Une manne pour les cuisiniers

Découvertes d’Orient et d’Amérique pour le palais

Une manne pour les cuisiniers, pour les gourmets. (Ne pas confondre : il est question ici d’anatomie et non d’architecture !)

Pour le palais, découvertes d’Orient

Depuis que les caravelles rapportent régulièrement des cargaisons orientales aux ports européens, les marchands d’épices ont des assortiments variés à offrir à leur clientèle. Les cuisinières désireuses de relever la saveur un peu fade des plats qu’elles apprêtent n’ont que l’embarras du choix : poivre, cannelle, clou de girofle, gingembre, muscade, vanille, piment, etc… Une viande un peu avancée prend une saveur excitante quand on l’assaisonne de poivre piquant; une pincée de gingembre rend la bière plus corsée et un heureux mélange d’épices en poudre transforme un vin banal en feu liquide. L’Orient est en train de transformer notre cuisine nordique, pour la plus grande joie des palais et des estomacs.

Les excès de table sont moins à redouter grâce aux médicaments que les apothicaires composent avec le camphre, la gomme arabique et les aromates d’Orient dont les propriétés stimulantes et toniques sont connues : musc, ambre, racines d’iris.

Pour le palais, découvertes d’Amérique

La forte saveur des épices a un peu amoindri la délicatesse de notre palais.  Depuis longtemps, la fraîcheur a disparu de nos tables. Voici un excellent moyen d’être un peu exotique et de présenter à vos convives des produits qui sortent de l’ordinaire. De plus en plus, nous trouvons aux marchés des produits nouveaux. Nous voulons parler des fruits et légumes provenant de l’Amérique.

Il y a d’abord le maïs. Maïs nous ne le recommandons pas trop. C’est la nourriture de base des Indiens. Quant à la pomme
de terre, il en est question ailleurs dans cet article.

La tomate est un fruit de la grosseur d’une cerise. Elle est charnue, parfois juteuse et a un goût spécial. Un fruit qui vient du Pérou : le piment. Si vous n’aimez pas ce qui a une saveur âcre, n’en mangez point.

Il ne faut pas oublier aussi les fraises qui sont beaucoup plus grosses que celles que nous pouvons récolter en France. Elles sont d’un rouge très vif. Si vous achetez ces fraises, ne les montrez pas au coq d’Inde car il hait le rouge. Depuis l’année dernière, grâce à Cortez, il y a des coqs d’Inde en Europe. Cet oiseau peut peser jusqu’à vingt livres. Il s’engraisse facilement et il a une chair assez tendre. Nous vous dirons bientôt quelle est la meilleure
façon de l’apprêter.

Le nectar des Indiens

Stadaconé. — (De notre correspondant iroquois). — Les habitants de Stadaconé ont remarqué que, lors de leurs réjouissances, les Français se vantaient de déguster le meilleur des vins.

Autre pays, autres moeurs, nous a-t-on dit. Ici, il y a un certain breuvage que nous réservons pour les grands festins : l’huile de loup-marin. À la fin d’un banquet c’est merveille de nous voir siroter un plein gobelet de cette fine liqueur ! Bien peu de blancs que nous avons rencontrés ont accepté de partager cette coutume.

Une manne : La patate, est-elle victime de calomnie ?

PARIS. — Les terres nouvelles renouvelleront peut-être notre garde-manger. Ceux qui reviennent de ces pays lointains nous ont rapporté toutes sortes de fruits et de légumes, il y en a un, pourtant très populaire aux Amériques, et qui n’a aucun succès ici.

Certains trouvent que la patate a un goût de terre, qu’elle est trop petite, que la pelure a mauvais goût, qu’elle donne une drôle de saveur au potage. Enfin, on accumule contre la patate toute une litanie de reproches.

Pour enlever le goût de terre, il suffirait peut-être de laver soigneusement le tubercule. Quant à la pelure, il doit être possible de l’enlever sans faire disparaître la valeur nutritive du produit.

Il se peut qu’un jour la patate nous sauve de la famine. Elle est beaucoup plus facile à cultiver que le blé. Elle est résistante, elle peut pousser sous presque tous les climats et dans n’importe quel sol. Enfin, elle demande le minimum de soin. N’est-ce pas le produit idéal ?

Nous avons nous-mêmes mangé quelques patates que Pierre Cieça a envoyées en Espagne. Nous pouvons vous dire que la chair de la patate a un vrai bon goût de châtaigne. L’essayer sans préjugé, c’est l’adopter.

Voir aussi :

Source du texte : Le Boréal Express, Journal d’histoire du Canada.

Illustration : Pommes de terre. « Cependant, tout finit ici-bas, tout passe, même la faim de gens qui n’ont pas mangé depuis quinze heures. (Jules Verne, extrait de Vingt mille lieues sous les mers). » Photo : GrandQuebec.com.

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