Bataille d'Austerlitz

Combat de Wischau

Combat de Wischau

Combat de Wischau raconté par les Français et les Russes

À l’aube du combat de Wischau

Les Français se laissent déloger volontairement de Wischau, le 28 novembre 1805 :

On apprit que l’ennemi n’avait fait aucun mouvement et que son avant-garde à Wischau n’avait été ni renforcée, ni affaiblie. On se prépara donc à l’attaquer le lendemain, et le général Bagration reçut l’ordre d’exécuter cette expédition.

On se prépara donc à l’attaquer le lendemain, et le général Bagration reçut l’ordre d’exécuter cette expédition. L’armée devait suivre, dans le même ordre de marche que la veille, le chemin que ce général lui fraierait le 28 novembre.

Dès la pointe du jour, le prince Bagration marcha avec son avant-garde et partagea ses troupes en trois colonnes; celle du centre resta sur la chaussée; les deux autres, de droite et de gauche, tournèrent la ville de Wischau, où il y avait un régiment de hussards et un de chasseurs ennemis.

Deux autres régiments de cavalerie étaient derrière la ville en réserve; à Huluboschan, était le général Sébastiani avec un régiment de dragons.

Dès que les Russes, et sur leur gauche la cavalerie du général Kienmeyer, composée des hussards de Szeckler et de Hesse-Hombourg, se montrèrent devant Wischau et sur les hauteurs de Brindlitz, la cavalerie française, à l’exception d’une centaine de chevaux, évacua Wischau avec précipitation.

(Sturrerheim, La Bataille d’Austerlitz).

L’affrontement de Wischau raconté par les Français

Voici le combat de Wischau, raconté d’abondance par le général Milhaud dans son journal :

Je me portai près de la grande route auprès du 16e (dit le général Milhaud), pour examiner ce qui se passait à notre droite, car je n’avais reçu aucun avis ni aucun rapport de ce côté, qui était attaqué vivement et par 2000 chevaux, tant cosaques que dragons et hussards.

A l’instant même, je vis deux charges successives des cosaques, qui furent d’abord repoussées par les hussards et par un régiment de dragons, mais, découvrant le front de sept à huit escadrons de cavalerie de ligne, débordèrent les flancs des hussards et des dragons par la droite et gagnèrent beaucoup de terrain. J’avais jusque-là résisté à 600 ou 700 cosaques qui fuyaient toutes les fois que j’envoyais un peloton serré contre eux; mais voyant que toute notre droite avait été repoussée, j’ordonnai la retraite par échelons. Je laissai un instant lw 22e pour faire face aux cosaques. Ce régiment se retira au pas et manoeuvrant avec 120 chevaux au milieu d’une force quadruple, comme sur une place d’armes.

Le 16e fit halte au moment deval le village de Lultsch, où nous étions obligés de passer à cause d’un ravin profond et d’un marais qui se prolongeait derrière nous jusqu’à la grande route, déjà occupé par un escadron de Bann (?) et un grand nombre de cosaques.

Le 16e régiment passa par deux le défilé du village au galop et se forma de même en avant en bataille en sortant du village, pour se précipiter sans hésitation à travers… escadrons et dragons russes et au milieu du gros de cosaques et de cavalerie qui avait quitté la droite pour nous couper la retraite.

Il est bon de savoir qu’au moment où je vis la nécessité d’ordonner la retraite, j’envoyai mon aide de camp pour prier un régiment de dragons frais, qui venait de prendre position sur la hauteur, à la droite et en arrière de la grande auberge, de rester en position quelques minutes pour menacer les derrières du gros de cavalerie qui se dirigeait déjà tout entier sur mon flanc droit. Mais on répondit qu’on avait ordre de faire la retraite, et les dragons partirent à l’instant au trot pour passer le dernier ravin en arrière d’eux; le colonel Guyot seul, avec un peloton de ses hussards, vint se réunir à un autre peloton de son régiment qui avait combattu avec nous.

L’audace du 16e régiment, qui chargea avec tant d’impétuosité en sortant du défilé contre une force huit fois plus nombreuse, porta le désordre dans les escadrons russes, et arrêta un instant la nuée des cosaques, qui nous débordaient de toutes parts et qui malheureusement, secondés par les hussards de Bann, tombèrent par toutes les rues du village sur le 22e régiment au moment où il passait le défilé par deux. Un peloton d’élite du 22e, laissé à l’entrée du village par le colonel Latour-Maubourg et commandé par le sous-lieutenant Maubourg, a combattu corps à corps contre 300 chevaux, mais il fut presque tout tué ou pris après la résistance la plus opiniâtre. Le 22e a perdu dans le passage de ce défilé 40 sous-officiers ou chasseurs tués ou pris, et 3 officiers. Le 16e, dans sa brillante charge et dans la mêlée, perdit 31 chausseurs et sous-officiers et un officier.

J’oubliais de dire que toute l’armée russe était en marche ce jour-là, et que l’attaque de nos avant-postes de Wischau et d’Urchütz (?) était faite par l’avant-garde, composée de toutes les armes. Notre retraite des avant-postes était sans doute nécessaire, mais avec plus d’ensemble, nous n’aurions pas perdu un homme ni un cheval, et quoique abandonnés à nos petites forces de 300 chevaux, nous avons tué et blessé beaucoup de Russes.

(Journal du général comte Édouard Milhaud).

Le vicomte de Pelleport donne également le point de vue français sur la bataille :

Le 28, Wischau fut attaqué; l’avant-garde de notre cavalerie, qui occupait ce bourg, se retira, comme elle en avait l’ordre. Mais une centaine de dragons démontés restèrent au pouvoir de l’ennemi. Cette circonstance fit supposer que notre avant-garde avait été surprise. Ces événements arrivent souvent dans les armées françaises; nous sommes, en général, confiants, et nous n’apportons pas assez de ponctualité dans le service.

(Général vicomte de Pelleport. Souvenirs militaires et intimes).

L’affrontement de Wischau vu par les Russes

L’Empereur Alexandre assistant au combat de Wischau, ce succès est monté en épingle pour les Russes :

Dans la soirée, on reçut les nouvelles que les Français placés à Wischau n’avaient pas eu de renforts; on en conclut que l’ennemi ignorait encore notre mouvement. En conséquence, on ordonna au prince Bagration d’attaquer le lendemain l’avant-garde des Français, et à l’armée de le suivre dans l’ordre précédent.

Le 16 novembre 1805, le prince Bagration se mit en mouvement sur trois colonnes : Celle du milieu marchait sur Wischau. Les deux autres tournaient cette ville par la droite et par la gauche. Le détachement de cavallerie française placé à Wischau, se replia devant des forces si supérieures; un des escadrons, en retard, fut fait prisonnier, grâce à la promptitude avec laquelle les Russes se précipitèrent dans cette petite ville par les rues transversales. Murat, qui se trouvait à Rausnitz, envoya des renforts aux troupes qui se retiraient et se disposa à défendre ce poste.

Le prince Bagration suivait de près les Français, ne leur donnait pas le temps de se former, et deux fois attaqua leur cavalerie avec succès. Napoléon, informé de notre mouvement, arriva précipitamment à l’avant-garde; et, du sommet de la montagne, jetant un coup d’oeil sur le terrain où Murat se défendait, il lui ordonna de ne pas s’entêter à la défense de Rausnitz et de se retirer.

Cette affaire d’avant-garde fait époque dans l’histoire de l’empereur Alexandre. C’était la première fois qu’il se trouvait au feu, et en présence de Napoléon…

L’Empereur Alexandre ayant, dès le matin, entendu le bruit de la cannonade, se rendit à l’avant-garde. Ce fut un beau moment. Les cris de joie et d’allégresse de la troupe, à la vue du monarque, couvrirent le bruit du canon. Il suivit d’abord, et avec satisfaction, le mouvement offensif de nos colonnes; mais, lorsque le feu eut cessé, parcourant le champ du combat au pas et en silence, il promena un regard attentif sur les malheureux qui, morts ou blessés, jonchaient la terre, il fit remarquer ceux qu’un reste de vie conservait à l’espérance, pour qu’on les secourût sans retard. La bonté de son cœur était mise à l’épreuve à ce premier aspect d’un champ de bataille. Attristé par ce spectacle. Il rentra chez lui, ne prit aucune nourriture de toute la journée, et dans la soirée ne voulut voir personne.

(Mikhaïlovski-Danilewski. Campagne de 1805).

Un hussard français. Gravure par Hippolyte Bellangé, 1809.
Un hussard français. Gravure par Hippolyte Bellangé, 1809.
Joachim Murat. Portrait de François Gérard.

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