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Alexandre Lesiège

Alexandre Lesiège

Alexandre Lesiège

Petit phénomène deviendra-t-il grand maître?

Un jour, quand il avait sept ans, sa mère lui montra à jouer aux échecs. Ce fut immédiatement un succès foudroyant : pour la première fois de sa vie, elle avait trouvé un adversaire qu’elle pouvait battre presque à tout coup.

Lui trouvait ça moins drôle. En fait, puisque vous connaissez le punch de la fin,, un peut bien vous le dire tout net : ça l’embêtait prodigieusement. Aussi, il troqua son échiquier pour un kimono et s’inscrivit à un cours de judo.

Malin, il avait compris qu’au judo, sa mère ne serait pas de taille. Il démontra en plus un talent certain pour cet art martial : à neuf ans, il en était à sa troisième ceinture, ce qui, pour un seul pantalon, est considérable, dit-on.

Malgré cette réussite, allez donc savoir pourquoi, il tassa son matelas dans un coin. « Un jour, raconte sa mère, il est revenu de l’école tout excité : il voulait jouer aux échecs ».

C’est à cette époque qu’il battit sa mère pour la première fois. Il avait neuf ans.

Comme il semblait passionné pour ce jeu bizarre et qu’il ne trouvait plus un seul adversaire de taille sur la rive Sud, elle l’accompagna au Spécialiste des échecs, le club le mieux connu de Montréal, qui a pignon sur rue, rue Sainte-Catherine.

On lui conseilla les services de Jean Hébert, maître international et numéro trois au Canada. Hébert voulait bien faire sa part pour le développement de la relève au Québec, mais il n’avait pas de temps à perdre avec un gamin de dix ans.

Le maître ne tarda toutefois pas à voir que le gamin en question avait un talent pas ordinaire. Il commença à lui enseigner.

Alexandre Lesiège n’était rien d’autre qu’un p’tit gars qui venait traîner au Spécialiste le vendredi soir. Il faut le dire, il n’impressionnait immédiatement pas grand monde à part sa mère. Ce fut donc une véritable commotion quand ce petit gars de rien et de Longueuil se mit à battre des joueurs moyens, forts de leurs 1500, 1600 quelques points.

À l’été 1987, à 11 ans, il termine 25e au tournoi cadet (moins de 16 ans) mondial, ce qui est assez remarquable quand on sait que l’élite mondiale (les Soviétiques particulièrement) s’y retrouvait et que les meilleurs n’ont pas 11 ou 12 ans, mais 14 ou 15, une différence énorme dans ces âges-là.

La même année, à l’automne, Alexandre réalise l’impossible. Il vainc son maître, Jean Hébert lui-même… Un peu plus tard, il réussit une nulle contre le maître international Igor Ivanov, numéro deux canadien,, et contre Sylvain Barbeau, numéro quatre au Québec.

« Avant longtemps, il va tous nous planter », prédit Barbeau, avec un sourire, en parlant du petit sacripant.

L’été dernier, Lesiège est retourné au championnat mondial cadet. Cette fois, il a terminé au dixième rang. Au même âge, l’actuel champion du monde, Garri Kasparov, terminait au troisième rang…

Dernier exploit de la liste, Alexandre a terminé en dixième place dans un prestigieux tournoi californien, en novembre. Dixième parmi les grands maîtres, avec une performance de 2 560 points, ce qui est le niveau de jeu d’un fort maître.

Pour l’instant, Alexandre Lesiège veut devenir champion du monde. On dit qu’il en a le talent. On dirait bien qu’il s’y prend de la bonne façon pour s’améliorer. Et disons qu’il n’est pas mal parti du tout!

(Publié le 25 mars 1989)

Note finale : Le joueur d’échecs Alexandre Lesiège est né à Montréal le 18 août 1975. Plus tard, il s’est souvent classé comme meilleur joueur au Canada et au monde dans les catégories cadet, junior et senior. Il est aussi grand maître international (GMI) et a participé aux Olympiades d’échecs. Finalement, il s’est retiré de la compétition à la fin de l’année 2004.

alexandre lesiege

Alexandre Lesiège au Bermuda Open 2002. Photo : Bermuda Open 2002

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