Bataille d'Austerlitz

Décisions des alliés

Décisions des alliés

Les alliés décident de livrer la bataille

Le général vicomte de Pelleport, qui se trouvait dans l’entourage de Napoléon à Austerlitz, confirme l’envoi par la cour de Vienne des deux diplomates autrichiens :

Le 20 octobre, Napoléon se rendit à Brünn, et reçut le même jour les comtes de Giulay et de Stadion. La nouvelle de cette réception se répandit dans les camps; on espéra la paix. Napoléon, devinant aux premiers mots de ces plénipotentiaires que les souverains alliés ne voulaient que gagner du temps pour rallier les réserves russes en arrière de quelques marches, invita MM. De Giulay et Stadion à se rendre auprès du ministre de Talleyrand, resté à Vienne. Il fallait à Napoléon une grande victoire pour dissiper la coalition.

(Le général vicomte de Pelleport. Souvenirs militaires et intimes).

En fait, les souverains alliés semblaient donc vouloir la guerre…

Toutes les pensées de l’empereur Alexandre se portaient vers un seul but, la continuation de la guerre. Alors, comme plus tarde, le jeune monarque était animé de l’unique désire de briser le sceptre du soldat qui se faisait un jeu de violer le droit des nations.

Les nouvelles les plus satisfaisantes arrivèrent à Olmütz. L’archiduc Charles écrivait qu’après avoir laissé fort loin Masséna, et ouvert ses communications avec l’archiduc Jean, il espérait se réunir à lui, le 14 octobre, près de Windischgraetz, à soixante-six lieues de Vienne. Il se proposait de marcher ensuite vers la Danube avec 89 mille hommes. Au même moment, on écrivait de Berlin que le roi était prêt à se rendre aux désirs de l’empereur Alexandre; on dépeignait l’enthousiasme de la Garde royale à sa sortie de Potsdam, et les belliqueuses dispositions qui animaient les troupes prussiennes.

Le plan des opérations avait été arrêté à Berlin de la manière suivante :

Le Roi, à l’exemple des souverains ses dévanciers, voulait commander son armée en personne : son aile droite était confiée au duc régnant de Brunswick-Oels; son aile gauche devait agir sous les ordres du prince de Hohenlohe, et la réserve appartenait au Maréchal de Mollendorff. L’armée allait marcher sur Bayreuth et Bamberg pour couper les communications de Napoléon; elle était forte de 103 235 Prussiens, de 16 000 Saxons et 1000 hommes de Saxe-Weimar.

Toutes les troupes prussiennes se mirent en mouvement vers les points désignés pour leurs futurs opérations. Trois circonstances seulement firent retarder la déclaration de guerre de la cour de Berlin : l’impossibilité de s’entendre avec l’Angleterre au sujet des subsides à recevoir; les débats avec cette même puissance, relativement à l’échange du Hanovre contre les États prussiens en Westphalie, et enfin l’attente de la réponse du comte de Haugwitz, envoyé à Napoléon, avec les conditions exigées dans le traité de Potsdam.

Le roi de Prusse, qui voyait expirer le délai d’un mois qu’il avait exigé avant de déclarer la guerre, ne doutait pas du refus formel de Napoléon et se disposait à se mettre en marche. De cette manière, tout semblait aller au gré de l’empereur Alexandre. Les troupes alliées se réunissaient; 17 mille Prussiens devaient se porter sur les communications de Napoléon; il ne s’agissait plus que d’attendre pour que la balance penchât tout à fait de notre côté.

La coopération du roi de Prusse et l’arrivée de nos renforts devenaient donc des circonstances aussi importantes, aussi précieuses que le gain d’une bataille. Napoléon se trouvant entouré de toutes parts et obligé de lutter, de divers côtés, contre les forces infiniment supérieures à toutes celles de son armée, on paraissait à peu près certain de le vaincre… Mais son étoile brillait encore! Le contraire en advint, et toutes nos espérances d’évanouirent…

Les provisions de bouche commencèrent à manquer au camp d’Olmütz. Les Autrichiens, ayant l’intention d’agir en Souabe, ne pouvaient supposer que la guerre se porterait aussi rapidement en Moravie; les vivres étaient encore fort loin, les arrivages se faisaient lentement. Les ordres les plus sévères trouvaient une secrète opposition, et même de la désobéissance de la part des autorités locales. La consternation des esprits et du peuple en général, produite par les désastres d’Ulm, s’augmentait de jour en jour et faisait désirer plus vivement encore un arrangement politique quelconque, pourvu qu’il débarrassait la monarchie de la présence des Français. Les paysannes des villages qui environnent Olmütz, fuyaient, les campagnes étaient désertes, on était obligé d’employer la violence pour se procurer du pain. Un plus long séjour à Olmütz ou dans les environs devait amener infailliblement une disette complète. Le Conseil de guerre fut assemblé. Koutouzoff proposa de se retirer à quelques marches et d’aller au-devant des arrivages des vivres. Son avis ne prévalut pas, et il fut décidé que nous nous porterions en avant, sans considérer que ce mouvement offensif nous forcerait, en nous rapprochant de l’ennemi, de livrer une bataille à Napoléon avant le temps opportun; c’était du moins l’avis bien motivé de Koutouzoff.

Les armées alliées semblent, au départ, s’organiser et prendre des décisions qui risquent de mettre Napoléon en mauvaise posture :

Le 8 novembre 1805, jour de l’entrée de Napoléon à Brünn, Koutouzoff fit sa jonction, près de Wischau, avec la première colonne du corps de Buxhoewden; ensuite, il continua à se retirer sur Olmütz, où se trouvaient les autres troupes qui appartenaient à ce corps, au nombre de 26 828 hombres (Le corps de Buxhoewden était composé des régiments Elisabethgrads, hussards; des lanciers du grand-duc Constantin, du 6e de cosaques, des grenadiers de Phanagorie; des régiments de Riajsk, Archangel, Pskoff, Perm, Vieille-Ingrie, Wibourg et Koursk, fusiliers; des 5e et 7e de chasseurs à pied, de 9 compagnies d’artillerie à pied, 2 d’artillerie à cheval, 2 compagnies de pionniers et une de pontonniers. La garde impériale comptait 10 bataillons d’infanterie).

Le 10 novembre, Koutouzoff fit son entrée à Olmütz, où les empereurs Alexandre et François se trouvaient déjà réunis. Il fut nommé commandant en chef des armées russes et autrichiennes rassemblées en Moravie. On confia au prince Wokonski, aide de camp général, aujourd’hui ministre de la cour impériale, les fonctions de général de service de l’armée, et au général Weyrother, autrichien, celles de quartier-maître général.

Les monarques décidèrent :

  • Que les troupes ramenées par Koutouzoff resteraient à Olmütz afin de prendre le repos dont elles avaient besoin ;
  • Qu’elles seraien réunies à la Garde impériale et au corps du général Essen ;
  • Qu’on attendrait ainsi que l’archiduc Charles et le général Benningsen se fussent rapprochés du théâtre de la guerre, et que la décision définitive de la cour de Berlin fût connue.

Deux jours après, la Garde impériale, sous les ordres du Césarewitch, le grand-duc Constantin, arriva à Olmütz, au nombre de 8500 hommes, combattants pleins d’espérance dans le succès.

La Garde était partie de Pétersbourg le 10 août 1805, trois jours avant que Koutouzoff eût franchi les frontières russes; et, deux mois après, pendant que Koutouzoff était à Brauneau et Napoléon à Munich, elle entrait à Brest. Elle reçut, sur toute la route qu’elle eut à parcourir, des témoignages de joie.Les habitants du village de Bechkowitch, du district de Porchow, se distinguèrent d’une manière toute particulière par leur hospitalité; aussi furent-ils récompensés par une somme de 1000 roubles, que l’empereur leur envoya. A Brest, le corps d’élite fut re-complété; on diminua le train et les équipages, et cette opération lui valut huit jours de repos. Elle se rendit ensuite à marches forcées à Cracovie, faisant souvent jusqu’à quarante kilomètres et plus par jour. L’empereur François avait ordonné que des tables fussent dressées, depuis la frontière, à la moitié de chaque étape pour les officiers. Les bagages et les munitions des soldats étaient transportés sur des chariots.

La Garde fit, en grande tenue, son entrée à Olmütz et fut passée en revue par les deux monarques. On vit figurer à cette revue les corps qui venaient d’opérer, avec tant de courage, la retraite de Braunau. L’empereur Alexandre remercia ses troupes, et plus particulièrement celles qui avaient été chaque jour aux prises avec l’ennemi. Ces braves gens ne se distinguaient ni par l’élégance de leur mise, ni par l’éclat de leurs armes, ainsi que la Garde et le corps de Buxhoewden, mais le souvenir des faits les plus glorieux reflétait sur eux.

Après la réunion de la Garde aux troupes déjà assemblées près d’Olmütz, l’armée se trouvait forte de 104 bataillons, de 159 escadrons, et de 8 régiments de cosaques. Les Autrichiens, sous les ordres du prince de Liechtenstein, faisaient partie de notre armée; ils avaient 54 escadrons très faibles, 20 bataillons formés pour la plupart avec des recrues qui n’avaient encore aucune espèce d’habitude du service. Les Russes étaient au nombre de 68 500 hommes; les Autrichiens comptaient 14 000 soldats; en totalité 82 500 combattants.

L’armée bivouaquait en partie dans une position élevée, très favorable à la défensive, et dont la vue s’élevait de tous les côtés à huit kilomètres. Derrière cette hauteur il y avait quelques ravins larges et peu profonds, qui furent reconnus propres à cacher les réserves. Les batteries furent placées de manière à ce que leur feu se croisât. Une rivière coulait devant le front, et quelques marais l’avoisinaient. Un peu en arrière, on avait construit des ponts sur la March, dans le cas supposé d’une retraite. Les Russes se trouvaient en première ligne, les Autrichiens en réserve. Le prince Bagration occupait Prosnitz; le détachement de Kienmeyer était à Toibschau. L’archiduc Ferdinand, accouru d’Ulm avec le reste des troupes enlevées à différentes garnisons, et pouvant s’élever à 10 mille hommes, restait près d’Iglau, en Bohème, et entretenait par des patrouilles ses communications avec l’armée.

Les armées belligérantes se trouvaient ainsi à la distance de soixante-dix kilomètres qui séparait Olmütz de Brûnn. La situation de Napoléon, malgré la soumission de Vienne et ses grands succès, n’était rien moins que rassurante.

Officiers et soldats de l'armée française au début du XIXe siècle. Image libre de droits.
Officiers et soldats de l’armée française au début du XIXe siècle. Image libre de droits.

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