Les feux de forêt, le déboisement dans la Côte-du-Sud
Feux de forêt : Chaque saison transforme la nature. Ces modifications font partie du cycle de la vie terrestre. Par contre, certaines perturbations naturelles comme les incendies de forêt, les épidémies d’insectes et les oscillations climatiques bouleversent l’écosystème pour des périodes plus ou moins longues.
Les feux de forêt
Les feux de forêt peuvent être causés par la foudre dans les périodes de sécheresse. La plupart du temps, cependant, ils sont allumés accidentellement par l’homme. Afin d’ensemencer la terre plus rapidement, les colons avaient l’habitude de faire brûler les abattis ce qui, au début du 20e siècle, était la principale cause des incendies. Les arpenteurs rapportent que des superficies importantes ont été dévastés, particulièrement, dans Kamouraska (cantons Bungay, Parke et Woodbridge). Comme il n’y avait pas encore dans la région de système efficace de protection, il fallait s’en remettre à la pluie. Durant un été sec, comme celui de 1716, le feu pouvait consommer un territoire très étendu. Or, il faut plusieurs décennies pour qu’une forêt ravagée retrouve son aspect originel. Ce n’est qu’en 1905 que la rive sud aura un service organisé de protection contre les incendies de forêt.
Le déboisement
On mesure encore aujourd’hui assez mal les effets de la suppression du couvert forestier sur un vaste territoire. Cependant, il semble que l’on ait rapidement établi un lien entre le déboisement et certaines transformations du milieu comme l’érosion des berges du Saint-Laurent et la diminution du début des rivières.
Dès le régime français, les habitants de certaines paroisses de la Côte-du-Sud se confrontent au problème de l’érosion des rives du fleuve. En fait, il s’agit des inondations du manoir seigneurial de Vincelotte et des églises des Cap-Saint-Ignace et de Saint-Thomas-de-la-Pointe-à-la-Caille on était menées par l’action des grandes marées. On avait dépouillé de la couverture végétale le sol de la berge qui assurait sa stabilité (par le réseau de racines). Ensuite, les flots ont dévoré progressivement le sol de la berge. Le processus fut assez lent puisque c’est seulement vers le milieu du dix-huitième siècle, soit près de 75 ans après leur construction, qu’on abandona les édifices mentionnés plus haut.
L’impact de déboisement sur les cours d’eau s’aperçoit sans doute dès le dix-huitième siècle. Le premier témoignage que nous avons retrouvé date cependant du siècle suivant. Relatant quelques souvenirs de la paroisse natale (Saint-Thomas), l’écrivain Eugène Renault, racontait, en 1864, ce qui était probablement un fait inscrit dans la mémoire collective depuis le régime français :
La rivière-à-la-Caille qui, alors charroyait a plein lit l’eau rougeâtre de la forêt, n’est plus maintenant qu’un petit ruisseau qui, en été, traîne péniblement vers le fleuve sur eaux bourbeuse et ne sort de sa léthargie qu’au printemps ou à l’époque des grandes pluies d’automne. La Rivière-à-la-Caille a été, combien bien d’autres cours d’eau, victimes de déboisement.
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Comme l’indique ce texte, il s’agissait moins d’une diminution du débit des rivières qui d’une accentuation des contrastes entre les crues printanières très intenses et des étiages beaucoup plus faibles. On disait la même chose à propos de la rivière du Sud, en 1925. Quant aux glissements du terrain qui se sont produits le long de certaines rivières de la région, notamment à Saint-Pierre et à Saint-Vallier, ils ne sont pas attribuables au seul déboisement. On les attribue pourtant à une combination de facteurs (rives abruptes, sols glaiseux).
Les coupes de bois massives effectuées la fin du 19e siècle par les entrepreneurs forestiers aussi bien que par les colons ont démontré à l’évidence les dangers d’un déboisement excessif. Le gouvernement provincial a réagi en adoptant des mesures de conservation, et, en particulier, en créant des réserves forestières à l’ombre sur des rivières. La première réserve de la Côte-du-Sud se situait le long de la rivière Ouelle. Elle couvrait alors une superficie de 878 km².
Source du texte : Histoire de la Côte-du-Sud. Sous la direction de Alain Laberge. Martine Côte, Diane Saint-Pierre, Jacques Saint-Pierre, Yves Hebert. 1993. Extrait.