Amérindiens dans les Cantons de l’Est

Les populations amérindiennes dans les Cantons de l’Est

Avec le recul des glacières, la poussée de la végétation et l’apparition de la faune associée à ses nouveaux paysages, des populations amérindiennes commencèrent à fréquenter la région, en se déplaçant par les nombreuses rivières qui traversaient le territoire. Essentiellement nomades, elles vivaient de chasse et de pêche.

Malgré un potentiel archéologique certain, la région des Cantons de l’Est n’a pas révélé encore de traces de populations de chasseurs du Paléo-indien (11000 à 8000 AA) comme on en a trouvé dans le Vermont et le Maine voisins. Par contre, la longue tradition culturelle de l’ Archaïque (8000 à 3000 AA) est attesté dans la région de Sherbrooke. C’est le cas à Capelton, au confluant des rivières Massawippi et Coaticook, où des traces des campements saisonniers on été retrouvés, caractérisées par des pointes de flèche, des grattoirs, des racloirs et d’autres outils pour découper la viande et pour apprêter les peaux. À Lennoxville, au site Bishop, des fouilles ont révélé un matériel montrant des influences provenant de peuplades installées dans la plaine de Montréal dans la plaine de Montréal vers 4500 à 4000 AA.

À la période dite du Sylvicole (3000 AA à 1000 de notre ère), essentiellement marquée par la diffusion d’objets en terre cuite, la région continua à être occupée par des populations nomades puisque du matériel associé aux cultures typiques de cette époque a été retrouvé tant à la Pointe Mery à Magog qu’au sud de Lennoxville.

À partir de l’an 1000, la culture iroquoïenne marqua un tournant vers la sédentarisation, avec le développement d’une agriculture basée sur le maïs, les courges et le tabac, et l’apparition de villages à palissades et à longues maisons abritant plusieurs familles. Cette forme d’organisation se répandit au cours des siècles suivants dans la vallée du Saint-Laurent, des Grands Lacs à Québec, mais nous n’avons guère de preuves de son implantation dans les Cantons de l’Est.

À l’arrivée de Champlain en 1609, la région de Sherbrooke, comme l’ensemble des futurs Cantons de l’est et le nord de la Nouvelle-Angleterre était un territoire soumis au contrôle des Mohawks. Mais les guerres entre peuplades amérindiennes pour le contrôle des territoires de trappe et pour la vente des fourrures entraînèrent bientôt l’intervention des puissances coloniales qui prenaient pied sur le continent américain, les Hollandais, les Anglais et les Français. Pour ces derniers, ce fut par l’entremise des missionnaires catholiques que se nouèrent peu à peu des alliances entre la Nouvelle-France et les tribus abénaquises, qui occupaient, à une certaine distance de la côte de l’Atlantique diverses vallées, de la Connecticut à la Penobscott, soit du Vermont au Maine actuels,

En 1660, une guerre généralisée donna la victoire aux Mohawks, qui réussirent à détruire les établissements de Sokokis, la plus importante tribu abénaqui, situés dans la vallée de la moyenne Connecticut. Par la suite, en butte tant aux colons anglais qui convoitaient leurs terres qu’aux Mohawks, divers groupes abénaquis refluèrent vers le nord. Déjà vers 1660, avec l’approbation des autorités de la Nouvelle-France, quelques-uns s’installèrent au bord du lac Saint-Pierre, près de l’embouchure de la Saint-François, embryon du village homonyme (Odanak). Ce village, ainsi que celui de Bécancour (Wôlinak), devint peu à peu le lieu de reconcentration des abénaquis et de Sokokis, chassés de leurs de leurs territoires traditionnels.

D’autres abénaquis s’installèrent dans la nord du Vermont à Cowas (Newberry) ou à Missisquoi (Swanton). Il est même possible qu’un village abénaquis ait existé quelques années sur un affluent de la Saint-François, peut-être ainsi au site de Magog (Arsigantegok). Intéressés à retrouver leurs territoires de chasse et de pêche au Nord de la Nouvelle-Angleterre les abénaquis prirent désormais l’habitude de remonter les rivières des futurs Cantons-de-l’Est, telles de Yamaska, la Saint-François et ses affluents, la Nicolet, la Bécancour et la Chaudière afin de rejoindre les rivières coulant vers le l’Atlantique comme la Connecticut, l’Androscoggin ou la Kennebec.

Le site du confluent des rivières Magog et Saint-François devint ainsi un important point d’arrêt au cours de ces voyages saisonniers. En effet, après un portage autour des chutes de la Magog, il était possible de rejoindre le lac Memphrémagog. De là, au prix d’un nouveau portage entre Val Perkins et Mansonville, les pagayeurs pouvaient rejoindre les eaux de la Missisquoi et aboutir au lac Champlain. Le Memphrémagog permettait également de rejoindre la rivière Passumpsic, affluent de la Connecticut.

Ces rivières constituaient ainsi la voie favorite l’invasion des Mohawks en territoire abénaqui. En 1680, 1690 et 1693, leurs incursions Laurent les amenèrent à détruire le village de Saint-François. La tradition a rattaché à ces guerres le souvenir d’un combat singulier entre un chef abénaqui et un chef iroquois, combat qui aurait eu lieu au site de Sherbrooke et dont le rocher au Pin solitaire serait le mémoire légendaire.

Source du texte : « Histoire de Sherbrooke », par Jean-Pierre Kesteman, collection Patrimoine, éditions G.G.C., 2000.

Pour en apprendre plus :

Un Amérindien en panache et jupe de plumes. Gravure où Lahontan montre un tableau aux Amérindiens. Publiée à l’origine dans Dialogues de Monsieur le baron de Lahontan et d'un sauvage dans l'Amérique, 1704, p. 1.
Un Amérindien en panache et jupe de plumes. Gravure où Lahontan montre un tableau aux Amérindiens. Publiée à l’origine dans Dialogues de Monsieur le baron de Lahontan et d’un sauvage dans l’Amérique, 1704, p. 1.

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