Bataille d'Austerlitz

Les Alliées et les Français

Les Alliées et les Français

La comparaison entre les Alliés et les Français

Les alliés : François, Alexandre, Koutouzoff

Du côté allié, au centre de la bataille, sur les hauteurs de Pratzen, se trouvent les empereurs Alexandre et François, ainsi que Koutouzoff. Ce dernier ne peut se résoudre à donner l’ordre de marche en avant et abandonner ainsi la position de Pratzen :

Au point du jour, c’était la journée d’Austerlitz. Koutouzoff était à la 4e colonne, destinée avec les premières à cerner l’aile droite de Napoléon. Comme il se mettait en marche à l’heure indiquée, il fut dérangé par une colonne de cavalerie. Bientôt cette cavalerie lui laissa le passage libre ; mais Koutouzoff, bien qu’il dût continuer sa marche comme l’indiquaient ses instructions, resta immobile, frappé qu’il était que Napoléon s’apprêtait à l’attaquer, et in ne quitta pas la place qui devenait la clef de la position où les Alliés allaient se trouver. À 9 heures, l’empereur Alexandre et l’empereur François vinrent sur le champ de bataille, et s’étant approchés de Koutouzoff, ils virent que les fusils étaient en faisceaux.

L’empereur Alexandre lui dit alors : « Monsieur le maréchal, pourquoi n’avancez-vous pas ? » « J’attends, répondit Koutouzoff, que toutes les colonnes soient réunies. » L’Empereur ajouta : « Nous ne sommes pas ici au Champ de Mars, où la parade ne commence que quand tous les régiments sont arrivés. » « Sire ! Répondit Koutouzoff, c’est parce que nous n’y sommes pas que je me suis arrêté. Du reste, si Votre Majesté l’ordonne… » « Je l’ordonne », dit Alexandre, et aussitôt l’armée reprend ses armes, et l’avant-garde se met en marche.

Ce mouvement de l’avant-garde eut lieu au moment où Napoléon s’apercevait que notre aile gauche était entièrement séparée du centre, qui occupait les hauteurs de Pratzen, où il dirigea sur-le-cham ses principales forces.. Notre avant-garde fut recue par un feu terrible, et revint sur ses pas. Napoléon la suivit, et attaqua notre centre de front et sur les flancs. Les bataillons français escaladaient les hauteurs de Pratzen de tous les côtés à la fois. Koutouzoff se porta en avant, et fut blessé d’une balle à la joie. Alexandre lui envoya Wyllie, son premier médecin. « Remerciez l’Empereur », dit Koutouzoff au médecin, « et dites-lui que ma blessure n’est nullement dangereuse, mais les blessures mortelles, les voici ! », ajouta-t-il en montrant les Français.

L’ennemi était si près, qui Koutouzofff distinguait les visages. Couvert de sang et sous une grêle de balles, il donnait des ordres qui à peine étaient entendus, tant la confusion était grande. Le comte Tiesenhausen, son gendre bien-aimé, et qui était son aide de camp, fut percé d’une belle et tomba mort sous ses yeux. Les Français qui s’avançaient de tous côtés, une foule de chefs tués ou blessés, achevèrent de porter le désordre dans les armées alliées. L’empereur Alexandre, témoin du carnage, ordonna de réunir les troupes et de battre en retraite. Cependant les Français précipitaient les nôtres des hauteurs de Pratzen, d’où il était impossible de les débusquer tant était grand le désordre parmi le petit nombre de tropes alliées, qui formaient le centre. Faute d’un corps de réserve, Koutouzoff se transporta à l’aile gauche de la 4e colonne. Il gravit les hauteurs où il trouva la brigade du comte Kamensky aîné. Trois fois il lui ordonna d’attaquer les Français sans qu’Elle pût les arrêter. Voyant l’impossibilité de tenir davantage avec deux régiments, auxquels s’étaient réunis deux escadrons de Saint-Pétersbourg, et cent cosaques du 3e régiment d’Issaïeff, Koutouzoff n’ayant plus aucune communication avec Austerlitz, aux environs duquel se trouvait l’empereur Alexandre, se retira à Gostieradek, et les siens s’éatblirent dans la vallée de Litaw. Il n’avait plus qu’une seule brigade, et par conséquent aucune influence sur le sort de la bataille. Alexandre, qui ignorait ce qu’il était devenu, envoya à sa recherche de tous les côtés, et ils ne se revirent qu’après la bataille.

(Mikhaïlovski-Danilewski. Vie de Koutouzoff).

Koutouzoff fut disgracié après Austerlitz ; il ne fut rappelé à la tête des armées russes qu’en 1812, au moment de la campagne de Russie :

Cependant l’opinion générale dans l’armée l’a condamnée, parce que, voyant les mauvaises dispositions qu’on lui avait prescrites en présence des empereurs Alexandre et Français, il ne s’était pas obstiné à les repousser par tous les motifs puisés dans sa longue expérience et dans son profond savoir. C’est dans ce sens que s’exprimait l’empereur Alexandre lui-même. Mais, comme de Koutouzoff, la gloire du monarque, après qu’il eut triomphé de Napoléon, ne dépendait plus d’une victoire ou d’une défaite. « À la bataille d’Austerlitz, disait-il un jour, j’étais jeune et sans expérience ; Koutouzoff nous disait qu’il nous fallait faire tout le contraire de ce que nous voulions, mais il devait persévérer dans son opinion. »

(Mikhaïlovsi-Danilewski. Vie de Koutouzoff).

La garde impériale et la garde russe

À Pratzen, les deux Gardes, française et russe, vont avoir à se combattre. Nous retrouvons ici Coignet et la Vieille Garde. Nous attendîmes assez longtemps dans une immobilité complète. D’abord le brouillard nous empêchait de distinguer ce qui se passait. Mais bientôt un soleil radieux éclaira toute la campagne. Jamais peut-être, à pareille époque de l’année, il ne brilla d’un éclat aussi vif. Nous vîmes que les pentes du plateau de Pratzen avaient déjà été enlevées par les troupes de ligne.

L’Empereur nous fit avancer pour appuyer ce mouvement.

Nous étions là vingt-cinq mille bonnets à poil – la Garde et les grenadiers Oudinot – et des gaillards qui avaient soif de gloire autant que leur grand capitaine. Qu’on se figure l’aspect d’une pareille colonne, s’ébranlant tout à coup, et l’Empereur au milieu ! Après avoir traversé les bas-fonds et les ruisseaux qui occupaient le fond de la vallée, nous nous élançâmes sur le revers opposé, marchant en zigzag et appuyant tantôt à droite tantôt à gauche. La ligne, voyant derrière elle cette réserve formidable, se battait avec la plus grande confiance, et aussi nous n’eûmes pas besoin de tirer un seul coup de fusil pour la soutenir. Nous montions tranquillement, au son des tambours et de la musique. Napoléon avait voulu faire honneur aux Empereurs qui commandaient l’armée ennemie.

Contrairement à l’habitude, il avait ordonné que les musiciens restassent à leur poste au centre de chaque bataillon. Les nôtres étaient au grand complet avec leur chef en tête, un vieux troupier d’au moins soixante ans. Ils jouaient une chanson bien connue de nous :

On va leur percer le flanc,
Ran, ran, ran, ran, tan plan tire lire.
On va leur percer le flanc,
Que nous allons rire,
Ran tan plan tire lire,
Que nous allons rire.

Pendant cet air, en guise d’accompagnement, les tambours. Dirigés par M. Senot, leur major, un homme accompli, battaient la charge à rompre les caisses ; et les tambours et la musique se mêlaient.

C’était à entraîner un paralytique ! Arrivés sur le sommet du plateau, nous n’étions plus séparés des ennemis que par les débris des corps qui se battaient devant nous depuis le matin. Précisément nous avions en face de la Garde impériale russe. L’Empereur nous fit arrêter, et lança d’abord les mamelucks et les chasseurs à cheval. Ces mamelucks étaient de merveilleurx cavaliers ; ils faisaient de leur cheval ce qu’ils voulaient. Avec leur sabre recourbé, ils enlevaient une tête d’un seul coup, et avec leurs étriers tranchants ils coupaient les reins d’un soldat. L’un d’eux revint à trois reprises différentes apporter à l’Empereur un étendard russe ; à la troisième l’Empereur voulut le retenir, mais il s’élança de nouveau et ne revint plus. Il resta sur le champ de bataille. Les chasseurs ne valaient pas moins que les mamelucks.

Cependant ils avaient affaire à trop forte partie. La Garde impériale russe était composée d’hommes gigantesques et qui se battaient en déterminés. Notre cavalerie finit par être ramenée. Alors l’Empereur lâcha les chevaux noirs, c’est-à-dire les grenadiers à cheval, commandés par le maréchal Bessières. Ils passèrent à côté de nous comme l’éclair et fondirent sur l’ennemi. Pendant un quart d’heure, ce fut une mêlée incroyable, et ce quart d’heure nous parut un siècle. Nous ne pouvions rien distinguer dans la fumée et la poussière. Nous avions peur de voir nos camarades sabrés à leur tour. Aussi, nous avancions lentement derrière eux, et s’ils eussent été battus, c’était notre tour. La vieille Garde et les grenadiers étaient là pour frapper le dernier coup. Mais la fumée et la poussière ne tardèrent pas à disparaître. De la Garde impériale russe on ne voyait plus rien. Les uns étaient couchés sur le champ de bataille, les autres avaient disparu je ne sais pas quelle issue et nos cavaliers revinrent triomphants se placer derrière l’Empereur.

(Coignet. Vingt Ans de Gloire avec l’Empereur).

Mikhail Koutouzoff. Portrait de l'époque.
Mikhail Koutouzoff. Portrait de l’époque.

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