Cantons de la Côte-Nord
Cantons de la Côte-Nord qui constitue une vaste région administrative qui s’étend depuis le milieu de la péninsule du Labrador, où la forêt est encore omniprésente, jusqu’au-delà de la limite des arbres. Les glaciers y ont creusé des vallées en auge, autant près des littoraux que loin à l’intérieur. L’ingéniosité des Inuits a vite fait d’adapter leur habitat à des conditions climatiques difficiles et, aujourd’hui, les formes symboliques de cet habitat traditionnel voisinent avec les bungalows importés du sud. Essentiellement littoral, le peuple inuit avait aussi conçu, pour se déplacer sur l’eau, un bateau léger, le kayak, et, pour le transport sur terre, le cométique tiré par des chiens. De nos jours, la motoneige est devenue le véhicule du nord par excellence, relayé par l’avion pour les contacts avec le sud.
Canton d’Assini
À environ 90 kilomètres au sud-est de la ville de Fermont et un peu plus haut en latitude que le réservoir Manicouagan, ce canton inhabité (proclamé en 1965) est traversé du nord au sud par la rivière Moisie, qui, à une altitude d’environ 300 mètres, s’encaisse au travers des reliefs montagneux qui la surpassent de plus de 400 mètres. L’appellation résulte de la prononciation du mot assini, traduction en langue montagnaise du substantif roche.
Un Français venu d’Angloulême, Émard Tinon (1675-1751), a d’abord pris le surnom de Desroches parce qu’il s’était installé à la rivière des Roches en Charlevoix. Parmi sa nombreuse descendance, Basile est l’initiateur de la lignée amérindienne de la famille Assini par son mariage avec une Montagnaise (1757), mais il n’a jamais cessé de porter le nom de Desroches. Son fils, Jean-Baptiste, né en 1766, devenu par la suite serviteur des Jésuites, canotier et interprète, est l’auteur de la traduction du nom de Desrochers en Assini. C’est pour rendre hommage à Georges-Lazare Assini, né en 1856, qui a cependant francisé son patronyme en Roc, que le nom de cette célèbre famille a été attaché au canton en 1962. Ashini est le titre d’un roman d’Yves Thériault, publié en 1960 et dont l’action se déroule sur la Côte-Nord, précisément dans la région où s’est illustrée cette famille, entre Tadoussac et Sept-Îles.
Canton de Lislois
Dénommé en 1965, ce canton de la Côte-Nord est situé à la ligne de partage des eaux des bassins de l’Atlantique et du Saint-Laurent. La ville de Fermont est comprise à l’intérieur de ses limites. Il perpétue la mémoire de Paul Dupuy de Lisloye, aussi orthographié Lislois (vers 1637-1713), originaire de Beaucaire, dans le Languedoc. À son arrivée à Québec, en 1665, il était enseigne dans la compagnie Maximy du régiment de Carignan.
Par son marriage avec Jeanne Couilalrd, en 1668, il reçut la moitié de la seigneurie de l’Île-aux-Oies et la moitié de celle de l’Île-aux-Grues. Il demeura seigneur de ces territoires jusqu’en 1695, alors qu’il vendra ses propriétés aux religieuses de l’Hôtel-Dieu de Québec. Désigné procureur du roi en la prévôté de Québec (1686). Lisloye sera nommé lieutenant particulier en 1695, fonction qu’il exercera jusqu’à son décès. Ce canton est baigné par plusieurs nappes d’eau importantes, notamment les lacs Moiré, Duviault et Witch.
Canton de Montesson
Ce canton (proclamé en 1908) inhabité, aux contours irréguliers, s’étend entre la rivière du Gros Mécatina, au sud, et le lac Robertson, au nord. Son territoire est marqué par la présence de quelques dizaines de nappes d’eau pour la grande majorité innommées. Il se retrouve plus précisément sur la Côte-Nord non loin de Mutton Bay, à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest du village de Saint-Augustin.
Son nom évoque la mémoire de Joseph-Michel Legardeur de Croisille et de Montesson (1716-1776). Né à Bécancour, ce militaire fut interprète et commandant de nombreuses troupes d’Indiens au cours de plusieurs campagnes. Par suite de son mariage avec Claire-Françoise Boucher de Boucherville, veuve de Jean-Baptiste Pommereau, Montesson s’occupe de la chasse aux phoques à Gros-Mécatina, sur la Côte-Nord, jusqu’en 1754. Devenu seigneur de Bécancour en 1755, il poursuit néanmoins sa carrière militaire avec le grade de capitaine (1757).
Cet officier, que le gouverneur Duquesne trouve souvent insubordonné et dissipé, se distingue pendant la guerre de Sept Ans et obtiendra la croix de Saint-Louis en France, en 1761. Revenu au Canada, il présente ses vœux au gouverneur Murray le jour de L’An 1764. il sera capturé par les Américains en 1775, lors de la prise du fort Saint-Jean, dans la vallée du Richelieu, il meurt en captivité, en Pennsylvanie.
Canton de Normanville
Désigné en 1956 et proclamé en 1965, ce canton est situé à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Fermont, dans la MRC de Caniapiscau. La colline Catilan et les monts Severson soulignent sa topographie montueuse où les lacs Hesse, Mogridge et Carotte côtoient quelques zones déprimées et marécageuses.
Le toponyme évoque Thomas Godefroy de Normanville (vers 1610-1652), arrivé en Nouvelle-France vers 1626. Avec son frère, Jean Godefroy de Linctot (vers 1607-1681), il fut l’un des rares Français à demeurer au pays pendant l’occupation anglaise de 1629-1632. Réfugiés chez les Montagnais, les Algonquins et les Hurons, ils en apprirent les langues et devinrent des interprètes très recherchés par la suite. Collaborant avec les missionnaires de Trois-Rivières, Normanville fut plusieurs fois prisonnier des Iroquois. En août 1652, il fut cependant capturé et massacré, non loin du Cap-de-la-Madeleine.
Canton de Quertier
La partie centrale du canton de Quertier, proclamé en 1965, situé dans la région administrative de la Côte-Nord, est occupée par le réservoir Manicouagan. Le secteur nord-ouest de ce territoire est noyé par les eaux rehaussées de la rivière de la Racine de Bouleau. Édouard Quertier (1796-1872), né à Saint-Denis-sur-Richelieu, a été ordonné prêtre en 1829. Alors qu’il était curé à l’île aux Grues, il a assuré la mission chez les autochtones de Sainte-Anne-de-Portneuf, sur la Côte-Nord, et de la seigneurie de Mingan.
Canton de Rocamadour
Désespérant de ne jamais revoir la France, Jacques Cartier, au cours du terrible hiver de 1535-1536 passé à Stadaconé, qui allait devenir plus tard Québec, implora Notre-Dame de Rocamadour de protéger son équipage que le scorbut menaçait de détruire jusqu’au dernier homme. Il est noté dans la Relation de 1535-1536 : « de prier à Rocquemado, promettant d’y aller, si Dieu luy donnait grâce de retourner en France ».
Rocamadour, ancienne étape sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle, est, et ce depuis le Moyen Âge, un lieu de pèlerinage très célèbre, consacré à la Vierge dont une statue noire y est vénérée. Cette commune du Lot, qui doit son nom à saint Amateur ou Amator ou encore Amadour, sa forme occitane, évêque d’Auxerre, dans le corps, caché lors des invasions sarrasines, aurait été retrouvé en 1166, est aujourd’hui un des principaux centres touristiques du Quercy, à l’ouest du Massif Central.
Construit à même une falaise à pic dans la gorge de l’Alzou, ce bourg d’allure médiévale avec ses portes et ses murs fortifiés, dominé par un château du XIVe siècle, constitue un des sites les plus spectaculaires de France. Ce nom de Rocamadour, tiré des écrits du fondateur du Canada, n’est apparu dans la toponymie québécoise qu’en 1949 pour désigner un nouveau canton de la Basse-Côte-Nrod. Limité par le golfe du Saint-Laurent au sud, le canton de Rocamadour n’est habité que dans le village de Rivière-Saint-Jean qui fait face à l’île d’Anticosti.
Canton de Seignelay
Arrosé par la rivière Seignelay, le canton qui porte ce même nom s’étend à environ 90 km au nord du réservoir Manicouagan. Baigné par plusieurs lac et des fondrières à filaments. C’est une sorte de nappes d’eau plus ou moins envasées et partiellement envahies par la végétation. Son relief montagneux atteint au moins 850 m d’altitude. Une dénivellation de 396 m entre la rivière précitée et le point culminant le démarque.
On nomma ce territoire inhabité en l’honneur de Jean-Baptiste Colbert (1651-1690). Fils aîné de Jean-Baptiste Colbert, le renommé ministre de Louis XIV. Celui qui l’a préparé très tôt aux plus hautes fonctions administratives. Dès 1672, il fut admis auprès du roi pour la signature des dépêches et, en 1683, devenant marquis de Seignelay et ministre de la Marine, à la mort de son père, il lui succéda dans presque toutes ses charges. Seignelay est le nom d’une baronnie de Bourgogne que Jean-Baptiste Colbert avait acquise en 1658. Elle devint marquisat en faveur de Colbert, père, par lettres royales, en 1668. Ce toponyme n’apparaîtra qu’en 1975 sur la carte officielle du Québec. Le canton a été proclamé en 1965.
Canton de Basset
Le nom de ce canton, proclamé en 1965 et situé au sud de la ville de Fermont, et dont la pointe nord-est frôle la frontière Québec – Labrador, rappelle le souvenir de Bénigne Basset. Né à Paris vers 1639, notaire royal et arpenteur de Montréa. À lui l’on doit, outre ses 2 525 actes, un plan des premières rues de cette ville dressé en 1672. Venu en Nouvelle-France probablement en 1657, décédé en 1699. Plusieurs grands lacs occupent ce terrain qui culmine à 762 m d’altitude. Entre autres, les lacs Jonquet, Carheil, Cladonie et De La rue.
Canton de Bailloquet
Pierre Bailloquet (1613-1692), jésuite français, arrive à Québec en 1647. Il déménage alors après une période d’enseignement à Bordeaux et à Poitiers. Il consacra sa vie en Nouvelle-France aux colons français. Aussi aux Indiens dans les missions qui s’étendaient de Port-Royal (Acadie) jusque chez les Sioux, en Illinois. Sur la Côte-Nord, il hiverna à Tadoussac en 1653. Visita les tribus papinachoises et betsiamites en 1661. Le nom de ce prêtre attribué à un canton limité par les rivières Manitou à l’ouest et Sheldrake, à l’est. Sauf les hameaux de Rivière-aux-Graines et de Rivière-à-la-Chaloupe, ce canton de la Côte-Nord reste inhabité.
Canton de Beaudoin
Ce canton inhabité et baigné par de nombreux lacs se situé à mi-chemin entre le réservoir Manicouagan et la ville de Fermont. On l’identifie par le nom de Jean Baudoin (vers 1662-1698). C’est un prêtre sulpicien et missionnaire à Beaubassin (Acadie). D’abord militaire, il devint ensuite mousquetaire dans les gardes du roi. Puis prêtre, à partir de 1685. C’est à la suite d’une rencontre avec monseigneur de Laval et avec monseigneur de Saint-Vallier, à Paris, qu’il décida de poursuivre sa vie de missionnaire en Acadie. Proclamation du canton : 1965.
Canton Baune
Borné à l’est et au sud respectivement par les cantons de Bellecourt et de Charnay, le canton de Baune se situe sur la Basse-Côte-Nord, près du village de Chevery. Proclamé en 1908. Du nord au sud le traverse la rivière Étamamiou. Le baignent aussi de nombreux et multiformes lacs. Ces plans d’eau s’orientent généralement vers le sud-ouest. L’altitude la plus élevée du terrain est de 144 m. Ce nom rappelle la mémoire d’un capitaine d’infanterie. Il obtint, en 1735, une concession de pêche sur la Côte-Nord. Notamment, entre le cap Charles et la baie Saint-Alexis. Le brevet avait été remis. La concession alors annulée et octroyée à Antoine Marsal. Ce capitaine signait Bonne et non Baune. Ainsi explique donc une note figurant dans Noms géographiques de la province de Québec (1921).
Canton de Bayfield
Proclamé en 1965, ce canton inhabité se situe à 20 km au sud-ouest de Labrieville, sur la Côte-Nord. Son territoire couvrent de nombreux lacs. En particulier le lac Cacuscanus. Plusieurs sommets du relief atteignent 500 m. Son nom rappelle Henry Wolsey Bayfield (1795-1885), originaire de Hull, dans le Yorkshire. Il fut officier de marine et hydrographe de grande réputation. À partir de 1817, il a réalisé les relevés hydrographiques du Saint-Laurent et de ses îles. Depuis les Grands Lacs jusqu’au détroit de Belle Isle.
Homme talentueux, zélé, discipliné, il s’intéressait, également à la géologie, à la minéralogie et à l’astronomie nautique. Il est l’auteur de plusieurs articles en ces domaines et de trois ouvrages hydrographiques dont The St. Lawrence Pilot (1860). Nommé amiral en 1867, il vécut encore pendant 28 ans à Charlottetown, où il habitait depuis 1841. On aussi rappelle le souvenir de l’Hydrographe Bayfield par la dénomination d’un mont en Gaspésie. Il en est de même pour les localités portant cette appellation en Nouvelle-Écosse. Également au Nouveau-Brunswick, dans l’Île-du-Prince-Édouard et en Ontario.
Canton d’Eudes
À 15 km à l’ouest de Baie-Comeau, le canton nommé Eudes, limité à l’ouest par la rivière aux Outardes. À l’est, par la rivière Manicouagan. Se constitue d’un terrain accidenté qui s’élève à 365 m d’altitude au centre. On le localise près de la rivière Georges-Tremblay. Sur le parcours de la rivière Manicouagan se dresse le barrage Manic-Deux. Ce barrage retient les eaux du réservoir portant le même nom.
On a attribué cette appellation en mémoire de saint Jean Eudes (1601-1680). Fondateur de la congrégation de Jésus-et-Marie, dite des Eudistes, destinée notamment à la formation du clergé dans les séminaires. Aussi aux missions paroissiales et à l’enseignement. Cette communauté, arrivée au Canada en 1890, a eu comme premier vicaire apostolique du Golfe-du-Saint-Laurent (1905) monseigneur Gustave Blanche (1849-1916), originaire du Morbihan (France). C’est pour souligner le travail des Eudistes sur la Côte-Nord qu’on a ainsi nommé cette unité territoriale. Proclamé en 1924.
Canton Bissot
Proclamé en 1908 et situé à l’est de la rivière Musquaro, sur la Basse-Côte-Nord. Ce canton évoque la mémoire de François Byssot (ou Bissot) de La Rivière (1612-01673). C’était l’un des premiers colons de la seigneurie de Lauzon. Membre de la Compagnie des Habitants, commerçant de fourrures. Premier concessionnaire de la seigneurie de Vincennes. Aussi premier détenteur, en 1661, du titre de la concession, accordée sur la côte nord du Saint-Laurent, de l’île aux œufs, jusqu’aux Sept Îles. Le choix de son nom rappelle son activité commerciale sur la Côte-Nord.
Canton de Blanchin
Canton inhabité situé au nord-ouest du réservoir Manicouagan. Le nom attribué en l’honneur de Jean-Marie-Étienne Blanchin (1878-1941). Père oblat né en Savoie (France), ordonné à Ottawa, en 1902. Après son ordination, il exerça son apostolat à Betsiamites, Mashetuiatsh (Pointe-Bleue). Ensuite à Maniwaki, Notre-Dame-de-Grace-de-Hull, Kapuskasing. Le termina à la paroisse de Saint-Sauveur de Québec, de 1930 jusqu’à son décès.
Canton de Bruyas
Le père jésuite Jacques Bruyas (1635-1712), originaire de Lyon, arrivé au Canada en 1667. Missionnaire chez les Onneiouts, au sud du lac Ontario, pendant douze ans et à Kahnawake, où il meurt. Il fut également supérieur des missions canadiennes, de 1693 à 198. Il a laissé une grammaire, un catéchisme et un livre de prières dans la langue des Agniers. Son nom identifie le canton situé à l’embouchure de la rivière Mouchalagane. Ce cours d’eau s’ouvre sur le grand réservoir circulaire de Manicouagan.
Voir aussi :
