Côte-Nord

Havre-Saint-Pierre – histoire des lieux

Havre-Saint-Pierre – histoire des lieux

Havre-Saint-Pierre et ses environs : histoire des lieux

Un groupe de familles acadiennes des îles de la Madeleine, qui avaient été auparavant déportées à Savannah (Georgie), s’installent, en 1858, à un endroit dit Pointe aux Esquimaux, sur la Côte-Nord, à quelque 200 km à l’est de Sept=Îles et à 870 km au nord-est de Québec, par la route.

C’est ainsi que naquit Havre-Saint-Pierre. D’abord érigé canoniquement en 1872 sous l’appellation de la paroisse de Saint-Pierre-de-la-Pointe-aux-Esquimaux, l’endroit était municipalisé dès l’année suivante et, dans l’usage courant, identifie comme Pointe-aux-Esquimaux, car jadis un groupe inuit avait habité cette pointe.

En 1927, la dénomination est modifiée en Havre-Saint-Pierre, car on désirait mettre l’accent sur le havre qui caractérise l’endroit, tout en conservant le volet hagionymique du nom originel ; d’ailleurs le nom du bureau de poste local ouvert en 1872 sous le nom d’Esquimaux Point devenait Havre-Saint-Pierre en 1924.

Si « Havre » fait allusion au petit port formé par plusieurs longues îles face à l’île d’Anticosti et dénommé anciennement Rade des Esquimaux (1735), Havre des Esquimaux (1870), l’élément Saint-Pierre rappelle que le père oblat Charles Arnaud y a célébré la première messe le 29 juin 1857, jour de la fête de Saint-Pierre, patron des pêcheurs. En montagnais la dénomination Wepmiskaw signifie « pointe du castor blanc ». Considéré comme la plus grande agglomération de la Côte-Nord jusqu’en 1936, date de la fondation de Baie-Comeau, Havre-saint-Pierre demeure la plus importante municipalité de la Minganie, siège de la MRC de Minganie ainsi que de nombreux services gouvernementaux, municipaux, régionaux. Cette terre a été chantée par le poète local Roland Jomphe et l’histoire des lieux est bien connue grâce notamment au journal de Placide Vigneau qui couvre les années 1857 à 1926. Les Cayens, gentilé qui rappelle les origines acadiennes des premiers habitants – contraction d’Acadien qui devient Cadien, pis Cayen – oeuvrant surtout pour la compagnie Fer et Titane du Québec dont les gisements d’ilménite, métal composé de fer et de titane, exploités à partir de 1948, se trouvent à 40 km plus au nord, et qui constitue en quelque sorte la colonne vertébrale de l’économie de Havre-Saint-Pierre encore considérée comme l’une des localités majeures de la Côte-Nord. La présence de l’archipel de Mingan, au large de Havre-Saint-Pierre, constitue un puissant attrait touristique dont les retombées économiques importantes bénéficient à la municipalité, jadis largement dépendante de l’industrie de la pêche.

Rapides Kupitan

Les rapides Kupitan marquent le cours de la rivière Manitou, dans la municipalité de Havre-Saint-Pierre. Appellation d’origine montagnaise adoptée officiellement en 1984, Kupitan signifie  « C’est la décharge » et décrit bien la réalité géographique puisque la rivière constitue la décharge du lac Manitou.

Canton de Laurin

Cet espace administratif est situé à environ 40 km au nord-est de la municipalité de Havre-Saint-Pierre, sur la Côte-Nord. Son territoire, traversé par la rivière Romaine du nord au sud, est baigné par le lac du Vingt-Deuxième Mille, élargissement de la rivière de la Corneille. Cette désignation, choisie en 1949, souligne la carrière de Pierre Laurin (1919-1949), dans l’aviation militaire canadienne. D’abord pilote de la Canadian Pacific Airlines en 1942, il s’enrôle dans la Royal Air Force en 1944 avec pour mission de conduire en Angleterre les bombardiers construits au Canada. Après la guerre, en 1945, son ancienne compagnie l’assigne au service de la Côte-Nord. Il est mort tragiquement lors d’un accident d’avion survenu en 1949 à Sault-au-Cochon, dans la région de Charlevoix.

Rivière Lechasseur

Souvent désigné Rivière Chasseur ou Rivière du Chasseur, ou encore Rivière des Chasseurs, ce petit cours d’eau d’une dizaine de kilomètres de longueur se jette dans le golfe du Saint-Laurent, à l’ouest de l’embouchure de la rivière Romaine, entre Mingan et Havre-Saint-Pierre sur la Côte-Nord. La désignation peut faire allusion à la chasse, très réputée dans cette région, ou reprendre un patronyme. Les Montagnais quant à eux parlent de Kanehkuhuakau Hipis, c’est-à-dire du ruisseau de la pointe de terre, évoquant ainsi une pointe localisée vers l’embouchure de la rivière Lechasseur.

MRC de Minganie

À la fois la plus vaste (128 473 km carrés) et l’avant-dernière des moins peuplées, la municipalité régionale de comté de Minganie s’étend du Labrador jusqu’au milieu du détroit d’Honguedo dans le Saint-Laurent et comprend la Moyenne Côte-Nord, l’arrière pays de la Basse Côte-Nord et l’île d’Anticosti. Comme pour les autres MRC de la Côte-Nord, l’intérieur de perd dans les Laurentides boréales tandis qu’une plaine suit le littoral. L’arrière-pays de la Basse Côte-Nord est quant à lui couvert par le plateau du Petit Mecatina, une région plus uniforme que les Laurentides boréales mais la composition identique. L’archipel de Mingan et le littoral y attenant, fameux pour leurs figures d’érosion du calcaire, et l’île d’Anticosti, qui forme un petit monde en soi demeurent les grandes particularités naturelles du pays minganois. Établie en janvier 1982, la MRC de Minganie compte huit municipalités dont Havre-Saint-Pierre, la plus populeuse (50 % de la population totale), et deux territoires non organisés qui couvrent plus de 89 % de la superficie. Principalement rurale mais non agricole, de langue maternelle française, avec une minorité de langue maternelle autochtone de près de 9 % concentrée dans les réserves indiennes de Mingan et de Natasqhquan, la population de la MRC est également jeune, car le nombre de personnes de moins de 25 ans y est le 25 % supérieur à la moyenne québécoise. Les travailleurs du bâtiment, des transports, les mineurs, les pêcheurs et les trappeurs s’y trouvent aussi en plus grande proportion qu’au Québec en général. Une grande part de l’activité économique de la MRC tourne autour de la poissonnière de Rivière-au-Tonnerre. C’est le frère Marie-Victorin qui a créé le toponyme Minganie. Il l’utilise dès 1928 dans le titre d’un article, « Deux épibiotes remarquables de la Minganie ». Dans la « Flore de l’Anticosti-Minganie » (1944), l’auteur mentionne l’ensemble des îles de l’archipel de Mingan sous le nom de Minganie. Aujourd’hui, ce toponyme désigne une région beaucoup plus vaste.

Canton de Parker

Dès 1946, l’ingénieur minier américain Russell Johnson Parker intéressa la compagnie minière Kennecott Copper Corporation à l’exploitation du dépôt d’ilménite (oxyde naturel de fer et de titane) de la région du lac Allard, sur la Côte-Nord, en vue de la production de titane. Cet ingénieur est disparu lors d’un accident d’avion en 1949. Ses découvertes devaient amener la création de la société Québec Iron and Titanium Corporation. Cette compagnie construisit, à Sorel, une usine pour la fonte du minerai extrait de la région. Les lacs Allard et Tio se trouvent dans le canton de Parker, à 30 km au nord de Havre-SAint-Pierre. Un chemin de fer relie cette ville aux mines de ce canton.

Île La Petite Romaine

Cette île de l’archipel de Mingan située au sud-est de l’embouchure de la rivière Romaine forme, avec sa voisine la Grosse Romaine, une paire d’îles dont l’évolution toponymique fut parallèle. En 1735, on les désignait d’ailleurs sous le nom de Isles de Moullange. À partir de 1790, Thomas Wright lui attribué maladroitement le nom de Moiac (moyac, moyaque), nom familier de l’eider commun. Cette appellation perdurera jusqu’en 1979, époque à laquelle elle fut officiellement remplacée par la Petite Romaine, en usage déjà depuis les années 1940, forme qui provient de Petite Îles de la Romaine, dénomination attribuée par Placide Vigneau à la fin du XIXe siècle. Les Montagnais lui donnent les noms de Missipinukus, « petite île au gibier d’eau » ou Kamituhihalit, île formée de petits trembles.

Canton de Puyjalon

Le comte Henri de Puyjalon (1841-1905), originaire de Puyjalon, Bas-Limousin, immigra au Canada en 1872 Pendant les 25 ans qu’il a vécues sur la Côte-Nord (1880-1905), il a fait œuvre de géologue, de zoologiste et de protecteur de la faune. Un des fondateurs de la Société d’histoire naturelle du Labrador, il a été gardien de phare et inspecteur général pour la chasse et la pêche. Puyjalon s’est attaché notamment à démontrer la nécessité de lois de protection des richesses naturelles. Décédé à son camp de l’île à la Chasse, il y fut inhumé, suivant son désir, près de la baie qui porte son nom, non loin de Havre-Saint-Pierre. On avait surnommé Puyjalon le solitaire de l’île à la Chasse et aussi l’homme du Labrador. En plus de nombreux rapports de ses missions, il a publié « Labrador et Géographie » (1893) ainsi des « Récits du Labrador » (1894). Le nom de Puyjalon identifie un canton qui se trouve à environ 15 km au nord-est de la municipalité de Havre-SAint-Pierre, et au sud du camp minier de Lac-Allard. Il est abondamment arrosé principalement par la rivière et le lac Puyjalon. Une baie de l’archipel de Mingan et une île du canton voisin de Des Herbiers évoquent également ce personnage.

Île Herbée

Au début du XXe siècle, cet îlot de l’archipel de Mingan situé vis-à-vis de la pointe Enragée s’appelait Île Île de Père-Xavier, d’après le nom de Xavier Cormier qui y fauchait du foin. Un peu plus tard, le botaniste Marie-Victorin releva le toponyme Île Herbée, en usage dans le milieu local et prononcé (arbe) le plus souvent. En 1934, l’Îlot reçut des auteurs de la carte hydrographique le nom d’Ammonite Reef, autre nom que la pointe Enragée avait déjà porté. En 1950, la Commission de géographie du Québec adopta la traduction française Récif Ammonite et, en 1975, elle rendit officiel le toponyme Île Herbée qui n’est certes pas d’un usage exclusif puisque certaines personnes parlent encore du récif des Ammonites ou de l’île à Foin. Les ammonites sont des fossiles caractéristiques de l’ère secondaire qui furent décrits par Richardson (1853) et Logan (1863).

Camp minier Lac-Allard

Établi entre 1948 et 1950, ce camp minier sert de dépôt pour les installation de la compagnie Fer et Titane du Québec (Q.I.T.), à 43 km au nord du Havre-Saint-Pierre, sur la Moyenne-Côte-Nord. En 1941, d’importants gisements d’ilménite ont été découverts dans un secteur des environs du lac Allard, ce qui a entraîné des prospections plus poussées et l’ouverture d’une mine en 1950. Plus de 65 millions de tonnes de minerai ont été extraites depuis l’ouverture de cette mine à ciel ouvert ; celle-ci a contribué à l’essor du port de Havre-Saint-Pierre et des industries de Sorel, près de Montréal. C’est en fait sur les bords du lac Tion que s’est implanté le camp minier de Lac-Allard ; l’acronyme Tio tire son origine de titane et d’oxyde de fer, les composantes de l’ilménite. Quant au lac Allard proprement dit, il est situ à 2,5 km au nord-ouest du camp minier. Élargissement de la rivière Allard, il s’étire sur 20 km et comprend plusieurs grandes îles, dont les îles Allard et Sainte-Hélène. La rivière Allard se jette dans l Puyjalon, affluent de la Romaine. Le lac et al rivière Allard sont identifiés sur la première carte du canton de Parker réalisée en 1942. Quoique l’on ignore l’origine exacte de ce toponyme, il évoque peut-être Jules Allard (1859-1945), homme politique du Québec dont le patronyme a été disséminé un peu partout sur le territoire. Il s’est notamment illustré dans le milieu de l’éducation et en politique, notamment comme ministre de la Colonisation et des Travaux publics (1905) puis des Terres et Forêts (1909-1919).

Havre Saint-Pierre
Havre Saint-Pierre. Photographie des années 1950, image libre de droit.ci

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