Les eaux du Québec

Archipel d’Hochelaga

Archipel d’Hochelaga

Archipel d’Hochelaga et son histoire

Depuis la confluence du Saint-Laurent et de la rivière des Outaouais, l’archipel d’Hochelaga comprend toutes les îles sur la rivière des Mille Îles, la rivière des Prairies et une section du Saint-Laurent, soit plus de 320 îles, îlots et écueils : les îles de Montréal, l’île Jésus, l’île Bizard, îles de Boucherville et toutes les autres depuis l’île Perrot jusqu’à celles de Varennes inclusivement.

C’est au frère Marie-Victorin que l’on doit l’expression et définition Archipel d’Hochelaga. En effet, en 1935, dans son ouvrage « Flore laurentienne » le frère Marie-Victorine décrit comme un extraordinaire carrefour d’eaux courantes. Toutefois, ce n’était pas la première fois que le nom Hochelaga était utilisé dans la toponymie québécoise, puisque, avec la dénomination Mont Royal, il est l’un des noms les plus anciens de Montréal. Dans sa « Relation de 1535-1536, Jacques Cartier note que nous « trouvâmes sur le chemin l’un des principaux seigneurs de ladite ville de Hochelaga, accompagné de plusieurs personnes. Après que nous fumes sortis de la dites ville fumes conduits par plusieurs hommes et femmes sur la montagne devant dite qui est par nous nommée Mont Royal distant du dit lieu d’un quart de lieue. »

On affirme généralement que le nom Hochelaga, variante de l’iroquois « oserake », signifierait « chaussée des castors ». Par ailleurs, W. D. Lighthall prétend que ce nom dérive du mot iroquois « osheaga » dont le sens serait « gros rapides ».

L’historien W. F. Ganong note qu’il n’y a pas de contradiction entre ces deux significations puisque Hochelaga déterminait les rapides de Lachine. Dans la mythologie amérindienne, il se crée des rapides lorsque les dieux, voulant se rendre en amont des cours d’eau, détruisent les chaussées construites par des castors géants. Les Malécites, par exemple, expliquent ainsi la formation des rapides situées à l’embouchure de la rivière Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Les Iroquois auraient avancé la même explication d’origine mythique pour la formation des rapides de Lachine. Les deux sens de gros rapides et de chaussée des castors attribués au nom Hochelaga deviennent alors compatibles. Comme Hochelaga aurait désigné à l’origine les rapides de Lachine, le nom a été appliqué à la bourgade iroquoise par Jacques-Cartier en 1535. C’est dans sa « Relation de 1541 » que Cartier appelle ce village de son nom véritable qui est Tutonaguy.

Des auteurs, dont en particulier l’historien Ganong, soutiennent que le « lieu nommé Achelacy qui est un détroit du dit fleuve fort courant et dangereux » selon la Relation de 1535 de Cartier est à rapprocher sémantiquement d’Hochelaga. C’est à Achelacy que l’on trouve les rapides Richelieu, dans le Saint-Laurent, à la hauteur de Portneuf et de la pointe Platon. Les noms iroquois Hochelaga et Achelacy auraient donc le même sens. En outre, dans son récit de 1632, Samuel de Champlain note que « de là le dit Cartier alla à mont le dit fleuve quelques soixante lieues jusqu’à un lieu qui s’appelait de son temps Ochelaga et qui maintenant s’appelle Grand Sault saint Louis, lesquels lieux étaient habités de Sauvages, qui étant sédentaires, cultivaient les terres. Ce qu’ils ne font à présent, à cause des guerres qui les ont fait retirer dans le profond des terres. »

À Montréal, plusieurs entités géographiques portent le nom Hochelaga, notamment une circonscription électorale municipale, une rue et un parc. D’autres noms ont disparu. Ainsi, la municipalité d’Hochelaga qui a été érigée par proclamation en 1845, elle devenait le village d’Hochelaga en 1963 et, en 1883, celui-ci fut annexé à Montréal pour devenir un quartier de la ville. De même le nom de Grand fleuve de Hochelaga donné par Jacques Cartier en 1535 pour désigner le Saint-Laurent est sorti très de l’usage.

Île Sainte-Thérèse

Au milieu du Saint-Laurent, entre Montréal, Repentigny et Varennes, l’île Sainte-Thérèse a un périmètre de 11 kilomètres.

C’est la cinquième plus grande de l’archipel d’Hochelaga. Elle a servi de lieu de quarantaine pour les immigrants au XIXe siècle. Née des matériaux transportés par le fleuve (ou alluvions), elle est vouée depuis longtemps à l’agriculture et au pâturage, comme en témoignent de vieux documents datant du Régime français ; elle a d’ailleurs constitué, dès 1662, la deuxième seigneurie de la Nouvelle-France, après celle de Québec. Son sol fertile est constitué d’une épaisse couche de sable argileux. Sa superficie cultivable dépassait les 600 hectares en 1900. L’érosion, et des travaux de redressement de la voie maritime du Saint-Laurent, lui ont fait perdre, depuis, une soixantaine d’hectares. Quelques familles de fermiers y résident encore ; la seule façon de s’y rendre est en embarcation privée. Sa partie sud-est accueille une réserve faunique et aquatique. On peut la voir en entier depuis l’observatoire, en haut de la tour du Stade olympique de Montréal.

Île aux Hérons

Longue de 1,3 km, large de 400 m et haute de moins de 10 m, l’île aux Hérons est située à l’aval des rapides de Lachine, plus près de l’île de Montréal que de la rive sud et, malgré son accès difficile, habitée par un petit nombre de villégiateurs. Plus grand que l’île au Diable, les Sept Soeurs, l’île Roch et l’île aux Chèvres, habitées elles aussi, l’île aux Hérons constitue avec les îles voisines un refuge d’oiseaux érigé en sanctuaire en 1937 dans le but de protéger les nombreux grands hérons qui y trouvaient et y trouvent encore d’excellentes conditions de nidification. Le 17 octobre 1672, l’île aux Hérons et les îles avoisinantes furent concédées à Zacharie Dupuis, major et commandant à Montréal, pour être ajoutées à l’arrière-fief de Verdun qu’il avait reçu l’année précédente. Le nom de cette île s’est imposé spontanément à Champlain en 1611 lorsque deux Amérindiens lui rapportèrent qu’une île « avait si grande quantité de hérons, que l’air en était tout couvert ». Plus loin dans son récit, Champlain ajoute «  Dès le matin ledit Louis fut appeler les deux Sauvages, pour s’en aller à ladite isle des Hérons », près de laquelle le jeune Français Louis et un Indien se noyèrent. C’est ainsi que cette île, identifiée par Champlain comme L’Île aux Hérons, dans son plan du grand sault Saint-Louis, est entrée dans la toponymie québécoise au début de la colonie.

Dans plus d’une âme on voit deux choses à la fois : Le ciel, — qui teint les eaux à peine remuées, et la vase, – fond morne, affreux, sombre et dormant. (Pierre Loti Figures et choses qui passaient). Photographie de Megan Jorgensen.
Dans plus d’une âme on voit deux choses à la fois : Le ciel, — qui teint les eaux à peine remuées, et la vase, – fond morne, affreux, sombre et dormant. (Pierre Loti Figures et choses qui passaient). Photographie de Megan Jorgensen.

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