue d’eau, et signifie « grand lac ». Le nom a paru sous la forme Kamachigama dans le « Dictionnaire des rivières et lacs de la province de Québec (1914).
Lac Carré
Ce lac du Témiscamingue, situé à environ 5 km au sud-est de la baie à la Truite. Une partie du réservoir Decelles, chevauche les cantons d’Estimauville et de Garkaonthie. Il reçoit le trop-plein de ses voisins septentrionaux, les lacs Top et Adjidjimôc, et nourrit, à l’est, le ruisseau Carré. Quelques marais se situent au sud-ouest et au nord-ouest du lac dont la forme plutôt carré explique le nom. Ce toponyme paraît sur des documents cartographiques depuis 1958. Auparavant, le lac Carré décrit ici portait le nom anglais de Square Lake. Le Québec compte au moins une bonne centaine d’entités géographiques qui retiennent le spécifique Carré, en majorité des lacs.
Lac Dufault
Plan d’eau localisé en périphérie nord de Rouyn-Noranda, on connaissait le lac Dufault avant 1912 sous le nom Lac des Îles. Peu avant, l’arpenteur Henry O’Sullivan vantait les collines environnantes, couvertes de bois recherchés (hêtre, bouleau). Il décrivait les nombreuses îles pittoresques contenues dans ce lac de 21 km carrés de superficie. Les Algonquins le nommaient Natapigique. Ce terme se traduit par « lac où on va chasser le fuffle », selon Eugène Rouillard. La rivière Dufault, qui lui sert de décharge, se jette dans le lac Routhier. C’est un élargissement de la rivière Kinojévis, à quelques kilomètres au sud-est.
C’est ce chemin qu’on parcourt en sens inverse les bûcherons venus faire chantier dans les années 1920. Les prospecteurs les avaient toutefois devancés. Encore aujourd’hui, on peut observer les traces de plusieurs mines abandonnées à proximité du lac. On avait construit une voie ferrée pour permettre leur exploitation. Son tracé fermait une baie de côté ouest du lac, la baie Sergius. On a désigné celle-ci de même que le lac et la rivière en 1912 en l’honneur de Sergius Dufault. Il fut sous-ministre et fonctionnaire impliqué dans la colonisation, la pêche et les mines entre 1887 et 1925. Les villégiateurs de la région de Rouyn-Noranda apprécient aujourd’hui le lac Dufault.
Lac du Gerfaut
Ce petit plan d’eau abitibien à la forme arrondie se situe dans une section assez bien arrosée du canton de Lens, à environ 60 km au kilomètres au nord-est du lac Camachigama. Il se déverse dans la rivière Capitachouane. Le gerfaut, dont le nom a servi à baptiser au moins un autre lac dans la région de Charlevoix, est un grand rapace diurne. Plus gros et plus massif que le faucon pèlerin, le gerfaut (Falco rusticolus) fait partie de la familles des Falconidés et vit habituellement dans les territoire nordiques, pour ne pas dire arctiques, du pays. Il peut cependant hiverner plus au sud et il n’est pas impossible qu’on l’ait observé près des lacs qui portent son nom. L’appellation proposée par la ZEC Festubert en 1986. Quant au lac du Gerfaut, situé dans la ZEC des Martres, en Charlevoix, on a fixé son nom en 1985.
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