Réflexions

S’accommoder ?

S’accommoder ?

Un ami, immigrant au Québec, m’a appelé pour me demander de l'aide : il y a plus d’un an, il a acheté une maison à Westmount avec l’intention de la restaurer et de s’y établir avec sa famille.

Il admet aujourd’hui que sa décision n’a pas été très sage, parce qu’il se basait sur l’expérience de son pays d’origine : on y achète une propriété et on en fait ce qu’on veut. Toutes les autorisations et permis requis sont une sorte de formalité. Au Québec (on peut même dire partout au Canada), ce n’est pas si simple. La commission d’architecture de Westmount lui a fait présenter une demi-douzaine de projets pour que le résultat final réponde aux exigences esthétiques, aux normes de sécurité, de pollution, d’exécution des travaux, etc. D’ailleurs.  il n’a pas pris en considération quelques coûts complémentaires… La vie d’un nouveau propriétaire n’est pas facile !

Finalement, la commission d'architecture et le conseil urbain de Westmount, ainsi que toutes les autres instances concernées ont approuvé la démolition du vieil immeuble existant et la construction d’une nouvelle bâtisse.

Tout à coup, un autre problème inattendu a surgi: des voisins ont élevé un cri de protestation, parce que la hauteur du bâtiment… le concept du garage… les fenêtres… Ces plaintes ne sont pas nées dans des cerveaux en proie au délire, au contraire, elles sont assez bien argumentées. Le propriétaire et son architecte ne sont pas non plus des gens malfaisants qui ne songent qu’à ennuyer leurs voisins, ils ont respecté les normes existantes, etc.

Les voisins portent donc plainte à la mairie, celle-ci prend l’affaire en main et une assemblée est fixée.

Mon ami m’a demandé de l’aider en qualité d’interprète. Je ne vais pas raconter tous les petits détails de cette réunion qui a duré plus de deux heures et demie.

Ce que je veux dire est plus simple : mon ami a subi un véritable choc au cours de l’assemblée.

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Rue du Vieux-Montréal. Photo : © GrandQuébec

D’abord, Madame la mairesse de la ville de Westmount et les membres du conseil de la ville se sont réunis pour traiter des relations entre un petit groupe de résidents. C’est quelque chose d’impensable dans le pays de mon ami, que le maire d’une ville, peu importe sa taille, fasse une réunion avec de simples résidents. Le maire, le conseil, c’est quelque chose de sacré. Bien sûr, ils peuvent traiter des plaintes des voisins, mais ce sera toujours derrière des portes fermées. C’est semblable aux relations dans une tribu : le chef peut et doit se soucier du bien-être de son peuple, mais le peuple doit accepter avec humilité la décision du chef, sans exiger d’explications, ni envisager de participer au processus de prise de décision.

De plus, mon ami était disposé à subir toute sorte d’attaques personnelles, d’accusations émotionnelles, de menaces directes ou indirectes, d’éclats de rires… C’est compréhensible, dans son pays d’origine, c’est la norme.

Ici, mon ami a été surpris quand les plaignants se sont approchés de lui pendant la pause, lui posant des questions, présentant leurs excuses, exprimant leur compréhension pour la situation. Ils parlaient sans la moindre animosité, mais toujours décidés à se battre pour la cause qu’ils croyaient juste.

 

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