Lac Matagami et ses environs
Lac Matagami
Partagé entre les cantons de Corbière, de Lozeau, de Le Maistre et d’Isle-Dieu, dans une région marécageuse du Nord québécois, le lac de la réunion, de la rencontre des eaux, Matagame en algonquin, est large de pr;s de 14 km, long de 43 et atteint une superficie de 236 km carrés. Il représente effectivement le point de rencontre des rivières Allard, Bell, Gouault et Waswanipi.
La ville de Matagami s’étend, quelques kilomètres au sud de la nappe d’eau qui porte le même nom, sur la rive ouest de la rivière Bell. Le lac Matagami était connu sous cette appellation au XIXe siècle. En effet, la carte de la province du Québec de 1898 indique Lac Mettagami. L. Matagami paraît également en 1900 sur la Carte d’une route conduisant du lac Saint-Jean à la baie James. Le spécifique Matagami est cependant beaucoup plus ancien.
La Carte du Canada ou de la Nouvelle France de Guillaume Delisle, datant de 1703, donne le nom de R. Matagami, attribué toutefois à la rivière Harricana qui se jette dans la baie James, et sa voisine à l’est, qui porte l’appellation R. des Iroquois, sera identifiée plus tard au XVIIIe siècle par le spécifique Nottaway. C’est rivière Nottaway qui décharge le lac Matagami. Les Algonquins appellent aussi cette étendue d’eau Madawigama Sahahigan, « lac de l’embouchure ».
Canton de Fraser
la rivière Belle qui débouche dans le lac Matagami, plus au nord, sert de limite orientale à ce canton irrigué par la rivière Laflamme, affluent qui rejoint la précédente, après une course sinueuse du sud au nord, Son terrain marécageux et assez plat s’élève à 310 mètres au sud, entre les deux cours d’eau.
Cette division territoriale, désignée en 1934, doit son nom à Alexandre Fraser 91881-1932), ingénieur civil du XXe siècle, alors que sa voisine rend hommage à un ingénieur militaire du XVIIIe siècle, Louis Franquet. Diplômé de l’Université Laval (1905), et de l’École polytechnique de Montréal (1909), Fraser pratique d’abord sa profession au ministère de la Voirie pour la construction des grandes routes (1911-1918). Il est ensuite promu assistant-ingénieur en chef (1918-1922). Puis ingénieur principal du district de Montréal (1922-1924) et terminé sa carrière comme ingénieur en chef du même ministère 91924-1932). Le nom de Frazer figure sur la carte officielle du Québec de 1946.
Canton de Franquet
Le canton de Franquet, situé au nord de Lebel-sur-Quévillon est limité à l’ouest par la rivière Bell qui se jette loin au nord dans le lac Matagami, puis dans la Nottaway. Il est irrigué par les rivières Florence et Wedding.
Au sud-ouest, à 390 m d’altitude, la colline Franquet domine de 100 m le territoire environnant. Cette unité territoriale inhabité a été nommée en 1934, en l’honneur de Louis Franquet (1697-1768). Il fut colonel d’infanterie entré dans le corps du génie militaire en 1720. Après avoir servi en Europe pendant les 30 années subséquentes dans différentes missions, il est envoyé pour un an à l’île Royale (île du Cap-Breton) en 1750, dans le but d’inspecteur les fortifications de Louisbourg, mais il y reste huit ans, exécute de nombreuses cartes et rédige des rapports très appréciés.
En 1752-1753. il visite le Canada, entre autres les villes de Québec, Trois-Rivière et Montréal, et compose un excellent mémoire intitulé Voyages et mémoires sur le Canada, qui sera publié en 1889 par l’Institut canadien de Québec. De 1754 à 1758, il met Louisbourg en état de résister aux attaques des Anglais, mais la forteresse tombe en 1758, Fait prisonnier, Franquet est retourné en France.
Canton d’Isle-Dieu
Dans la région administrative du Nord-du-Québec, le canton d’Isle-Dieu, à quelque 130 km au nord-est d’Amos, se trouve dans la partie sud du lac Matagami, où viennent se déverser les rivières Bell et Allard. La désignation de ce canton, qui remonte à 1950, évoque un prêtre français qui, sans jamais quitter la France, exerça la fonction de vicaire général du diocèse de Québec pendant plus de 40 ans. Pierre de La Rue devint, en effet, en 1722, le trente-sixième abbé de l’Isle-Dieu, abbaye normande établie en 1187. Nommé vicaire général par l’évêque de Québec, monseigneur Dosquet, en 1734, il demeura en fonction même après 1763, jusqu’en 1777, avec l’agrément des autorités romaines et métropolitaines. Sa correspondance, très considérable, est l’une des sources essentielles de l’histoire du Québec au XVIIIe siècle.
Lac Grasset
Ce lac, long de 15 km, large de 9 km et d’une superficie de 89 km carrés, couvre pratiquement tout le canton de Grasset et une partie de celui de Subercase, à 20 km au nord-ouest du lac Matagami et à 35 km au nord-est de la rivière Harricana. Alimenté par plusieurs cours d’eau, dont la Subercase au sud-ouest, le lac Grasset représente la source la plus importante de la Kitchigama, affluent de la rivière Nottaway. Les Algonquins l’appellent Apicigamijici, ce qui peut se traduire par « lac rond où il n’y a pas d’îles. Le lac ne contient effectivement aucune île et sa forme est plutôt arrondie. Cette dénomination célèbre le souvenir d’André Grasset de Saint-Sauveur (1758-1792), prêtre exécuté au cours de la Révolution française.
Lac au Goéland
Les cantons de Bourbaux, de Dussieux, de Meulande et de Vignal, se partagent cette vaste étendue d’eau d’une superficie de 251 km carrés, longue de 36 km et large de 18 km. À plus de 40 km à l’est de la ville de Matagami, elle fait partie d’un imposant bassin hydrographique au nord de l’Abitibi, comprenant les lacs Maicasagi, au nord-est, Waswanipi, au sud-est, et Olga, à l’ouest. Toutes ces entités, dont deux reliées entre elles par la rivière Waswanipi, déversent leurs eaux au nord-ouest, dans le lac Matagami, point de départ de la Nottaway vers la baie James.
Les Amérindiens de la région, appartenant à la nation crie, appelaient ce lac Kiashk ou Kiask, que le père Vaillancourt transpose et Chïyask, c’est-à-dire goéland. Ses îles servaient effectivement de refuge à plusieurs colonies de cet oiseau nageur et omnivore. L’explorateur James Clouston écrit dans son « Journal » (1819) le nom Cheaskquachiston Lake et d’autres explorateurs de l’époque utiliseront également la forme Cheashquacheston Lake.
Dans son rapport d’exploration de 1895-1896, Robert Bell traduit ce toponyme par Gull Lake et Henry O’Sullivan fait de même en 1901. La carte de la province de Québec de 1946 indique L. au Goéland. Plus récemment, le nom Lac du Héron a pu être relevé. Une bonne centaine d’autres lieux québécois, surtout des lacs, portent un nom qui fait appel au goéland dont il existe d’ailleurs plusieurs variétés.
Canton de Meulande
Le canton de Meulande, désigné en 1950, se retrouve dans la municipalité de Baie-James. Son territoire baigne en grande partie baigné le lac au Goéland. Il se situé à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Matagami. Son nom évoque le sulpicien d’origine bretonne, Louis-Armand Champion de Cicé (Bibaud le nomme Cissé de Meulande). Né à Bruz, dans le diocèse de Rennes (1648-1727) – Meulande. C’est peut-être un titre seigneurial.
Venu au Canada en 1674 comme missionnaire. On l’affecte donc à la mission iroquoise de Kenté (Quinte), près de Kingston aujourd’hui, en remplacement de François de Salignac de La Mothe-Fénelon. De retour en France en 1781 pour régler des affaires de famille, il joint les Missions étrangères et reçoit une affectation pour la Chine. Sacré évêque à Saint-Brieuc, Meulande est par la suite nommé en 1700 vicaire apostolique du Siam. Dès 1701, il devient évêque de Sabul, au Siam, aujourd’hui la Thaïlande, où il meurt en 1727. Meulande est la forme latinisée d’un nom d’origine gauloise. Le sens général est plaine du milieu, plaine centrale, lande centrale.
Canton La Pérouse
Tout juste au nord-ouest du lac Matagami, ce canton se situe à 20 km de Matagami. On le localise à quelque 150 au nord d’Amos. Choisi en 1950, le nom du canton de La Pérouse rappelle l’un des plus fameux navigateurs et explorateurs français du XVIIIe siècle. Garde-marine à Brest dès 1756, Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse (1741-1788). Il accomplit sa première mission en 1757. Alors qu’il se rend à Louisbourg puis à Québec où y débarque le régiment de Berry.
Il s’illustra par la suite au cours de nombreuses batailles, à Terre-Neuve, dans les Antilles et à l’île Maurice. On appelait cette dernière Île de France. En août 1781, il obtint la capitulation de Samuel Hearne, commandait le fort Prince of Wales. Ce fort se situait près de l’embouchure de la rivière Churchill, dans la baie d’Hudson. Puis il s’empara de York Factory. Devenu brigadier des armées navales en 1785. On chargea La Pérouse d’une expédition de découverte du côté du Pacifique. Il découvrit notamment entre le Japon et la Sibérie (entre Yeso et Sakhaline) le détroit qui porte son nom. En juin 1788, ses deux frégates se fracassèrent aux alentours de l’archipel mélanésien de Santa-Cruz. On retrouva l’épave de l’Astrolabe en 1828. Tandis qu’on n’identifa celle de la Boussole qu’en 1964.
Canton de Lozeau
À quelques kilomètres à l’est de Matagami, ce canton baigne au nord le lac Matagami. Au sud, c’est le lac Olga. Une route conduisant à la baie James le traverse d’ouest en est. Attribué en 1950, son nom souligne l’émouvante carrière du poète montréalais Albert Lozeau (1878-1924). Atteint de paralysie dès l’adolescence, immobilisé dans sa chambre. Se déplaçant difficilement en fauteuil pendant les dernières années de sa vie. Lozeau n’en a pas moins produit une œuvre littéraire remarquable.
Chantre de l’âme et de la nature, poète de la souffrance, il publie « L’Âme solitaire » (1907). C’est un mois après avoir remporté un prix au concours Les Poètes du clocher, On a tenu ce concours sous les auspices des « Annales politiques et littéraires de Paris ». Puis il publie « Le Miroir des jours » (1912). Cet ouvrage le fit remarquer de l’Académie française dont il devint officier. Déjà membre de la Société royale du Canada (1911), il fait paraître Lauriers et feuilles d’érable (1916). Entretemps, il collabore régulièrement au journal « Le Devoir ». Ses « Billets du soir », publiés d’abord en 1911, en seront déjà à leur troisième édition en 1918. On publiera ses derniers poèmes, « Les Images du pays », à titre posthume (1926).
Ville de Matagami
Bien que les autorités religieuses de l’époque aient manifesté le désir de dénommer le village minier créé en 1961 sur les bords de la rivière Bell à 183 km au nord d’Amos, Mazenod, en l’honneur de monseigneur Charles-Joseph-Eugène de Mazenod (1782-1861), fondateur des Oblats en 1826, c’est le toponyme Matagami qu’on a retenu et qui s’imposé. Par ailleurs, on peut relever l’appellation Mazenod, déjà attribuée à un canton de depuis 1920, dans le Canada ecclésiastique de 1961.
Le caractère historique du nom Matagami. d’abord attribué à une rivière au début du XVIIIe siècle et à un lac au XIXe siècle, a sans doute motivé les habitants à réclamer le maintien de cette appellation. Le nom amérindien identifie le village devenu ville en 1963. Ce mot provient des racines cries « mataÉ ou « mattawa ». Cela signifie réunion. rencontre, et « gami », étendue d’eau. Le sens général est « rencontre des eaux ». En effet, c’est à cet endroit, au lac Matagami, que se situe le point de rencontre des rivières Allard, Bell, Gouault et Waswanipi. Au début, on orthographiait fréquemment ce nom Mattagami.
Les Matagamiens doivent la naissance de leur ville, l’une des plus récentes de la région qui s’étend au nord de l’Abitibi-Témiscamingue, à la découverte, en 1937, de six fabuleux gisements de zinc et de cuivre comportant un peu d’or. Véritable porte d’entrée de la baie James. Surtout à cause de la route qui prend la direction de la centrale LG-Deux et de Radisson. Matagami constitue un petit paradis de pêche et de chasse sportives. Ces activités comblent annuellement plusieurs milliers d’adeptes. On a choisi ce centre minier plein de l’argent, du cuivre et du zinc comme siège administratif de la région de la baie James.
Canton Morris
Ce canton inhabité du Nord-du-Québec se trouve à quelques kilomètres à l’est de Matagami. Son territoire baigne en très grande partie le lac Olga. Le nom du canton rappelle le peintre Edmund Montagne Morris (1871-1913). Il était le fils d’Alexander Morris, lieutenant-gouverneur du Manitoba (1872-1877). Originaire de Perth, en Ontario, il étudie la peinture à New York et à Paris jusqu’en 1896. Déjà remarqué pour ses tableaux, portraits et paysages consacrés aux Indiens, Morris se voit élu à l’Académie royale du Canada dès 1897. Il fondera le New Canadian Art Club à Toronto, en 1908. Il en deviendra le secrétaire honoraire. Son œuvre, largement consacrée au Québec, comprend notamment un tableau assez célèbre intitulé Cap Tourmente. C’est au Québec que Morris meurt en 1913.
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