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Le National a le championnat

Le National a le championnat

Enfin, nous avons le championnat !

La belle victoire du National à Cornwall, le 27 août 1910, ainsi que la défaite du Montréal, placent incontestablement notre équipe canadienne-française à la tête de la ligue pour la saison 1910

Cornwall : Le National est champion de la N.L.U. pour 1910. Après l’une des parties les plu contestées jamais vues ici, les braves du capitaine Lalonde ont triomphé du club Cornwall par un score de 3 à 1 devant une foule de 6,000 personnes dont près de la moitié était venue de Montréal pour applaudir ses favoris.

Comme les Tecumsehs ont de leur côté défait le Montréal, notre club se trouve à décrocher la palme. Pour la seconde fois en treize ans, c’est-à-dire depuis son admission dans la ligue, le National a remporté samedi (27 août 1910) le championnat de la National Lacrosse Union. C’est cependant la première fois dans les annales du sport qu’une équipe exclusivement canadienne se classe première dans la catégorie des grands clubs. La victoire d’hier est le digne couronnement d’une saison féconde en glorieux exploits. Notre club a actuellement neuf victoires à son crédit. Il a encore deux parties à jouer et il les gagnera à n’en pas douter, mais même s’il les perdait, il resterait champion.

Cornwall, qui avait battu chez lui le Toronto et les Tecumsehs, a fait un effort désespéré pour infliger le même sort au National. Il a échoué, mais la lutte a été âpre, dure acharnée et extrêmement intéressante. Une excitation fébrile, intense, a régné tout l’après-midi. Le National avait l’avantage, mais ses partisans se demandaient s’il pourrait le conserver jusqu’à la fin.

Finalement, à 6 heures 17, le timbre résonnait, annonçant la fin de cette journée mémorable. Trois mille personnes s’enlacèrent alors sur le terrain, acclamant les nouveaux champions et se précipitant pour les féliciter et les complimenter. L’un des chefs de la foule présenta au capitaine Lalonde un bouquet aux couleurs du National offert par les dames de l’excursion. C’était une scène d’enthousiasme délirant, indescriptible.

La victoire d’avant-hier prouve à l’évidence la supériorité du National sur tous les autres clubs de la ligue. Là où les plus fortes équipes avaient été vaincues, avaient mordu la poussière, le National a triomphé.

Une prime

La rumeur circulait dans Cornwall que le club Montréal avait promis un cadeau de $50 à chacun des joueurs de l’équipe locale s’ils battaient le National. Nous ne savons si s’est là un fait exact ou non. Ce que nous pouvons dire cependant, c’est que tous les joueurs de Cornwall ont lutté comme si leur vie ou leur fortune était en jeu. Ils ont combattu tout l’après-midi avec une ardeur extrême, et n’ont pas ménagé leurs adversaires. Dulude et Gauthier ont été assommés, Lalonde et Dussault ont reçu sur la tête de vigoureux coups de bâtons, et Gagnon en a reçu un sur le bras.

En 5 minutes

Le National s’est assuré la victoire dans les cinq premières minutes de l’après-midi. Lalonde enregistrait le premier point de la journée en 50 secondes et Dussault, le deuxième en 4 minutes.

Au coup de sifflet, la balle alla vers les buts du National, puis fut transportée à l’autre bout du champ, et après une couple de passes était dans le filet de Cornwall.

La première période se termina par un score de 2 à 0. La lutte fut extrêmement âpre dans le deuxième quart. Cornwall réussit à compter un point après 14 minutes de jeu, et alors que trois des joueurs du National, Secours, Clément et Gauthier, étaient à la clôture. Lorsque le timbre résonna le score était de 2 à 1.

L’inquiétude saisit les amis du National. Chacun se demandait si notre club réussirait à conserver un faible avantage. Les esprits alarmés se calmèrent un peu à la troisième période après que Secours eut compté un troisième point pour le National.

Le club Cornwall combattit avec une énergie désespérée dans la période finale pour égaler le score, mais ce fut peine perdue et la joute se termina avec un score de 3 à 1.

L’équipe championne est composée de Dussault, Clément, Lalonde (capitaine), L’Heureux (gardien), Dulude, Lamoureux, Cattarinich, Gagnon, Lachapelle, Gauthier, Dicaire. Les substituts sont Duchett, Boulianne et Beauchamps. L’entraîneur de l’équipe est Noseworthy et l’instructeur Shiner White, seul représentant de l’équipe championne de 1898.

(Texte paru dans La Presse, le 27 août 1910)

Note : Sous le titre Aux amateurs de sports, la Presse publiait à la date du 31 mars 1910 l’article suivant:

La Presse a entrepris une bien lourde tâche : celle de mener notre équipe de crosse canadienne-française au championnat.

Nous ne sommes pas illusionnés sur les obstacles qui se présentent sur la route. Nous nous rendons bien compte du travail à accomplir.

Mais la Presse compte sur le patriotisme de tous ses lecteurs, qui ont et l’orgueil de la race et de l’admiration pour l’avancement du jeu national et du sport, pour amener la réalisation du rêve que tout Canadien-Français a caressé depuis 1898 (année du dernier championnat du National).

Il nous semble que l’heure de la revanche a sonné cette année et que notre club national doit prendre la place qui lui revient de tradition et de droit dans les annales sportives de 1910.

Lalonde

Édouard Lalonde

Le capitaine Édouard Lalonde. Photo de l’époque

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