Réflexions

Besoin de la langue

Besoin de la langue

La langue et le futur de la société canadienne

Déjà en Nouvelle-France, les Canadiens français (en fait, le terme “Canadiens français” est emprunté à la langue anglaise – French Canadians) se distinguent de ses cousins métropolitains. La vision du monde, le climat rigoureux, les grands espaces, la cuisine, les moeurs, bref, tout ce qui caractérise un peuple, se fait sentir de plus en plus au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. Pourtant, après la Conquête britannique, dès 1760, les Canadiens d’expression française mettent en avant leur “francité”, même s’ils admettent être Canadiens et Américains et même si un observateur neutre découvrira chez les Canadiens français des traits et des influences d’autres peuples qui partagent ce vaste territoire qui est le Québec.

Dans l’espace de deux siècles et demi qui se sont écoulés depuis la Conquête, les Québécois d’expression française sont arrivés donc à former une nation bien distincte qui possède sa propre individualité et dont la réalité a bien été reconnue par la Chambre des Communes du Canada en novembre 2006 : « Que cette Chambre reconnaît que les Québécoises et les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni ».

Admettons que dans le passé, devant la menace d’assimilation qui planait sur les Québécois (terme utilisé après 1960) tout au long de deux siècles, cette idéologie qui mettait en avant la francité des Québécois. Leur caractère, leur culture unique et surtout la religion catholique (le droit de pratiquer le catholicisme) était justifiée. En effet, dans une situation de domination de la langue anglaise, cette idéologie représentait l’espoir de préserver la langue, l’identité et la foi. Ainsi, malgré toutes les influences de leurs voisins, les Canadiens français ont su préserver leur originalité, ils ne sont pas devenus anglais, ni américans, ni sont plus français. Ils sont devenus les Québécois.

Pourtant, toute société qui se respecte doit se développer, s’adopter à de nouvelles réalités et acquérir certains traits qui la distingueront des autres sociétés et lui permettront d’évoluer. Ce long processus de formation et de restructuration s’élabore à partir d’un grand nombre d’éléments spécifiques et hétérogènes.

Il ne s’agit pas de perdre la Québécité comme telle. Le peuple québécois veut conserver son identité et sa langue. Mais s’il est absolument vrai que la langue véhicule la culture, elle est à son tour influencée par la société que l’entoure. Elle se transforme et s’enrichit en se nourrissant des éléments qui l’influencent et la plongent dans une nouvelle réalité, celle de la vie en commune des peuples différents et pourtant unis.

On est en contact permanent, on a développé une forte interdépendance et cette pratique sociale nous reflète les intérêts objectifs de la société québécoise. Un point nodal se manifeste à ce propos : c’est le bilinguisme qui permet de surpasser les difficultés du développement d’une société canadienne forte, solide et prospère. Ce processus est lent, mais la population en bénéficie grandement: les francophones s’imprègnent de la culture mondiale à travers l’apprentissage de la langue anglaise et les anglophones, à leur tour, s’approchent de nous, les Québécois francophones en étudiant la langue française.

En tout cas, cet mélange des cultures qui assure le développement de la société canadienne s’acquiert par la diffusion culturelle mutuelle. Cours d’anglais privé ou écoles publiques, lecture de journaux ou visionnement de programmes télévisés en anglais, et vice versa, tous ces choix peuvent contribuer à cette affirmation de soi.

Dans le monde d’aujourd’hui, où beaucoup de choses changent en profondeur, la survie de la société passe à travers de ce processus inévitable et stabilisateur, et il nous reste répéter une fois de plus que cette espèce de force d’attraction s’exprime de plusieurs façons, allant dès écoles publiques à l’Institut Linguistique, en passant par les rapports et fréquentations quotidiens. En tout cas, de nous jours, il est impossible de préserver les traits culturels, traditions et coutumes d’un peuple ancestral sans s’enrichir de la culture des autres peuples. Il est obligatoire d’effacer définitivement cette image d’une société où prédomine l’affrontement religieux, ethnique et spirituel basé sur les différences entre les deux cultures qui composent la société canadienne actuelle.

Voir aussi :

Les peuples déjà vieux, les races déjà mûres, / Avaient vu jusqu’au fond des sciences obscures… (Alfred de Vigny Oeuvres Complètes). Fresque Le Petit Champlain. Photographie de Megan Jorgensen.
Les peuples déjà vieux, les races déjà mûres, / Avaient vu jusqu’au fond des sciences obscures… (Alfred de Vigny Oeuvres Complètes). Fresque Le Petit Champlain. Photographie de Megan Jorgensen.

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