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Deux amants

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Une femme majeure et son amant mineur

Le torchon brûle entre deux couples de Beauport. Les aventures amoureuses de l’une des deux épouses, avec un jeune amant mineur, lequel est le fils de l’un des deux couples, vont défrayer la manchette durant longtemps, faire suer et essouffler bien des juges. La cour rendra le verdict final le 24 avril 1713.

Voici ce qui s’est passé : Le 29 octobre 1698, à Beauport, Louise Savaria revêt sa robe de mariée pour épouser Louis Métivier avec qui elle aura quatre enfants, tous nés entre 1698 et 1702. Louis Savaria devient veuve quand son mari décède le 10 janvier 1703. Ce ne sera qu’après une décennie de célibat qu’elle épousera, à Beauport, le 17 août 1712, Joseph Daniel Fisk, un homme originaire de la ville de Boston.

Entre ses deux mariages, Louise Savaria entretient une liaison avec un jeune Beauportois, Nicolas Giroux; Savaria a douze ans de plus que son amant. Louise devient enceinte et, le 21 septembre 1709, elle accouche d’un garçon dont le prénom sera Noël. Savaria poursuit les parents de son jeune amant mineur, Michel Giroux et Thérèse Prévost. Le tribunal de première instance déclare Nicolas Giroux coupable et ses parents récoltent la sentence suivante :

… Sont condamnés à reconnaître que l’enfant dont ladite Savaria est accouchée est des œuvres dudit Nicolas Giroux leur fils et à payer la nourriture et pension dudit enfant à raison de cent livres par un, à compter du jour qu’il est venu au monde, à s’en charger pour l’avenir, de le nourrir, entretenir et élever dans la religion catholique jusqu’à ce qu’il soit en état d’apprendre un métier.

Depuis le prononcé de ce fameux jugement, la guerre est plus vive que jamais entre les Fisk-Savaria et les Giroux-Prévost. Aucune concession possible à l’horizon, chaque clan veut tout gagner et, pour y parvenir, on y mettra beaucoup d’énergie et d’argent. On aura recours à toutes sortes de procédures et les comparutions au tribunal seront nombreuses : le 12 décembre 1712, le 6 février 1713, le 20 mars 1713, et le 24 avril 1713. À la dernière comparution, l’enfant aura déjà trois ans et sept mois.

Pour sa part, non satisfaite d’avoir obtenu par jugement une importante contribution financière des parents de son jeune amant, Savaria prétend que le tribunal a oublié de lui accorder une somme additionnelle « en dommages et intérêts » parce que les Giroux-Prévost auraient porté atteinte à sa réputation, d’où sa requête « sur la réparation d’honneur. »

Dans le camp adverse, en plus de se vider le cœur, on conteste plusieurs points. Premièrement, on n’accepte pas devoir payer de surcroît tous les dépens du procès et on demande de les faire payer par Savaria.

Deuxièmement, on est furieux au sujet du montant fixé pour la pension alimentaire de l’enfant parce que « la Cour, en confirmant ladite sentence, a aussi accordé, audit Fisk et à ladite Savaria, plus qi’lls n’ont demandé » eux-mêmes.

Troisièmement, les Giroux-Prévost estiment qu’ils ne devraient plus être responsables envers l’enfant en affirmant « qu’il ne paraît pas que la Cour ait fait attention au mariage de ladite Savaria avec ledit Frisk ». Selon eux, parce que la mère est maintenant mariée cette situation « la met hors d’état de pouvoir rien prétendre pour elle, ni pour son enfant. »

Quatrièmement, les parents de Nicolas crient au scandale : c’est Louise Savaria qui devrait être punie, car il ne devrait pas être « permis aux femmes majeures de suborner des enfants mineurs ». Et on ajoute que « ce serait d’autoriser le vice si les femmes qui mènent une vie licencieuses étaient récompensées au lieu d’être punies de leur crime ». En conclusion, si on punissait la femme majeur qui « sollicite » un mâle mineur, « il n’y aurait pas des fils de famille en état de ruiner ses père et mère ».

Finalement, Michel Giroux rappelle au tribunal que non seulement « ladite Savaria a avoué avoir dit des menaces et des injures » à son endroit, mais, qu’en plus, et selon des témoins, « elle l’a menacé de mettre le feu dans la maison ».

Ô Petit Jésus des Sept Douleurs et de la Terre Humaine! Quelle histoire! Comment arriver à départager tout ça, à faire plaisir à tout le monde en même temps et à calmer la douleur de chacun dans son malheur?

Le 24 avril 1713, voici le jugement final rendu :

Le Conseil a déchargé et décharge ledit Michel Giroux et Thérèse Prévost, sa femme, de la condamnation des dépens de la cause d’appel prononcés contre eux et condamne ledit Fisk et ladite Savaria auxdits dépens. Ordonne que la pension de cent livres à laquelle lesdits Giroux sont condamnés, elle sera payée audit Fisk et à ladite Savaria tant pour la nourriture que pour l’entretien dudit enfant.

Michel Giroux épouse Thérèse Prévost à Beauport le 18 août 1683 et ils auront douze enfants. Troisième enfant de la famille, Nocals, naît le 17 juillet 1688 (Savaria est née en 1776) Le 13 janvier 1716, à Charlesbourg, Nicolas épouse Marie-Marguerite Blondeau et le couple aura neuf enfants.

Par Guy Giguère, La Scandaleuse Nouvelle-France, histoires scabreuses et peu édifiantes de nos ancêtres, 1958.

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Coin de la Côte Dinan et la rue Saint-Paul à Vieux-Québec. Illustration : GrandQuebec.com

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