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Meurtre d’un bambin

Meurtre d’un bambin

Deux enfants de dix ans accusés du meurtre d’un bambin

En Anglerterre, deux enfants de dix ans ont été officiellement accusés hier, le 21 février 1993, de l’enlèvement et du meurtre de James Bulger, 2 ans, dont le corps mutilé avait été retrouvé le 14 février dans une banlieue de Liverpool (nord de l’Angleterre). Les deux jeunes ont en outre été accusés d’avoir tenté d’enlever un autre enfant de deux ans.

L’accusation a été officiellement prononcée au bout de trois jours d’un interrogatoire conduit en présence de leur famille, de représentants légaux, de conseillers juridiques ou sociaux.

La police les avait interpellés après avoir examiné des images de l’enlèvement de James, captées par les caméras du centre commercial d’où l’enfant avait disparu le 12 février. Le garçonnet avait été filmé quittant le centre en compagnie de deux de deux enfants, après avoir échappé un court instant à l’attention de sa mère. Grâce à un agrandissement sur ordinateur, la police a pu étudier des gros plans des visages, que toutes les chaînes de télévision ont retransmis en Angleterre.

Son corps avait été retrouvé deux jours plus tard près d’une voie ferrée. Il était mutilé parce qu’il avait été déposé sur la voie et heurté par un train après son décès. Mais il portait aussi la trace de blessures horribles infligées avant la mort.

Ce meurtre a suscité une immense émotion dans tout le pays. Les parents, Denise, 25 ans, et Ralph Burger, 26 ans, ont reçu d’innombrables messages de sympathie tandis que les bouquets de fleurs se sont accumulés près de l’endroit où avait été retrouvé le corps de leur enfant. Des fleurs, accompagnées parfois d’ours en peluches et de cartes de condoléances, s’entassaient à l’entrée du centre commercial.

Des centaines d’habitants de Liverpool, bouleversés par le meurtre, se sont rassemblés à la lumière des cierges pour une prière commune et oecuménique. Devant l’indignation suscitée par cette affaire, la police a dû appeler la population au calme.

En enfant de moins de 10 ans, considéré comme irresponsable par la justice, ne peut être poursuivi en Angleterre et au Pays de Galles. Dans le cas d’un enfant de 10 à 15 ans, l’accusation doit encore prouver qu’il était conscient de la gravité de son geste pour que des poursuites soient engagées.

Dans les rues de Bootle, le quartier des docks où James a disparu, des habitants, jeunes et vieux, réclamaient vengeance.

Il semble que ce soit la première fois que des enfants aussi jeunes soient ainsi inculpés de meurtre en Grande-Bretagne.

D’après les chiffres officiels, dix enfants entre 11 et 13 ans, ont été condamnés pour meurtre ou homicide involontaire ces dix dernières années en Grande-Bretagne. L’une des plus connues est Mary Bell, 11 ans, condamnée à la perpétuité en 1968 pour le meurtre de deux bébés.

Foule en colère

Malgré des appels au calmé, lancés par la police et les parents du bambin, une foule de quelque 300 personnes s’était rassemblée devant le tribunal. Certains ont lancé des pierres et des oeufs sur le fourgon emmenant les deux enfants, en hurlant : « Salauds! » Cinq personnes ont été interpellées.

L’audience se déroulait, naturellement, à huis clos. L’un des deux garçons était accompagné de son père et d’un avocat, l’autre, d’un travailleur social et d’un avocat également. Six journalistes avaient eu le droit d’assister à l’audience.

Vêtu d’un pull blanc, d’une chemise rouge et d’un pantalon en velours gris, l’un des accusés s’étirait et bâillait fréquemment. L’autre, en survêtement bleu et rouge, était penché, le menton dans la main, et observait la salle très éclairée.

Jusqu’à présent, la police est restée discrète sur les motifs du meurtre et les résultats de l’autopsie.

Face à l’immense émotion suscitée par ce crime sans précédent depuis 40 ans, conservateurs et travaillistes ont réagi par un discours prônant une répression accrue des jeunes délinquants.

Le premier ministre John Major a donné le ton du débat politique en appelant la population « à une croisade » contre le crime. La société doit condamner un peu plus et comprendre un peu moins, a-t-il dit.

Dans sa foulée, le ministre de l’intérieur Kenneth Clarke a affirmé qu’il fallait prendre des mesures urgentes contre les jeunes criminels, qu’il a qualifiés de sales petites bêtes, responsables, selon lui, de la majorité des vols commis en Grande-Bretagne (en hausse de 40% en trois ans, selon les chiffres officiels).

Accusant les travailleurs sociaux d’incompétence, M. Clarke s’est dit favorable à une nouvelle loi qui permettrait l’incarcération des enfants âgés de 12 à 15 ans.

Toujours dans le camp des conservateurs, le député Ivan Lawrence, qui préside la Commission parlementaire pour les affaires intérieures a demandé la réouverture des maisons de correction et le retour des châtiments corporels. Un autre élu Tory, Sir Rhodes Boyson, a mis en garde contre la multiplication de milices si la répression venait à faire défaut.

L’opposition travailliste a présenté pour sa part à la presse un programme intitulé Resserrer l’étau sur la délinquance juvénile. Ce plan qui constitue un net durcissement de la position du Labour, réclame notamment une augmentation des places disponibles dans les centres d’éducation surveillée.

Le discours musclé de la classe politique a été critiqué par la Fondation pour la réforme des prisons, qui a souligné que déjà 21% des détenus en Angleterre sont âgés de moins de 21 ans, contre 11% en France et 6% en Espagne. Selon la Fondation, plus de la moitié des jeunes emprisonnés deviennent des récidivistes.

Seule la presse a tenté réellement de mettre le problème en perspective, en estimant que l’augmentation de la délinquance juvénile devait aussi être analysée comme « une perte des valeurs morales » dans une société en crise qui vient de dépasser le cap des trois millions de chômeurs.

Selon le Daily Telegraph, pourtant proche du pouvoir, les conservateurs ne devraient pas oublier à quel point les comportements anti-sociaux sont liés à l’état général de la société.

(C’est arrivé le 23 février 1993)

Ferme Riverdale

Ferme Riverdale

Photo : GrandQuebec.com

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