Les revenus liés aux casinos en ligne explosent en Ontario : Ce que le Québec peut en tirer comme leçons
Les casinos en ligne rapportent gros en Ontario. Depuis que la province a libéralisé son marché des jeux en ligne, les revenus liés aux casinos en ligne explosent. Grâce à iGaming Ontario, la province contrôle mieux l’activité du secteur privé qui est devenu une source de revenus significatifs pour le gouvernement. Québec en parallèle, fidèle à son système monopolistique, continue d’interdire l’accès aux opérateurs privés. Une situation qui dure depuis des années, avec un modèle ayant montré ses limites. Dans ce contexte, la bonne approche serait-elle de faire comme l’Ontario ? Voici des leçons que pourrait tirer le Québec du succès du modèle de la province ontarienne.
L’essor du marché en Ontario
82,7 milliards de dollars de paris et 3,2 milliards de dollars de revenus bruts de jeu, ce sont là les chiffres du marché ouvert des jeux en ligne de l’Ontario pour l’activité 2024-2025. Il s’agit d’une croissance exceptionnelle qui confirme le bien fondé du nouveau modèle de réglementation adopté par la province depuis 2022. En trois ans seulement, l’Ontario a réussi à se hisser au rang de leader du jeu en ligne au Canada. Comme le confirme si bien Heidi Reinhart, président du Conseil d’administration de iGaming Ontario « l’Ontario possède un marché des jeux en ligne véritablement dynamique, avec un solide réseau d’opérateurs et une offre de jeux de classe mondiale pour les joueurs ».
Avant la libéralisation de son marché des jeux en ligne, l’Ontario fonctionnait aussi sous un système de monopole comme toutes les autres provinces canadiennes. Comme eux, il disposait d’un seul site de jeu en ligne légal. Cela supposait que seul ce site avait le droit de proposer des jeux de casino en ligne aux joueurs ontariens, toute autre offre étant considérée comme illégale. Mais à lui seul, ce site ne satisfaisait pas les besoins de plus en plus évolutifs des joueurs. Ces derniers se sont alors tournés vers les opérateurs privés qui ont des offres plus larges et plus compétitives. Le résultat ne s’est pas fait attendre. Le secteur illégal s’est rapidement accaparé une part importante du marché, avec des revenus sur lesquels la province n’avait aucun pourcentage.
De plus, le jeu sur certains sites privés était devenu problématique. Les risques liés à ces derniers étaient nombreux, allant du manque de sécurité aux abus. Le phénomène était tel que la province a décidé de changer d’approche pour la sécurité des joueurs. Au lieu de continuer à essayer d’interdire les sites de jeux privés, elle a choisi de les rendre légaux. Avec iGaming Ontario, tout casino en ligne populaire au Canada peut obtenir une licence officielle pour proposer ses services en toute légalité sur le territoire ontarien s’il le désire. De cette façon, le gouvernement a un œil sur ce qui s’y passe et en tire aussi des bénéfices. Depuis sa mise en œuvre en 2022, non seulement les revenus du secteur ont explosé, mais une grande majorité d’ontariens jouent désormais sur les sites de jeux réglementés. L’offre illégale a également grandement diminué.
La situation au Québec
Pendant qu’on parle de milliards en termes de revenus en Ontario, au Québec, on parle encore de millions. Certes, le secteur connaît aussi une bonne croissance avec Espace jeux, le seul site de jeu en ligne légal de la province. De 2018 à 2023 notamment, les revenus de la plateforme en ligne de Loto-Québec sont passés de 64 millions à 270 millions de dollars. Mais, comparé aux revenus de l’offre illégale ou du marché ontarien, ça fait pâle figure.
Après avoir échoué à faire interdire les sites de jeux privés par les tribunaux, Loto-Québec s’est assurée d’avoir “l’exclusivité des publicités sur les chaînes télévisées francophones du Québec”. Pourtant, cela ne suffit pas. Non seulement, elle ne contrôle pas la publicité sur les réseaux télévisés anglophones de la province, mais son monopole n’empêche pas les sites privés de prendre de l’ampleur. Pour concurrencer l’offre illégale, Loto-Québec à travers sa plateforme Espace jeux mise sur la sécurité, l’amélioration de l’expérience client et le jeu responsable.
Mais est-ce vraiment raisonnable lorsqu’on sait que ce sont les mêmes armes qu’utilisent les sites de jeux privés ? La plupart de ces sites sont hébergés à l’étranger, mais ils disposent de licences étrangères et réputées qui rendent aussi leurs offres attractives pour les joueurs. De plus, ils sont compétitifs en termes de diversité de jeux, de bonus et autres avantages qui séduisent les joueurs. Enfin, il faut retenir que Loto-Québec n’a pas qu’un seul site concurrent. Il s’agit d’une multitude de plateformes qui représentent quand même une concurrence importante.
Leçons du modèle ontarien que le Québec gagnerait à exploiter
Qu’il s’agisse du système monopolistique du Québec ou du marché concurrentiel ouvert de l’Ontario, chaque modèle a ses avantages et inconvénients. Mais, lorsque nous comparons les deux modèles, l’approche ontarienne semble la plus avantageuse. En témoignent ses revenus exceptionnels et la diminution de l’offre de jeu illégale.
Légaliser le secteur privé pour générer de nouveaux revenus
Pour démarrer leurs activités, iGaming Ontario exige des frais d’inscription de 100 000 dollars aux opérateurs privés désireux d’obtenir une licence officielle. Jusqu’à aujourd’hui, la société gouvernementale a fourni des licences à 49 opérateurs privés, soit une contribution de 4 900 000 de dollars dans les caisses de l’Etat. En dehors de ces frais, la province exige aussi que 20 % des profits des sites de jeux privés lui soient versés. Depuis 2022 donc, l’Ontario récupère des dividendes du secteur privé, chose impossible du temps du système monopolistique.
Réduire l’offre illégal en instaurant un cadre légal
En instaurant un cadre légal, l’Ontario a réussi à réduire l’offre illégale. Un bon nombre des opérateurs privés qui opéraient dans l’illégalité se sont mis au pas. La province prend aussi des mesures pour rendre ce cadre légal sécurisé et convenable pour les joueurs ontariens et canadiens. Tous les sites agréés respectent des normes strictes de sécurité et promeuvent le jeu responsable. L’offre y est diversifiée et compétitive. Tout cela fait le succès du marché concurrentiel ouvert.
Adapter le modèle ontarien aux réalités québécoises
Il ne fait aucun doute que Loto-Québec gagnerait à s’inspirer du modèle ontarien s’il veut réussir à limiter l’influence des sites illégaux. Même si le Québec n’envisage pas tout de suite de changer son modus operandi, il serait bénéfique à la province et à ses joueurs que les autorités trouvent le moyen de contrôler l’offre illégale, mieux que dans l’état actuel des choses. Du modèle ontarien, elle peut tirer des leçons et les adapter en fonction des réalités de l’industrie dans la province.