Débuts du canton d’Orford

Les débuts du township Orford dans les Cantons-de-l’Est

La tradition historique a longtemps examiné la question des origines des Sherbrooke par le biais des premières coupant du township Ascot. Alors que les réponses doivent plutôt être recherchées, croyons nous, du côté du township adjacent, celui d’Orford.

Comme pour Ascot, Orford avait fait l’objet d’une demande de concession depuis 1792 de la part d’associés originaires du Vermont. Étrange association en vérité ! La plupart des pétitionnaires ne mirent les pieds au Bas-Canada qui en 1800, au village frontalier de Philipsburg pour prêter serment. Leur leader était Luke Knoulton, dit The Elder (L’Ancien), originaire de Newfane dans le comté de Windham, qui fit faire la plupart de démarches par son procureur Samuel Willard, leader du township voisin de Stukely.

Malgré ce dédain évident pour venir défricher sur place les terrains convoités et en dépit du caractère franchement spéculatif de l’entreprise, Knoulton fut mieux traité par le Comité des terres que ne le fut la famille Hyatt d’Ascot. Il est vrai qu’il était bien connu des milieux gouvernementaux. Agent secret de Haldimand, il avait participé en 1783 à une expédition officielle à la Baie des Chaleurs pour trouver des sites favorables aux loyalistes. Les lettres patentes du township Orford lui furent accordées le 28 février 1801, deux ans avant celles d’Ascot.

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À peine en possession de leurs terres, Knoulton et ses associés s’empressent de les vendre. Mais les conditions géographiques y étaient peu favorables au défrichement. En fait, c’était un territoire qu’on décrivait comme montagneux, âpre, peu fait pour l’agriculture. Seule la pointe sud-est du township, proche du confluent des rivières Magog et Saint-François offrait des terrains propices et d’imposantes chutes d’eau.

Fort étrangement, alors que Gilbert Hyatt aurait pu, maintenant que ce terrains se voyaient mis en vente, s’assurer du côté de la rive d’Orford, la propriété d’un site favorable à des moulins, c’est une autre famille de pionniers établie dans Ascot, celle de Jonathan Ball, qui s’en empara. Né sans doute à 1760, Jonathan Ball était d’origine américaine. Il s’était installé depuis 1795 sur le lot 10 du rang VI d’Ascot au confluent des rivières Massawippi et Ascot. On l’ recensa avec sa famille pour la première fois en 1797 et prêta serment en 1798. En 1799, il déclara avoir défriché 30 acres et investi 920$ dans l’opération.

Ball semblait assez à l’aise financièrement pour prendre de vitesse Gilbert Hyatt en achetant en septembre 1801 de Seth Hoskins le lot numéro 9 du premier rang d’Orford, pour l’imposante somme de mille dollars. Et un an plus tard, le lot numéro 8. Ces deux achats lui assurèrent un monopole foncier important, correspondant à la plus grande partie du Vieux-Nord actuel.

Cette mainmise de Jonathan Ball sur la rive nord des chutes de la Magog illustre le déplacement du centre de gravité d’Ascot du Sud du township vers le nord Gilbert Hyatt ne tarda pas non plus à s’intéresser à ce site qu’il avait jusque-là dédaigné.

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On se souvient que son installation première visait à développer une zone agricole et des moulins au voisinage des townships Hatley et Compton. Mais l’arrivée des associés des townships voisins fut moins rapide que prévu. Henri Hull était aux prises avec des terrains médiocres dans l’angle nord-est de Hatley. Sur ces terres, au prix des lourdes dépenses, il ne vint habiter qu’en 1806. Quan à Jesse Pennoyer, présent de 1796 en aval du site actuel de Waterville (Pennoyer’s Mills), il connut un certain retard dans la mise en valeur de son township et ne put attirer la population significative autour de lui avant 1800. Pour Hyatt, la perspective de profiter du voisinage des défricheurs des townships adjacents au sud d’Ascot s’estompait. Simultanément, commençait l’occupation de nouveaux townships au nord de celui d’Ascot. Tels Shipton, à l’été 1798, ou Melbourne et Windsor en 1800.

Dès lors qu’en 1802 il fallait signifier qui est de manière définitive ou Comité des terres la liste des lots qui revendiquaient en concession chacun des associés d’Ascot, on constate un intérêt inédit et significatif des pétitionnaires pour la région au nord du site de Lennoxville. Une convoitise nouvelle se manifesta pour les zones de collines dites Haskell Hill et Moulton Hill ainsi que pour les abords des Fourches.

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Gilbert Hyatt, dont le statut de leader lui serait la priorité des choix, revendiqua les lots 19, 18 et 17 du rang VII. De plus, il loua la réserve de la Couronne du lot 16 du même rang. Tout ce domaine correspondait à la totalité du quartier Centre-Sud actuel. Is s’étendait jusqu’au delà des limites de la ville.

Jonathan Ball et ses fils étaient à pied d’œuvre en septembre 1801 sur le lot 9 du rang I. Ils le venaient d’acheter dans le nouveau township d’Orford. Du côté Ascot, en février 1802, Gilbert Hyatt avait définitivement fixé son choix de concession à venir sur le lot 19 du rang VII. Les deux propriétaires riverains ont donc pu mettre à profit l’année 1802. Ainsi ils établirent conjointement un barrage proche de la chute la plus proche du confluent avec la Saint-François, au sortir de la gorge de la Magog. À partir de ce barrage, on creusa deux canaux d’amenée. L’un côté Ascot, vers le moulin à farine de Gilbert Hyatt, l’autre côté Orford, avec la scierie de Jonathan Ball. L’histoire de Sherbrooke commençait.

(Extrait de Histoire de Sherbrooke, par Jean-Pierre Kesteman. Collection Patrimoine. 2000).

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