Bataille d'Austerlitz

Napoléon la veille de la bataille

Napoléon la veille de la bataille

Proclamation de Napoléon à la Grande Armée

Austerlitz, le 10 frimaire an XIV (1er décembre 1805).

Soldats !

L’armée russe se présente devant vous pour venger l’armée autrichienne d’Ulm. Ce sont ces mêmes bataillons que vous avez battus à Hollabrûnn, et que depuis vous avez constamment poursuivis jusqu’ici.

Les positions que nous occupons sont formidables, et pendant qu’ils marcheront pour tourner ma droite, ils me présenteront le flanc.

Soldats! Je dirigerai moi-même tous vos bataillons : je me tiendrai loin du feu, si, avec, votre bravoure accoutumée, vous portez le désordre et la confusion dans les rangs ennemis; mais si la victoire était un moment incertaine, vous verriez votre Empereur s’exposer aux premiers coups, car la victoire ne saurait hésiter, dans cette journée surtout, où il y va de l’honneur de l’infanterie française, qui importe tant à l’honneur de toute la nation.

Que, sous prétexte, d’emmener les blessés, on ne désorganise pas les rangs, et que chacun soit bien pénétré de cette pensée qu’il faut vaincre cet stipendiés de l’Angleterre, qui sont animés d’une si grande haine contre notre nation.

Cette victoire finira notre campagne; et nous pourrons reprendre nos quartiers d’hiver, où nous serons joints par les nouvelles armées qui se forment en France et alors la paix que je ferai sera digne de mon peuple, de vous et de moi.

Napoléon sur les Français la veille d’Austerlitz

Après avoir développé quelque temps ces sujets littéraires, l’Empereur revient aux Français et à la bataille.

Napoléon sur les Français et la bataille le 1er décembre 1805 :

« Je connais les Français ; ils ne se croient bien qu’où ils ne sont pas. Avec eux les longues expéditions ne sont point faciles. Et tenez : rassemblez aujourd’hui les voix de l’armée; vous les entendrez toutes invoquer la France ! Tels sont les Français ! C’est leur caractère. La France est trop belle ; ils n’aiment point à s’en éloigner autant, et à rester si longtemps séparés d’elle! » A quoi, Junot ayant objecté les témoignages d’ardeur qu’on voyait éclater dans tous les rangs, le général Mouton, de sa voix austère, l’interrompit rudement par ces mots : « Que ces acclamations prouvaient le contraire ; qu’il ne fallait pas s’y tromper ; que l’armée était fatiguée; qu’elle en avait assez ; que, si l’on voulait l’entraîner plus loin, elle obéirait, mais à contre-coeur ; qu’enfin elle ne montrait tant d’ardeur la veille de la bataille, que dans l’espoir d’en finir le lendemain, et de s’en retourner chez elle ! »

L’Empereur, à qui ses paroles si loyales plaisaient peu sans doute, leur donna pourtant raison; mais il rompit l’entretien, en se levant aussitôt : « En attendant, ajouta-t-il, allons nous battre ! »

Cependant, le jour était arrivé à son déclin; le mouvement à gauche de l’ennemi continuait, et Napoléon, dont toutes les dispositions étaient prises, après avoir renouvelé ses instructions, visita ses parcs, ses ambulances, et s’assura, par ses yeux, que tous ses ordres étaient exécutés. Il revenait à son bivouac, lorsque, entendant à sa droite une vive fusillade, il y envoya l’un de nous; se jetant sur la paille de sa baraque; il s’y endormit profondément

(Ségur, général, comte de. Histoire et Mémoires).

Bivouac français à la veille d'Austerlitz. Gravure ancienne.

Napoléon inspectionne le champ de bataille

Napoléon a toujours pensé que l’ennemi chercherait à lui couper la route de Vienne, supposée être à la fois sa ligne de retraite et sa ligne de communication la plus importante :

Dans sa note sur le rapport de Koutouzoff, l’Empereur dit textuellement : « Ils devaient mettre une grande importance à intercepter la route (de Vienne); cependant, la retraite de l’armée, dans toute la campagne de Moravie, n’a jamais dû être sur Vienne. Cette seule circonstance rendait faux tous les calculs de l’ennemi et devait le déterminer à des mouvements qui le conduiraient à sa perte. »

En fait, il semble que la retraite de l’armée française en cas d’échec, n’ait pas été spécialement préparée, Napoléon croyait fermement en la victoire.

Tout en prévoyant d’autres manœuvres adverses possibles, il va donc tendre le piège dans lequel doit tomber l’armée alliée.

Les avant-gardes françaises sont à Wischau et à Austerlitz. L’Empereur utilisera les quelques jours avant la bataille à étudier très minutieusement le terrain situé juste en arrière de cette ligne. C’est là qu’il veut livrer bataille. Au dernier moment, il fera rétrograder son armée pour attirer l’ennemi à l’endroit voulu.

Le comte de Ségur décrit l’Empereur inspectant le futur champ de bataille :

Dans ce retour de Wischau, il s’arrêta sur la grande route, à environ deux lieues et demie de Brünn, près du Santon, monticule qui borde le chemin, espèce de cône tronqué assez abrupt. Il ordonna d’en creuser le pied du côté de l’ennemi, pour en augmenter l’escarpement. Alors, se détournant vers le sud, il entra dans une plaine haute, comprise entre deux ruisseaux encaissés, courant du nord au sud-ouest. La largeur de ce plateau est d’environ deux lieues; la longueur, de trois lieues ; après quoi, tournant vers l’ouest, il s’abaisse et tombe dans un bassin marqué par deux lacs. L’Empereur parcourut lentement et silencieusement cette plaine découverte. Il s’arrêta à plusieurs reprises sur les points les plus élevés, vers Platzen surtout. Il en examina avec attention tous les accidents. Plusieurs fois, pendant cette reconnaissance, il se tourna vers nous : « Messieurs, disait-il, examinez bien ce terrain! Ce sera un champ de bataille! Vous aurez un rôle à y jouer! » Cette plaine devait être en effet, quelques jours après, le champ de bataille d’Austerlitz !

Les jours suivants, jusqu’au 27, il resta à Berlin. Son armée n’avait pas cessé, depuis trois mois, de marcher ou de combattre; il la laissa se rallier, réparer ses forces, ses armes, sa chaussure, et reprendre haleine. Elle était ainsi répartie : Marmont à Gratz ; Mortier à Vienne; Davout, partie à Presbourg, observant la Hongrie qui se déclarait neutre, et partie vers Nikolsbourg, entre Brünn et Vienne ; Lannes, Murat et Soult cantonnaient autour et en avant de l’Empereur, sur le terrain marqué par Brünn, Wischau et Austerlitz ; Bernadotte enfin, en arrière et à portée de lui, occupait Iglau, observant la Bohême, où l’archiduc Ferdinand tenait tête à d’Haillers et aux dragons à pied de ce général.

(Général comte de Ségur, Histoire et Mémoires).

Le moral des soldats français la veille d’Austerlitz

Quant au soldat français, il garde le moral la veille d’Austerlitz, si l’on en juge par ce récit du brave Coignet, grenadier de la Vieille Garde :

A Brünn, nous eûmes le temps de nos reposer. Le gros de l’armée était du côté d’Austerlitz, et, tous les jours, l’Empereur allait voir les lignes. Il revenait promenait les mains derrière le dos et parlait à tout le monde. Bientôt il nous donna l’ordre de partir et de nous porter en avant. Nous nous arrêtâmes en face du plateau de Pratzen, et nous y campâmes. Devant nous se trouvait un ruisseau tout gelé; à côté, les grenadiers d’Oudinot, et, derrière, la cavalerie.

Le 1er décembre 1805, Napoléon vint nous visiter avec ses maréchaux. Il passa devant notre front de bandière; nous étions en train de manger du cotignac, dont nous avions trouvé d’énormes pots dans les villages voisins, nous en faisions de grandes tartines. L’Empereur se mit à rire en nous voyant. Ah! Dit-il, vous manges des confitures. C’est bien, ne bougez pas; mais il faut mettre des pierres neuves à vos fusils, demain matin vous en aurez besoin; tenez-vous prêts.

Au même moment passaient quelques grenadiers à cheval qui poursuivaient une douzaine de cochons fuyant devant eux; dès que nous aperçûmes ce gibier, nous mîmes le sabre à la main pour lui barrer le passage, et nous manoeuvrâmes si bien que tous les cochons furent pris. L’Empereur s’arrêta pour assister à ce combat d’un nouveau genre, il riait aux éclats. Puis, après la victoire, il distribua le butin. Nous eûmes six cochons et les autres furent donnés aux grenadiers à cheval; grâce à ce partage, nous pûmes régler d’excellentes grillades.

(Coignet, Vingt Ans de Gloire avec l’Empereur).

Comte de Ségur, gravure d’Ambroise Tardieu.

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