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Avitaminoses

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La découverte des vitamines a permis d’expliquer l’étiologie d’anciens syndromes cliniques, tels que le scorbut, le béribéri, la pellagre, qui comportent toujours dans les formes graves et prolongées des symptômes d’asthénie psychique avec, parfois, obtusion confusionnelle.

De toutes ces vitamines, c’est le groupe ou complexe B qui est le plus souvent en cause en neuropsychiatrie. Rappelons-en les principaux éléments.

La carence en vitamine B 1 on anearine (appelée aussi thiamine par les Américains) est le facteur causal dans les paralysies du béribéri, comme aussi dans un certain nombre de polynévrites toxiques (alcooliques).

La carence en vitamine B 2, appelée lactoflavine ou riboflavine, entre dans la constitution d’un certain nombre de symptômes de la pellagre, en particulier les accidents des muqueuses.

L’avitaminose PP parait bien au centre du syndrome pellagreux; elle est essentiellement constituée par une carence en amide nicotinique.

Enfin, la vitamine B 6 intervient dans certains cas de déficience musculaire.

En réalité, dans tous les états de sous-alimentation, le déficit en vitamines est complexe et met en cause plusieurs avitaminoses; mais dans certains cas expérimentaux ou dans certaines observations particulières, l’un de ces éléments est nettement prédominant ou pratiquement seul en cause.

En outre, il faut savoir que ce n’est pas toujours le seul défaut d’apport en vitamines qui est responsable des accidents; il y a souvent insuffisance d’absorption par un tube digestif altéré et défaut d’utilisation par des altérations organiques profondes perturbant les métabolismes.

REVUE CLINIQUE: 1) Les accidents paralytiques, les polynévrites observées dans le béribéri, dans l’alcoolisme chronique et d’autres intoxications impliquent toujours une carence en vitamines B 1 et guérissent remarquablement par l’administration élective de cette vitamine à dose très forte.

La participation psychique est au second plan en général, mais dans certains cas on peut observer un véritable syndrome de KORSAKOFF (v. ce mot), justiciable, lui aussi, du traitement par la vitamine B 1.

2) La Pellagre. – Cette affection, connue depuis le XVIe siècle, qui sévissait sous forme épidémique dans certains pays pauvres, alimentés à la farine de maïs (Italie du Nord en particulier), a été bien décrite par CASAL au XVIIe siècle; on l’appelait «Mal de Rosa».

Elle était essentiellement caractérisée par des lésions cutanées et muqueuses, des acrodermatites, un érythème, une pigmentation anormale des téguments, surtout au niveau des parties exposées à la lumière et enfin des troubles psychiques pouvant, à la longue, entraîner des états d’apparence démentielle (folie pellagreuse). GOLDBERGER, en 1924, établit qu’elle était curable par la viande fraîche et la levure de bière. Il supposa un facteur PP (Preventiv Pellagra faclor); amide et acide nicoliniques guérissaient la pellagre.

Depuis, un certain nombre de travaux ont permis de découvrir d’autres facteurs: B 6 ou adermine et B 12. Cette dernière en particulier jouit d’une grande faveur en thérapeutique neurologique et s’emploie à très fortes doses (algies, troubles paralytiques, syndromes neuro-anémiques).

BERTELONE LLOPIS, de Madrid, a fait une étude des problèmes psychiatriques posés par la pellagre, étude basée sur 118 cas (Arch. suisses de N. et de P., vol. LXVI, fasc. 1-2, Zurich, 1950). Il montre les différentes étapes qui se succèdent dans la formation d’états psychosiques de gravité croissante; et fait jouer un rôle important à la dissolution plus ou moins profonde de la conscience, favorisant l’onirisme.

MAC DONALD HOMMES a signalé (Brit. Med. J., 5006, 15 déc. 1956, p. 1394) la fréquence de la carence en vit. B 12 chez un certain nombre d’adultes qui présentaient des troubles mentaux à des degrés variables et de formules diverses. Par ailleurs, ces sujets avaient tous un taux d’hémoglobine abaissé et de l’achlorhydrie; ce qui les rapprochaient des syndromes neuro-anémiques.

Parc Jean-Drapeau

Parc Jean-Drapeau, un espace vert sur l’île de Sainte-Hélène en face de Montréal. Photo de GrandQuebec.com

Une thérapeutique intensive par la vitamine B 12 permet une guérison nette et évite révolution vers un état démentiel.

Tous ces facteurs se complètent dans leur action enzymatique.

La pellagre ne s’observe plus guère que sous forme de cas isolés et rares; mais à la faveur des restrictions alimentaires de la dernière guerre, on a vu reparaître quelques cas de pellagre au milieu des autres syndromes d’inanition ; mais ces cas sont plus discrets et d’une symptomatologie moins complète ; on a même pu parler de démembrement de la pellagre (VILLARET, JUSTIN-BESANÇON et ICHOUA). Si l’on voit, très rarement, les grandes formes pluri-symptomatiques, on rencontre, par contre, des formes dissociées.

Les formes mentales pures ou prédominantes de la pellagre se caractérisent essentiellement après une période d’asthénie par l’explosion d’une confusion mentale agitée qui rappelle le syndrome du « délire aigu » et peut être mortelle. La vitamine PP à haute dose opère un redressement quasi spectaculaire en peu de jours.

GARROT et CHARLIN, qui en ont observé 3 cas seulement sur 1.500 prisonniers rapatriés de la dernière guerre, insistent sur ce critérium thérapeutique déjà souligné par EVANS et d’autres psychiatres américains, en 1939. GARROT et CHARLIN insistent aussi sur la fréquence de la porphyrinurie, bon élément de diagnostic biologique, quand on le rencontre. Pour eux, les formules psychiques n’ont rien de spécifique et reproduisent toute la gamme des états confuso-oniriques. SIVADON, qui a observé des déportés après leur retour, a vu parfois les troubles mentaux n’apparaître que deux ou trois mois après la réalimentation et guérir rapidement par l’amide nicotinique.

Il existe enfin des formes plus discrètes de pellagre caractérisées simplement par un érithème des parties découvertes ou une pigmentation anormale de la peau avec petits troubles asthéniques.

3) L’ariboflavinose (B 2) est responsable des accidents muqueux (cheirite, stomatite aphteuse, perleiche, etc.). STANNUS et GOTTLIEB, qui l’ont étudiée sur une grande échelle chez les indigènes de la Nigeria, sont très affirmatifs à cet égard, la vitamine PP est, du reste, sans action sur elle. Au point de vue psychique, elle ne donne lieu qu’à des accidents d’asthénie physique et psychique ; on y rencontre rarement de grands accidents délirants.

Ant. POROT

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