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Voyage de Queiros

Voyage de Queiros

Voyage de Pero Fernandes de Queiros

Dans l’histoire de la recherche du continent austral, le nom d’un homme d’un tout autre tempérament s’inscrit après celui de Drake. Après tout, la Terra Australis relevait davantage de l’imagination que de l’examen de faits précis, aussi sa recherche demandait-elle l’entrée en scène d’un visionnaire comme Pero Fernandes de Queiros, qui pensait que le destin lui assignait la mission de découvrir la Terra Australis, de donner ses richesses à l’Espagne et d’amener ses habitants à Dieu.

Il avait accompagné Mendana dans ses voyages aux Marquises et aux trompeuses îles Salomon et ce voyage l’avait convaincu que les cartes étaient exactes, que le continent se trouvait juste au sud de la route suivie par Mendana. Il était résolu à trouver ces terres. Quoique portugais de naissance, comme Magellan, il servit surtout sous pavillon espagnol.

Queiros commença à bâtir son voyage en 1600; il enthousiasma pour ses projets l’ambassadeur d’Espagne à Rome et, grâce à lui, le Pape.

En 1602, il se rendit en Espagne et fit le siège de la cour avec tant d’acharnement que le Conseil d’État espagnol, protestant contre la multitude de éditions et de mémoires qu’il adressait, se plaignit de ce que Queiros se prenait pour un second Colomb. Faire accepter ses vues par le roi lui demanda certainement autant de peine qu’à son illustre devancier. L’autorisation lui fut enfin donnée en avril 1603; il gagna l’Amérique du Sud, ressembla des navires et leurs équipages puis appareilla de Callao (Pérou) le 21 décembre 1605.

Dès le départ, il mit cap au sud-ouest, suivant une route qui, croyait-il lui permettrait d’atteindre la Terra Australis, juste au sud des Salomon, ces îles qui bordaient le continent. Son trajet le fit passer dans une région du Pacifique plus riche en îles qu’aucune de celles reconnues antérieurement par des navigateurs. Il découvrit les îles Henderson, diverses îles des Tuamoutou, les îles Duff et une partie des îles de Banks.

Navigateur très expert, il aperçut, le 3 mai 1606, les îles septentrionales du groupe des Nouvelles-Hébrides, au sud-est des îles Salomon, c’est-à-dire au point précis où il escomptait un atterrage. La plus grande de ces îles ne faisait-elle pas partie du continent tant recherché? Queiros le crut. Jetant l’ancre dans la large baie qui s’ouvrait au nord de la grande île, il prit possession, au nom du roi d’Espagne, « de toute cette région du sud, jusqu’au pôle, qui dorénavant s’appellera Australia des Espiritu Santo ». Exhortant ses rudes lascars à ne pas souiller de leurs péchés cette terre vierge, il projeta l’édification d’une cité, la Nouvelle-Jérusalem, au bord d’une rivière qu’il nomma Jourdain. Ses projets furent de courte durée et quatre semaines plus tard, il avait reprise la mer, faisant voile vers l’est et le Nouveau Monde. Les raisons de ce départ demeurent obscures; une tempête le chassa peut-être de son mouillage, à moins que la menace d’une mutinerie ne l’ait obligé à lever l’ancre.

Espiritu Santo n’était évidemment qu’une île. Au cours de l’expédition de Queiros, l’apport le plus important du point de vue de l’exploration du monde est à attribuer à son second, Luis Vaez de Torrès. Lorsque Queiros appareilla d’Espiritu Santo, Torres ne sut si son chef sortait en mer pour une courte reconnaissance ou s’il partait sans idée de retour. Après quelques jours d’attente, Torrès leva l’ancre et contourna la Nouvelle-Guinée par le sud-ouest, empruntant le détroit séparant cette île de l’Australie, et qui porte désormais son nom.

L’existence de ce détroit prouvait que, dans cette région, la Terra Australis, en admettant qu’elle existât, ne s’étendait pas, en direction du nord, au-delà du 10e parallèle sud.

Bien que le trajet suivi par Torrès ait émondé partie du continent austral, le rapport de voyage de Queiros ne fit que confirmer les présomptions concernant la Terra Australis. Si la conquête de ces îles réelles et de ce continent imaginaire ne tenta guère l’Espagne, dont les finances déclinaient et qui avait à faire face à de lourds engagements maritimes, en revanche les cartographes s’emparèrent des descriptions de Queiros. « Vu par Queiros », cette mention fut accolée à chacune des îles qu’il avait découvertes et sa thèse selon laquelle elles constituaient un prolongement du continent, « ses enfants » en quelque sorte, retint la faveur des cartographes jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. Dès lors, pendant près de cent cinquante ans, chaque voyageur, en vertu des idées de Queiros, interpréta le moindre amas de nuages bas, le plus petit plan d’eau à la surface calme comme un signe de la proximité du fameux continent.

D’après L‘Âge des Découvertes par John R. Hale et les Rédacteurs des Collections Time-Life, 1967.

oiseau

Illustration : Megan Jorgensen

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