Les eaux du Québec

Canal – Chenal – Chenail

Canal – Chenal – Chenail

Canal – Chenal – Chenail

Il faut distinguer un canal d’un chenal. Le second (variante chenail), invisible à proprement parler et souvent balisé, est une voie navigable naturelle, parfois surcreusée, dans le lit d’un cours d’eau ; le premier est une voie d’eau artificielle, souvent dotée d’écluses pour permettre le passage de dénivellations dans les deux sens. (Source : Normand Cazelais, Dictionnaire géographique du Québec, Éditions FIDES, 2018).

Canal de Lachine

Deux canaux ont marqué l’histoire et le paysage sur l’île de Montréal, soit le canal de Lachine et celui de l’Aqueduc. Le géographe Ludger Beauregard a écrit dans Toponymie de la région métropolitaine de Montréal (ouvrage publié en 1968) : « Le canal de Lachine a été commencé le 17 juillet 1821, ouvert en 1824, fini en 1825, agrandi en 1843-1849 et en 1873-1884. »

Le canal de Lachine a constitué l’un des huit canaux qui, par la voie des Grands Lacs et du Saint-Laurent, reliaient l’intérieure du Canada et la mer. Qualifié de « berceau de la révolution industrielle au Canada » par le Guide touristique officiel de Montréal, ce canal est long de 11,5 kilomètres entre le Vieux-Port et le lac Saint-Louis à Lachine. Les sulpiciens, qui ont été les seigneurs de l’île de Montréal, avaient imaginé son existence dès 1670.

Le canal de Lachine a fermé en 1959 lors de l’inauguration de la Voie maritime du Saint-Laurent et a rouvert à la navigation de plaisance en 2002. Maintenant lieu historique national sous la gouverne de Parcs Canada, le canal de Lachine propose, sur ses rives, une piste ouverte aux piétons et aux cyclistes dans un milieu chargé d’histoire.

Canal de l’Aqueduc

Le canal de l’Aqueduc est une conduite à ciel ouvert qui s’étire, sur huit kilomètres, pour amener l’eau du Saint-Laurent, puisée en amont des rapides de Lachine, jusqu’à l’usine de filtration Atwater dans l’arrondissement Sud-Ouest. En ce dernier secteur considéré comme ayant une « valeur patrimoniale exceptionnelle » par la Ville de Montréal, il représente un ouvrage de génie majeur. Les cyclistes sont nombreux sur la piste cyclable qui le borde et sur les ponts qui le franchissent.

Sur la rive ouest du Richelieu, à 25 kilomètres de Montréal, le canal de Chambly (sur la route 112) a favorisé, à compter de 1843, la navigation entre le bassin de Chambly et le lac Champlain plus au sud. Il est devenu un lieu historique national. Son voisin, le fort Chambly, lui aussi lieu historique national, construit une première fois en bois en 1665 pour contrer la menace iroquoise, s’appelait alors fort Saint-Louis.

Canal de Beauharnois

Plus à l’ouest, le canal de Beauharnois, sur l’autoroute 30 et route 132, a une longue et double histoire. Un premier ouvrage, creusé de mains d’homme et inauguré en 1845, a été partagé en 13 sections entre Melocheville et Salaberry-de-Valleyfield, ville à laquelle il a donné naissance et qui a par la suite gagné le surnom de « Porte d’entrée du Saint-Laurent ». Fermé à la navigation en 1907, décrété « canal historique »il a été reconnu bien culturel par le gouvernement du Québec à l’automne 2012. Un organisme sans but lucratif, la Société du vieux canal, a pour principale mission de travailler au développement économique et récréotouristique de la région.Les habitants de Salaberry-de-Valleyfield ont la particularité d’être des Campivalenciens.

Le nouveau canal de Beauharnois a des dimensions beaucoup plus considérables. Faisant partie de la Voie maritime du Saint-Laurent, d’une largeur d’un kilomètre, il permet aux navires des Grands Lacs et aux océaniques de franchir, grâce à ses écluses, une dénivellation de 24 mètres et d’alimenter la centrale hydroélectrique du même nom d’une puissance de plus de 1560000 mégawatts. Il a fallu attendre la mise en service de la centrale Robert-Bourassa, à la Baie-James, avant de la surpasser.

Canal de Soulanges

Le canal de Soulanges (route 338, autoroute 20) a été une voie navigable de 23,5 kilomètres. Il reliait les lacs Saint-François à l’ouest et Saint-Louis à l’est, pour éviter les rapides du Saint-Laurent. Il a été construit de 1892 à 1899 à une profondeur de quatre mètres et demi, comme solution de rechange à l’ancien canal de Beauharnois d’une profondeur de moins de trois mètres. Près de 5 000 navires le fréquentaient chaque année à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Demeuré en fonction jusqu’à l’ouverture de la Voie maritime du Saint-Laurent en 1959, il a été classé monument historique par le ministère de la Culture et des Communications du Québec en 1984.

Chenal du Moine

L’auteur Germaine Guèvremont nous a fait connaître le chenal du Moine, dans les îles de Sorel, près de Sorel, par les romans Le Survenant (1945) et Marie-Didace (1947) et par les téléromans qui en ont été tirés. En voici un extrait :

Couac ! Dans un bruissement sec, un butor, de son vol horizontal, raye le paysage. L’eau clapote contre la barque. Didace se réveille. Brusquement il questionne : Survenant, dis-moi comment c’est que t’es venu à t’arrêter au Chenal ?

Le chenal du Moine se trouve à Sainte-Anne-de-Sorel, dans l’archipel du lac Saint-Pierre ; on y retrouve les îles du Moine, de Grâce et des Barques. En 1957, Germaine Guèvremont a fait construire un chalet dans l’îlette au Pé et y a passé ses 11 derniers étés. Des entreprises proposent des excursions nautiques (en bateau, en rabaska, en kayak) dans l’archipel également renommé pour ses recettes de gibelotte (mélange de perchaudes, de pommes de terre, de légume et d’épices). Ce plat fait l’objet d’un Festival de la gibelotte en juillet à Sorel-Tracy. À l’automne, les canards attirent les chasseurs par milliers.

Chenal aux Bouleaux

Situé entre l’île Nue de Mingan et l’île à Bouleaux de Terre, ce chenal large de 7 km fut baptisé Birch Channel par l’hydrographe Bayfield en 1832, d’après les noms que celui-ci avaient donnés aux deux îles voisines : Outer Birch Island et Inner Birch Island. Traduit en 1913 par Chenal aux Bouleaux, ce toponyme fut déclaré officiel en 1958 par la Commission de géographie.

Chenal du Sud

Entre l’île d’Orléans (sur la route 368), l’île Madame (archipel de Montmagny) et la pointe de Lévy (route 132), le chenal du Sud a été régulièrement emprunté par les navires à voiles et les océaniques venus du monde entier. En avril 1984, son nom a été changé en chenal des Grands-Voiliers pour célébrer le 450e anniversaire de l’arrivée de Jacques Cartier.

Chenal des Grands Voiliers

Longtemps connu sous le nom de Chenal du Sud, ce passage fluvial, emprunté par les navires océaniques, s’étend au sud de l’île d’Orléans, entre l’île Madame et la pointe de Lévy. Le nom actuel, attribué en avril 1984, commémore la venue à Québec des grands voiliers, à l’occasion du 450e anniversaire du premier voyage de Jacques Cartier dans le golfe du Saint-Laurent.

Chenal McLelan

Ce chenal de près de 20 km de long et entre un 1,5 et 2 km de large fait communiquer la mer du Labrador et la baie d’Ungava, dans l’extrême nord-est du Québec, isolant l’île Killiniq de la terre ferme. Il est bordé de côtes dénudées et fort escarpées. Son nom provient de celui d’Archibald Woodbury McLelan (1824-1890), constructeur et propriétaire de navires, marchand de bois et homme politique. Membre de la législateur de la Nouvelle-Écosse depuis 1858, il s’opposa d’abord à l’entrée de cette province dans la Confédération mais finit par s’y résigner. Élu dès 1867 à la Chambre des communes, il fut nommé sénateur en 1869 mais démissionna en 1881 pour redevenir député et occuper plusieurs ministères successifs dans le cabinet de sir John A.Macdonald. Devenu lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse en 1888, il occupa cette fonction jusqu’à son décès. Une carte du territoire d’Ungava de 1911 accompagnant le neuvième rapport de la Commission de géographie du canada indique « McLelan Sir », c’est-à-dire McLelan Strait. De leur côté, les Inuits appellent ce chenal Ikirasaq, qui signifie le chenal ou la passe.

Chenal Nastapoka

Voie d’eau naturelle de la baie d’Hudson comprise entre les îles Nastapoka et la côte du Québec. D’une largeur moyenne de 6 km, le chenal Natapoka s’étend comme un arc de cercle de quelque 160 km de longueur parallèle au continent, à partir de l’île Flint, un peu au sud du Goulet du lac Guillaume-Delisle, jusqu’à l’île McTavish, à 7 km au sud de l’embouchure de la rivière Boniface. La profondeur de l’eau et l’abondance de havres y facilitent la navigation. Étant donné que le nom Nastapoka fait allusion à un endroit où l’on a vu un caribou tué par des rapides il es possible que le chenal tire son origine du nom de la rivière directement, ou indirectement de façon plus vraisemblable, s’il a été nommé d’après les îles qui la bordent.

Canal de la Rive Sud

Sur une trentaine de kilomètres, le canal de la Rive Sud, en direction ouest, commence au pont Jacques-Cartier et se termine à l’extrémité ouest de la réserve indienne de Kahnawake. Cet ouvrage important de la voie maritime du Saint-Laurent, terminée en 1959, a pour but d’éviter les eaux tumultueuses des rapides de Lachine au sud de l’île de Montréal.

Canal Saint-Georges

À l’île d’Anticosti, le canal Saint-Georges d’une longueur d’environ 700 m relie le lac du même nom à la baie Gamache. Il arrose le village de Port-Menier en le traversant dans sa partie centrale. Saint-Georges fait probablement allusion au saint patron de Georges Menier (18801933), neveu du chocolatier français Henri Menier,, fils de Gaston Menier et Julie Rodier, qui fut propriétaire de l’île à partir de 1895. Cependant Saint-Georges peut évoquer également celui de Georges Martin-Zédé (1864-1951), l’ami d’Henri Menier qui, de l’achat à la vente de l’île (1895-1926), en fut le fidèle et zélé directeur général.

Chenal Le Goulet

Chenal de 5 km de longueur sur 1 km de largeur situé à environ 40 km au sud de la municipalité du village nordique d’Umiujag, le Goulet relie la baie d’Hudson au lac Guillaume-Delisle. Nom géographique descriptif adopté officiellement en 1961, Le Goulet désigne un passage étroit entre des falaises dont l’altitude passe, en allant vers l’est, de 30 à plus de 450 m. Auparavant, ce chenal était appelé The Hazard ou encore Gulf Hazard, ce qui indique un passage dangereux. Le lac Guillaume-Delisle étant au même niveau que la mer, le danger provient de la quantité d’eau qui tend à s’engouffrer dans ce passage étroit et de la vitesse accélérée des flux et reflux. Lors de son passage, en 1896, le géologue Albert Peter Low n’a donné aucun nom spécifique à ce chenal. Le nom inuit de cette entité est Angullutaaluk, élargissement de la rivière située près d’un méandre. Variante : Kwaakushchuun.

Chenal de la Cormoraillère Sainte-Geneviève

Cet accès au havre de Betchouane, situé dans l’archipel de Mingan entre les îles à la Chasse et Sainte-Geneviève, fut nommé Saints Channel par l’hydrographe Bayfield en 1832. Traduite par Chenal des Saints en 1913, la forme Saints Channel fut déclarée officielle en 1960 et remplacée en 1979 par Chenal de la Cormoraillère Sainte-Geneviève. Le mot cormorandière, qu’on retrouve en 1744 sur une carte de Nicolas Bellin représentant l’île Royale (Île du Cap-Breton), désigne tout lieu où s’établissent les cormorans, en particulier les anfractuosités dans les rochers. Sur une autre carte de Bellin (1764), on relève « Les Cormorandieres » identifiant un groupe d’îles dans la mer, donc un espace peuplé de cormorans plutôt que les anfractuosités elles-mêmes. Cormoraille, cormorantière our cormoraillère sont des déformations du mot cormorandière en usage aux îles de la Madeleine de même qu’à Havre-Saint-Pierre dont les pionniers étaient originaires des îles.

Canal de l'Aqueduc de Montréal. Photographie de Megan Jorgensen.
Canal de l’Aqueduc de Montréal. Photographie de Megan Jorgensen.
Canal de Lachine. Photographie de Megan Jorgensen.
Canal de Lachine. Photographie de Megan Jorgensen.

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