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Le Bolchevisme est un gouvernement d’apaches

Le Bolchevisme est un gouvernement d’apaches

Le Bolchevisme est un gouvernement d’apaches

Un ancien jardinier de Toronto fait part de son désappointement au sujet du régime de ses rêves. – Les soviets ne peuvent durer et le massacre des Juifs sera impitoyable. – Les prix sont hors de portée.

Ce texte a paru dans le journal Le Canada en février 1921.

(Dépêche de la Presse Canadienne). Toronto 12 février 1921 – Jean Yaska, originaire de l’Estonie, pays qui fit partie de l’ancien empire russe, émigra, il y a un certain nombre d’années et travailla ici comme jardinier. Il devint épris des doctrines révolutionnaires et durant l’hiver 1917-1918, il fit de la propagande active à Toronto en faveur du bolchevisme. Son seul désir était de retourner en Russie et de prendre part à la révolution. Il parvint à arriver à Vladivostok. Il fut détenu là jusqu’au mois de juin 1920, et la lettre suivante adressée à ses enfants, à Toronto, relate ses épreuves durant les cinq mois, de juin à novembre, qu’il est venu en connaissance avec le bolchevisme pour la première fois. Finalement, il proclama son titre de citoyen estonien et se sauva par la frontière de Revel. Sa femme est demeurée en guenilles à Petrograd, où elle est commissaire des magasins de pétrole des chemins de fer du gouvernement russe. Sa lettre, datée de Revel, Estonie, 18 novembre 1920, se lit comme suit :

« Chers enfants et amis.

Je vous avertis qu’enfin je suis arrivé à un endroit où je projette de demeurer plus longtemps. Je suis arrivé à Vladivostok, le 20 novembre 1918 et j’ai vécu là un an et sept mois. Le 18 juin 1920, je quittai Vladivostok par le train de la Croix Rouge Internationale et cinq mois après j’arrivais à Revel. Demeurer en Russie est impossible; c’est impossible pour un homme droit de vivre là; même les communistes droits et honnêtes doivent se cacher dans les coins les plus éloignés.

Les commissaires, c’est-à-dire tous fonctionnaires hautes et inférieurs du gouvernement bolcheviste, vivent et jouissent des bénédictions. Ils confisquent non d’après leurs propres règlements mais d’après leurs désirs; si vous êtes bien vêtus, les commissaires vous traitent de bourgeois et vous êtes volés; mais lorsqu’un commissaire a un paletot de fourrures qui coûtait autrefois mille roubles mais qui vaut maintenant trois millions de roubles, il a droit de le faire; il est une personne privilégiée. Le gouvernement est entièrement composé de jeunes Juifs et d’apaches estoniens et lettons.

Les paysans cachent leur grain sous le sol et de temps à autre l’échangent secrètement pour du sel, du thé, des aiguilles, du fil et autres marchandises, mais ils n’osent le tenir dans les granges. Ils sont supposés recevoir la ration des ouvriers de villes. Le pain est sous ration et le paysan est supposé tout remettre au gouvernement à part de sa ration. Le gouvernement paye au paysan le prix de 27 roubles pour 40 livres de grain (pud) ainsi que pour le lait. Il paye 100 roubles par 40 livres de poulet et de viande. Cependant à Verkhneudinsk, où existe le libre échange, une livre de viande coûte 1200 roubles, une livre de beurre de 5,000 à 6,000 roubles, une livre de sel de 1500 à 1700 roubles et suivant la qualité, une paire de chaussures de 100,000 à 120,000 roubles. J’ai vendu mes chaussures en caoutchouc à Vershnendinsk 27,000 roubles et payé pour 40 livres de farine de seigle 11,000 roubles. À Irkutsk, une livre de pain coûte 600 roubles.

« Ainsi est-il impossible de vivre honnêtement. Tout le monde vole, commissaire ou non. Le salaire de l’ouvrier est de 1500 à 2000 roubles par mois et de 20 à 30 livres de seigle.

Mais même cette ration n’est que nominale car à Verkhneudinsk on a donné aux ouvriers une livre de farine à Pâques et trois livres en août, soit une livre par mois.

Mais les commissaires mangent comme s’ils avaient trois estomacs tandis que les soldats, spécialement les ouvriers, meurent de faim.

Je vais maintenant vous dire pourquoi les paysans cachent leur grain. Par exemple, s’ils possèdent une vache, ils auront dix puds de viande à 100 roubles le pud ou 1,000 du gouvernement. Le gouvernement ne peut leur donner des marchandises en échange, parce qu’il n’a que des « guenilles du soviet » comme on appelle le papier monnaie. Le paysan a besoin de sel. Sur le marché il doit payer 1,500 à 1,700 roubles pour une livre de sel et ainsi sa vache ne lui procurera pas une livre de sel. C’est pourquoi les paysans cachent leurs produits. Dans la Transbaikalie, les paysans cachent leurs bestiaux dans les bois mais les réquisitions se font quand même.

Quatorze sujets estoniens furent déportés de Vladivostok comme je l’ai dit mais dix d’entre nous furent arrêtés pendant trois mois à Verkhneudinsk. Ils nous offrirent de bonnes positions comme commissaires ou fonctionnaires du gouvernement. Ils mirent des Russes, des Polonais et d’autres promptement à l’ouvrage, mais nous traitèrent plus gentiment bien que nous ne pûmes avoir notre liberté. Nous vécûmes pendant un certain temps de ce que nous avions emporté mais après sept semaines cinq d’entre nous se rendirent sur bureaux et prirent des positions avec le comité dit « Buriat Aymsch » mais aucun d’eux ne voulait travailler dans les bureaux du gouvernement.

« Mais je ne fus pas de la même opinion que mes compagnons et demandai la permission d’aller plus loin et parce que je n’était pas enregistré au bureau du travail, à trois heures du matin, le 15 septembre, je fus arrêté au lit. Après dix heures ils me donnèrent la liberté de repartir et de me faire en registreur mais je découvris qu’il n’y avait pas de liberté pour l’ouvrier. L’ouvrier est comme enchaîné à sou ouvrage. Un surveillant du district militaire électrique me donna un certificat me nommant pour ramasser le bois pour eux mais je ne travaillai même pas une minute. Je visitai les marchés et je vendis des vieilles bottes et des chaussures en échange de farine.

En septembre, le commandant de la garnison reçut un télégramme de Moscou ordonnant de passer dix Estoniens dont moi-même. Nous partîmes de Verkhneudinsk, le 16 octobre, et arrivâmes à Petrograd le 27 octobre. La ville est malpropre. Les maisons de bois sont détruites pour servir de combustible et les pavés en bois sont arrachés et brûlés. Les banques de Fontanka, Moyka et les canaux de Katherina sont couverts de piles de bois où les femmes avec leurs sleighs attendent leur tour. La ville est presque déserte. Il y a peut-être le quart de la population d’autrefois. Les magasins sont fermés et la plupart des fenêtres sont brisées. Autour de la cathédrale Isaac il y a encore du bois. L’aspect général de la ville fait pitié et est repoussant. Le plâtre tombe des maisons et personne ne peut les réparer. Les anciens palais sont aussi en ruines. Dites à tout le monde qui me connaît que je ne m’attendais jamais à trouver un tel désordre. Il n’y a personne au travail. Tout le monde vend quelque chose et brocante tout ce qui lui tombe sous la main.

Les commissaires autant que les ouvriers reçoivent un petit salaire et cependant l’on voit des commissaires perdant dans les salles de pool 20,000 roubles par soir. Où prennent-ils cet argent? Ils confisquent quelque chose et tout est dit. Ils tiennent les paysans sous une serre de fer (littéralement, dans « des mitaines de peau d’oie ») de la même manière que Nicolas les y tenait. Mais il n’est pas petit le nombre de commissaires qui seront tués. Dans sa forme actuelle, le gouvernement soviétique ne peut durer. Je ne doute pas que parmi eux existent d’honnêtes gens progressifs, mais la plupart en remplissent leurs poches et disent adieu, comment les affaire peuvent-elles marcher alors?

J’ai visité Torbino pendant une jurné et demie et j’ai trouvé ma femme et Too en guenilles; Lidochka a passé le gymnase et est maintenant à Novgorod étudiant les cours supérieurs, je ne l’ai pas vue. Ma femme faisait du service sur le chemin de fer Nicolas et à la station de Malaya Vishera. Elle est commissaire, surintendant des magasins d’éclairage, qui est produit par le pétrole. Et le troque contre des pommes de terre et de la farine. Fedia et Finia vivent pauvrement. Je leur ai apporté de Mana à Torbino dix livres de pommes de terre et un peu de farine. À Moscou la farine de seigle coûte 80,000 roubles le pud; à Irkutsk, 15,000 roubles et à Verkneudinsk, 11,000 roubles, mais les salaires des ouvriers sont de quatre à sept mille roubles par mois. Une bouteille de lait coûte de cinq à six cents roubles.

Demandez à l’ami Vochok de lire cette lettre et de ne pas croire que je sois devenu un ardent monarchiste.

Je suis arrivé à Revel parce que je me suis dit citoyen estonien. Je ne pouvais amener Mama, Teo et Lidochka avec moi parce qu’elles sont maintenant sujets russes et doivent travailler; pour cette raison elles reçoivent chacune une portion de première classe de trente livres de farine par mois, pour un célibataire une portion de deuxième classe est vingt livres de farine par mois et un huitième de livre de thé et pas de sucre.

Je veux demeurer à Revel où nos pouvons vivre pas trop mal.

Mais étant donné mes longs voyages j’ai dépensé tout mon argent. Avec de trois à cinq cents dollars il est possible de vivre mieux ici qu’à Toronto et de partir un petit commerce.

J’espère que Mama, Too et Lida vont devenir citoyens estoniens et venir s’établir ici après Noël pour de bon. Demanded à Allia de m’envoyer cinquante ou soixante-quinze dollars. Toutes les trois sont en guenilles.

Y. Yaska

histoire du bolchevisme

Un lac en Ontario. Photo: GrandQuebec.com

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