Sante

Le travail et la santé

Le travail et la santé

Le travail c'est la santé !

La bonne forme physique au travail, ça rapporte. Les entreprises canadiennes commencent à le réaliser.
Par Ronald J. Ferguson

Depuis 10 ans, au Québec, il existe des programmes de conditionnement physique en milieu de travail. Ceux-ci s'accompagnent souvent d'efforts en vue d'une meilleure alimentation, d'un contrôle du poids et d'une maîtrise du stress. C'est ainsi que l'on peut parler de « programmes de condition physique et de mode de vie au travail ».

En Amérique du Nord, ce souci de la condition physique et d'un mode de vie plus adéquat débouche petit à petit sur une conception plus globale de la santé au travail. Ces programmes ont pour but la promotion de la santé en termes de mieux-être, ou « wellness ». On les considère comme complémentaires aux autres programmes de santé sécurité et aux services d'aide aux employés. Néanmoins, l'activité physique reste la pierre angulaire de toutes ces initiatives visant le mieux-être.

Un bon placement

Adopter des stratégies pour améliorer la santé de ses employés est un bon placement pour une compagnie qui se préoccupe de son capital humain.

Les preneurs de décisions réalisent de plus en plus que leur propre performance au travail et la satisfaction dans la vie en général sont en étroite relation avec le niveau de condition physique et d'autres caractéristiques d'un mode de vie sain. Posner, dans son livre Executive Essentials, affirme que le directeur en forme paraît mieux, maintient un poids idéal, contrôle son stress et développe une meilleure confiance en soi.

Plusieurs de ces preneurs de décisions pensent à appliquer le même raisonnement à leur personnel. Dans maintes industries au Québec, le roulement du personnel est presque absent.

La population au travail est vieillissante et demeurera en place pour plusieurs années. D'autres entreprises ont le souci de prévenir les effets du burn-out chez une masse d'employés qui approche de l'âge moyen.

Les maladies et les accidents ne sont pas les seules causes de l'absentéisme. La consommation excessive d'alcool, les maux de dos, une mauvaise alimentation, le tabagisme ou le stress y contribuent également.

Ces facteurs augmentent sans aucun doute l'incidence de certaines maladies, et plus particulièrement des maladies cardiovasculaires et des cancers. Les maladies cardiaques représentent 50% des décès entre l'âge de 35 à 70 ans. Les résultats de cette souffrance humaine a aussi des répercussions sur l'état financier de l'organisation.

Il est possible de réduire de façon significative l'absentéisme en milieu industriel : de 9 à 11 jours par année chez les participants à un cours de conditionnement physique, de 8 à 11 jours avec le counselling en activité physique et mode de vie et de 5 à 17 jours à la suite de programme de prévention des maux de dos.

Des avantages mal connus

Au Canada, les bénéfices des programmes de mieux-être sont, jusqu'à présent, passés inaperçus bien qu'ils existent depuis les années 70. Aux États-Unis, des milliers de programmes sont en marche et ils profitent de l'appui de l'Association for Fitness in Business. Il faut dire que les aspects coûts-bénéfices de ces programmes sont plus évidents pour les compagnies américaines qui défraient les coûts de santé-sécurité directement plutôt que via les programmes gouvernementaux.

Les gouvernements fédéral et provinciaux ont lancé diverses campagnes de promotion afin de sensibiliser les entreprises aux bienfaits des programmes de condition physique et de mode de vie en milieu de travail, Kino-Québec, Condition physique Canada et la Chambre de commerce du Canada ont notamment collaboré à plusieurs colloques intitulés Forme Affaires. Deux publications de Condition physique Canada ont été rédigées à l'intention des dirigeants de compagnies.

Malgré ces initiatives, nos trois niveaux de gouvernements, les plus importants employeurs au pays, n'ont pas encore instauré leurs propres programmes de mieux-être. Ce sont les entreprises privées qui, à l'aide d'éducateurs physiques spécialisés en condition physique et en mode de vie au travail, ont mis en place des projets innovateurs.

Au Québec, les grandes compagnies comme Consolidated Bathurst, Alcan, Cascades, Johnson & Johnson, Domtar, Fibreglass Canada et Pratt & Whitney ont des programmes qui vont du simple conditionnement physique à des services complets de mieux-être. La compagnie Cascades inc. , de Kingsley Falls, a d'ailleurs mérité un prix d'excellence décerné par la Chambre de commerce du Canada et Condition physique Canada lors d'un gala tenu à Toronto en mars 1989.

Les grandes corporations ont été les leaders dans le développement des programmes de mieux-être. Toutefois, l'expertise et les ressources matérielles engendrées par ces initiatives servent maintenant les P.M.E. du Québec qui, elles aussi, ont su créer des projets bien adaptés à leurs besoins. On peut mentionner Atlantique Image et Son, les Pharmacies Jean Coutu, La Presse et Clarkson Tétreault.

Concilier les objectifs

Le succès éventuel d'un tel programme dépend de la conciliation entre les objectifs organisationnels et les besoins des employés. La compagnie doit établir clairement ses objectifs.

Ceci est important pour établir les fondements du programme afin d'effectuer une évaluation future.

Les objectifs organisationnels peuvent comprendre le contrôle des coûts (exemple: diminution du taux d'absentéisme), l'amélioration des relations de travail (exemple: favoriser un meilleur climat social ou la création d'une image positive dans le public).

Afin de répondre aux besoins des employés, le programme peut comprendre différentes composantes, tels une évaluation de la condition physique, des cours de conditionnement physique, des programmes d'exercices individualisés, la prescription de programmes d'exercices et la pratique d'activités sportives. Ce programme peut aussi s'intéresser au contrôle du poids, à la prévention des maux de dos, à la maîtrise du stress et à l'adoption d'une alimentation saine.

Les critères de réussite

Les bénéfices obtenus d'un programme de condition physique et de mode de vie en milieu de travail dépendent de trois facteurs: la pertinence du programme implanté, le niveau de participation de la compagnie et l'expertise professionnelle.

Le programme doit d'abord répondre aux besoins et à l'intérêt des employés. Souvent, une analyse de besoins est nécessaire avant de planifier un programme.

L'analyse doit indiquer les préoccupations majeures des employés (exemples : perte de poids, diminution du stress). Une bonne analyse permet de planifier un programme bien approprié.

Les programmes de condition physique et de mode de vie des employés peuvent être offerts à trois niveaux. Le premier consiste à sensibiliser et à éduquer le personnel quant à l'importance de la bonne forme et d'habitudes de vie saines. On utilise les campagnes, les conférences, l'évaluation de la condition physique, la pause-exercice, les affiches.

Le deuxième niveau implique la participation des individus dans diverses interventions comme : les classes de conditionnement physique et les ateliers d'anti-tabac, de contrôle du poids, de contrôle du stress ou de soins du dos.

Le troisième niveau englobe les deux premiers et comprend en outre la création d'un environnement positif par la direction: par exemple, la construction d'un centre de conditionnement physique, l'adoption de politiques anti-tabac, la participation du personnel de la direction au programme, des périodes allouées à certains employés cibles pour participer à une activité spéciale (exemple : soins du dos).

En général, les bénéfices et le coût du programme sont directement proportionnels au niveau de participation. Parfois, il est avantageux pour une compagnie de débuter avec le niveau un et de progresser vers les autres niveaux.

Soulignons enfin que les programmes ayant eu le plus de succès à long terme ont été développés par les experts-conseils en éducation physique. Cela n'a rien de surprenant car, la plupart du temps, l'expertise requise n'existe pas au sein de l'entreprise.

(Texte paru dans Les Diplômés, N° 366, été 1989. À l’époque, Ronald J. Ferguson a été professeur titulaire au Département d'éducation physique de l'Université de Montréal).

emploi et sante

Adopter des stratégies pour améliorer la santé de ses employés est un bon placement pour une compagnie qui se préoccupe de son capital humain. Photo : © GrandQuebec.com

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