L’arrière-pays de la Côte-du-Sud

L’arrière-pays de la Côte-du-Sud du Québec

L’arrière-pays de la Côte-du-Sud : Cette zone coïncide avec le plateau des Appalaches qui s’élève à plus de deux-cent mètres au-dessus du niveau de la mer. C’est, et de loin, la zone la plus étendue de la Côte-du-Sud puisqu’elle couvre approximativement les 2/3 du territoire. L’arrière-pays a été colonisée, à partir du 19e siècle, après le découpage des cantons. mais il a été fréquenté très tôt par les chaussures et les courriers qui relaient Québec et l’Acadie. C’était également un territoire de chasse amérindien.

Son couvert forestier

Les températures sur le plateau sont inférieures à celles de la plaine et les précipitations y sont plus abondantes. Valonneux, le terrain est formé de sols très minces et pierreux. Là où ils sont bien drainés, ces sols sont favorables à l’établissement de l’érablière. Par contre, là où le drainage est mauvais, comme dans les cantons du versant Saint-Laurent dans le comté de Kamouraska, on retrouve plutôt une forêt à caractère boréal (épinette blanche, épinette noire, sapin, mélèze, bouleau jaune, cèdre). C’est du moins le couvert forestier qu’on peut observer de nos jours. Mais qu’en était-il au 19e siècle, au moment où l’on a entrepris la mise en valeur de cette partie de la région?

Si l’on se fie aux commentaires de l’arpenteur général Joseph Bouchette, la végétation primitive comportait aussi une quantité appréciable des pins. Les profondeurs des seigneuries et les quelques cantons situés immédiatement derrière, qui sont décrits dans l’édition de 1832 de son dictionnaire topographique, contenaient encore beaucoup de pins. Le secteur arrosé par la rivière Ouelle était particulièrement bien pourvu à cet égard. Cependant, dès le milieu du siècle les plus beaux arbres sont coupés.

Dans le canton Ashford, par exemple, un arpenteur constate en 1864 : « Il y avait beaucoup de pins; mais depuis bon nombre d’années on les a détruits, enlevés ou gaspillés annuellement, de sorte qu’il en reste bien peu à présent. On recherche aussi l’épinette et le cèdre. Dans certains cantons de Bellechasse, plusieurs colons exploitent des érablières. Même si la forêt de l’arrière-pays est peuplée des même essence (à l’exception du pin) qu’aujourd’hui, il est fort probable que la proportion de chacune ait été modifiée par l’intervention humaine. Cependant, il serait difficile de mesurer l’ampleur de ces transformations.

Un paradis de chasse et de pêche

Dès la fin du XVIIe siècle, l’arrière pays de la Côte-du-Sud a été exploré en vue d’établir une liaison entre Québec et Acadie. Des routes de portage apparaissent aussi dans la cartographie du dix-huitième siècle et en particulier sur la carte de Bellin. Cependant, les informations relatives à la forme sont plutôt minces. Le fils du seigneur de Bonsecours est mort lors d’une expédition de chasse aux martres à la rivière Noire en 1721.

Les habitants de la seigneurie de Port-Joly ont chassé la perdrix et le lièvre et pêché la truite au lac Trois-Saumons durant l’hiver de 1760. C’est à peu près tout ce que l’on sait avec certitude, le reste est du domaine de la légende. Les offrandes de peaux de castor et de martre à la quête de l’Enfant-Jésus, relevées par Marie-Aimée Cliche dans les livres de comptes des fabriques de Saint-Thomas et de Kamourska, indiquent que les habitants de la région chassaient aussi les animaux à fourrure.

Il faut voir l’arrière-pays de la Côte-du-Sud comme un paradis pour les chasseurs et les pêcheurs. En 1901, le propagandiste Eugène Rouillard écrivait : « Saint-Pamphile est par excellence un pays de sport. Aussi, tous les colons de l’endroit sont-ils un peu chasseurs ». Les lacs regorgaient de truites. En une semaine (5 jours), un groupe de 8 pêcheurs du Club Notre-Dame-de-Bonsecours avec capturé 406 truites au lac Trois-Saumons. Cela s’est passait en 1905. On retrouvait aussi plusieurs espèces d’animaux à fourrure : castor, martre, vison, renard, loutre, belette, pécan, lynx, ours. L’ours noir, qui se nourrit généralement de petits fruits, s’aventurait parfois sur les fermes de la plaine où il s’attaquait aux moutons.

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Les cervidés (chevreuil, orignal, caribou) étaient beaucoup plus nombreux qu’aujourd’hui. Cependant, il faut noter que le chevreuil est arrivé seulement à la fin du 19e siècle sur la Côte-du-Sud, en provenance des États-Unis. Plus qu’une migration, cette remontée vers le nord fut une véritable invasion. D’après Rouillard, les cultivateurs de Saint-Magloire se plaignaient des dommages que les chevreuils causaient à leurs récoltes. En effet, ils étaient si nombreux qu’on pouvait les capturer vivants.

Plusieurs générations de riveraines ont fréquenté la forêt de l’arrière-pays avant que les colons ne s’y établissent. Il semble que les chasseurs n’aient pas vu d’un très bon oeil l’arrivée des défricheurs. En tout cas, un arpenteur invoque les commentaires défavorables des chasseurs pour expliquer les retards de la colonisation dans les cantons du comté de l’Islet. En fait, la grande majorité des terres du plateau sont en propre à la culture. Il faut donc s’interroger sur les motivations des colons qui se sont installés sur ces lots. Étaient-ils plus sensibles à la valeur du bois qu’à la qualité du sol ?

Pour en apprendre plus :

Source du texte : Histoire de la Côte-du-Sud. Sous la direction de Alain Laberge. Martine Côte, Diane Saint-Pierre, Jacques Saint-Pierre, Yves Hebert. 1993. Extrait.

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