Réflexions

Histoire de la Province de Québec

Histoire de la Province de Québec

Histoire de la Province de Québec

En 1940, paraît le premier volume de la monumentale Histoire de la Province de Québec de Robert Rumilly. Une date importante pour les lettres et l’historiographie canadiennes, où cette œuvre tient une place unique autant par son importance physique que par sa conception et les origines mêmes de son auteur.

Ce premier volume sera suivi par quarante autres, représentant au total plus de 10 000 pages. Et si l’historien Robert Rumilly parvient à écrire 25 tomes de son Histoire avant la fin de 1952, ce n’est qu’en 1980 qu’il mettra le point final à cette œuvre gigantesque.

L’aspect inédit de cette véritable fresque : elle a été conçue à l’inverse des méthodes traditionnelles. En effet, à l’énumération sèche des événements et à la litanie des références, l’auteur a préféré le récit vivant et le portrait de l’homme dans son milieu.

Dans le préface, Robert Rumilly prévient d’ailleurs le lecteur et explique son choix : J’ai tâché de ressusciter la vie. Les événements, en eux-mêmes, ne sont rien. Ils sont créés et subis par les hommes. Par des hommes avec une âme et un corps, par des hommes qui désirent, qui souffrent, et c’est ce qui leur confère tant d’intérêt.

Rumilly s’oppose à la méthode classique du « cloisonnement commode mais arbitraire » qui distingue l’histoire politique de l’histoire militaire, économique ou sociale d’un pays et d’un peuple. De la même manière, l’écrivain se refuse à découper en tronçons la vie d’un homme. De tels cloisonnements sont complètement factices, dit-il. Dans l’homme qui vit, il n’y a pas, côte à côte, le penseur, l’éducateur, l’homme d’action, mais un seul être qui est tout cela à la fois. Pour rendre vraiment l’homme dans toute son authenticité, l’Histoire doit s’efforcer de le saisir dans la réalité complexe et diversifiée de la vie quotidienne où se mêlent et jouent des tendances et des facteurs différents.

Afin d’éviter de tomber dans la simple chronique d’époque et, surtout, de risquer d’égarer le lecteur, Rumilly structure son Histoire par une chronologie rigoureuse et il prend soin de donner un titre à chacun des volumes qui la compose.Il préserve l’unité d’action des principaux personnages historiques qu’il fait revivre, en les plaçant toujours dans l’optique du Québec par rapport au reste de la Confédération canadienne. Enfin, il limite son Histoire de la Province de Québec à période post-confédérative, plus précisément, de 1867 à 1945.

Il ajoute un défi de taille à ceux qu’il s’est déjà lancés en entreprenant de ressusciter cette époque dans le passé récent du Québec et des Canadiens français en général. En se voulant historien du présent, Rumilly accepte en même temps de rendre sa tâche presque impossible en raison de l’accessibilité évidemment réduite de documents écrits, de la partisanerie qui s’attache encore aux gens qui ont été les protagonistes d’événements récents et, enfin, de subir les préjugés dont sont l’objet les auteurs mêmes de ce type d’ouvrage.

Travailleur acharné, chercheur infatigable, Rumilly va étonner ceux-là mêmes qui le critiquent. Si les coupures de journaux d’époque forment indéniablement une grande partie de sa documentation de base, l’auteur de l’Histoire de la Province de Québec réussit à avoir accès à des archives privées civiles et religieuses, à des pièces officielles pourtant marquées du sceau du secret, ainsi qu’à une moisson de témoignages écrits ou oraux qu’il obtient dans sa quête minutieuse et longue.

Le résultat est surprenant : au lieu de découvrir des personnages décrits, racontés, dans un environnement d’analyse aseptisée, ce sont des êtres que l’on voit pour la première fois s’animer, parler, vivre dans un climat et un milieu authentiques.

Toutefois, si l’œuvre connaît le succès dès sa parution, la critique est parfois acerbe. Critique qui touche à la mesquinerie dans certains cas et qui – sous couvert de purisme ou de désaccord sur le fond ou la forme – s’en prend plus à l’auteur qu’à son œuvre.

En fait, l’Histoire de la Province de Québec tient une place unique dans la littérature canadienne : Robert Rumilly vit à peine douze ans dans son pays d’adoption, lorsqu’il décide de publier le premier tome de son ouvrage.

Ses origines et ses positions traditionalistes et nationalistes servent de point d’appui aux critiques les plus farouches. Quel crédit accorder en effet à un historien dont les opinions sont si affirmées?
Quel que soit le sort qui sera réservé à la production de Robert Rumilly, elle ne figure pas parmi les manuels d’histoire qu’on distribue aux étudiants, si élaborée et si pittoresque soit-elle. Quel que soit le jugement qui sera finalement porté sur les mérites et les qualités de l’Histoire de la Province de Québec, ce qui est sûr, c’est que Robert Rumilly a fait œuvre de pionnier en défrichant systématiquement une période importante du passé du Québec.

Mais cette immense fresque qu’est L`Histoire de la province de Québec est l’œuvre maîtresse. Avec ses copieux index, elle constitue une véritable encyclopédie historique du Québec.

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Robert Rumilly dans les années 1920. Photo de l’auteur inconnu

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