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Paléographie

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Conseils pratiques sur la paléographie

Ce texte porte sur quelques conseils pratiques concernant le travail avec des documents anciens, l’expérience que j’ai saisie au cours du stage. Ces notes ne sont que des observations personnelles. Si elles seront utiles à quelqu’un, c’est parfait. Sinon, elles ne prétendent être autre chose qu’une expérience personnelle, limitée et incomplète. En tout cas, ce n’est qu’une synthèse.

Les textes traitées, analysés, déchiffrées qui ont servi de base de cette expérience: le fonds BM71 Alexis Lemoine, dit Monère (1733-1739 et le BM72 Nicholas-Joseph Chasle (1715-1739) des Archives de la Ville de Montréal.

Voici quelques recommandations pratiques :

1) Si vous lisez un texte assez long et si vous ne comprenez pas un mot ou une phrase, n’insistez pas. Laissez un signet et continuez la lecture. Le même mot ou la même phrase apparaîtront dans un autre contexte: Comme règle, chaque auteur répète les mêmes constructions linguistiques et utilise le même vocabulaire. Parfois, donc la même phrase est écrite d’une façon plus lisible dans un autre document.

2) N’oubliez pas qu’au début d’un nouveau texte (une nouvelle lettre, un nouveau vers, la première entrée du jour dans un livre de comptes, etc.) les phrases, les mots, les caractères sont toujours écrits d’une façon plus lisible. C’est une règle dont je n’ai pas vu d’exceptions. En conséquence, si vous n’arrivez pas à déchiffrer un caractère (el le sens d’un mot vous échappe), comparez ce symbole illisible avec des commencements de plusieurs documents. Une surprise agréable vous attend.

3) Faites un tableau qui vous aidera à «isoler» et à «identifier»  les caractères incompréhensibles. C’est à vous de décider la forme du tableau, mais je recommande la forme suivante: a) Faites une liste (une colonne) de mots et de caractères que vous ne comprenez pas (indiquant le numéro de la ligne et de la page afin de trouver ce mot plus tard). Ne vous inquiétez pas si un symbole incompréhensible y figurera à plusieurs reprises. Essayez de reproduire l’écriture le plus exactement possible, – curieusement, vous verrez que à ce moment vous comprendrez la signification de deux ou trois caractères, au moins; b) Faites une deuxième colonne des caractères très clairs; c) Faites une troisième colonne des caractères qui sont «un peu» difficiles à comprendre, mais qui sont déchiffrables, puisque ils figurent dans les mots compris grâce à autres caractères bien écrits, etc. Cette colonne vous aidera à associer les caractères non identifiés de la première colonne et ceux identifiés «sans conviction».

Comparez les trois colonnes. Vous verrez que au moins la moitié des «mots mystères» seront identifiés grâce à la réduction du nombre des caractères inconnus (vous cherchez maintenant non entre 26, mais entre 5-10 caractères).

Le sens de cette explication vous échappe? OK. Faites deux colonnes. La N1 – caractères que vous ne comprenez pas. N2 – caractères que vous comprenez. Si dans la N1 apparaît le mot « شbelle » au début d’une phrase et dans la N2 apparaissent l’A, la B, la C et la N (comme des majuscules très bien identifiables), alors, vous pouvez exclure le curé Labelle, Nobel, Babel, Câble (n’oubliez pas que l’orthographie était très drôle et Nobelle, Babelle ou Cabele peuvent bien être les variantes acceptées par l’auteur de la missive pour designer Nobel, Babel ou Câble). Vous avez de fortes chances que le début de «ش » doit être cherché entre les caractères restantes, c’est-à-dire, vous cherchez entre 22 caractères et non entre les 26. Vous continuez à identifier des caractères en, finalement, vous arrivez à Isabelle. Capisci?

4) Le travail décrit dans les paragraphes 1-3, commencez-le après deux ou trois jours de travail assidu (si la longueur des textes et d’autres circonstances permettent de travailler plusieurs jours). Deux ou trois jours du travail ininterrompu avec l’écriture du même auteur – et vous comprenez son écriture ancienne avec beaucoup plus d’aisance; les aspects qui vous paraissaient obscurs au début, sont maintenant absolument claires. Un petit exemple: Dans l’écriture de l’abbé Chasle je n’arrive pas à distinguer entre S et D. En conséquence, je perds du temps, lisant erronément SANS et non DANS, etc. Le sens des phrases m’échappe. J’oublie par deux jours ces phrases. Après deux jours de travail avec d’autres fragments du même auteur, je prends le même fragment et je le lis sans moindre difficulté, car désormais je ne vois même pas où était le problème, car S et D de ce bon père n’ont rien en commun ! Et pourtant il y a deux jours je ne voyais pas la différence entre S et D!

5) N’oubliez pas: a) Que les accents en français ancien n’existent pas (OK, ça dépend, mais je n’écris pas un article, sinon des trucs qui aident l’archiviste). Comme ça, essayez de lire « en passé» (les mots «jai livre» veulent dire «j’ai livré» et si vous arrivez à saisir le fait que la phrase est écrite en passé, vous saisissez son sens complet); b) Que les articles sont souvent écrits inséparablement du mot. Séparez les premiers deux ou trois caractères de chaque mot (ou même un seul, sil sagitt delarticle oudune preposission composee dun seulcarater) et vous verrez que le sens est beaucoup plus clair; c) Que l’orthographie n’étant pas «solide», le même mot peut être écrit de plusieurs façons. Dans le cas Monière, j’ai vu le mot «livré» (j’ai livré) écrit de CINQ façons différentes: livrai, livre, livray, livree, livrae, livré (Oui, avec l’accent aussi! Parfois le marchand s’amusait, j’en suis sûr, en écrivant avec accents. Il savait qu’un stagiaire serait torturé dans les sous-sols des Archives de Montréal avec son registre);

6) Non seulement les articles, mais très souvent des mots courts sont écrits sans espace entre ce mot et le mot suivant. Exemple: «c’estalarcgidicre agouverner» veut dire c’est à l’archidiacre à gouverner. À noter que l’archidiacre est écrit avec g.  Personne ne comprendra que fait la lettre g ici, mais c’est la réalité. Comme ça, essayez de comprendre quelles fautes (du point de vue d’aujourd’hui) pouvait avoir commis l’auteur dans un mot, dont vous ne comprenez que la moitié des caractères.

7) Servez-vous de «l’entourage». Le contexte peut et doit vous aider. Il ne s’agit pas du «contexte directe» (un terme de ma propre invention), mais du contexte général du document ou de tout un ensemble des documents d’un seule auteur. Exemple: je lis un mot comme lecation dans une longue lettre, écrite avec une écriture sadique. Le paragraphe entier est très obscure (rien de locations, leçons, la section, la caution, etc.) Je n’arrive pas à déchiffrer rien. Mais une autre lettre du même auteur est finie avec l’expression de l’espoir de l’auteur d’avoir d’autres ocations de contacter le destinataire. Il s’agissait bien et belle d’une «l’occasion». La lettre antérieure a perdu tous ses secrets immédiatement. Attention! Ce point ressemble au premier, mais il y a une petite différence : dans le dernier cas vous comprenez TOUS les caractères ou presque, mais c’est le mot qui vous échappe.

C’est tout. Il existe d’autres trucs, mais ces petits conseils servent à vous montrer que ce qui vous semble incompréhensible au début, devient très facile avec un petit effort (bon, parfois, avec un grand effort).

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Comprendre l'histoire… Photo : © GrandQuebec.com

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