Québec psychologique

Psychothérapie infantile

Psychothérapie infantile

Psychothérapie infantile

L’originalité aujourd’hui reconnue des traitements psychologiques en pratique infantile tient avant tout :

1. – Au caractère propre du psychisme de l’enfant ;

2. – À sa situation de dépendance affective et éducative.

C’est pourquoi A. Freud a maintenu l’impossibilité, jusqu’à la période de latence et même alors, hors quelques cas privilégiés, d’une psychanalyse régulière, non seulement par l’inapplicabilité de la méthode fondamentale de l’association libre, mais encore par les difficultés diverses de la névrose de transfert et par les dangers d’une « mise entre parenthèses » de l’action pédagogique.

Cette opinion est suivie, malgré les affirmations de M. Klein que Glover a vivement critiquées, par la majorité des spécialistes jugeant plus prudent et plus efficace de recourir à des psychothérapies d’inspiration freudienne :

  1. Soit thérapies de jeu, qui, depuis Hug-Hellmuth, dégageant la valeur symbolique du jeu, se sont multipliées bien souvent avec le seul souci de permettre surtout une abréaction, par exemple dans le « jeu des poupées » de M. Rambert ou de Mme Dolto-Marette ;
  2. Soit parce que le caractère régressif du jeu est souligné, thérapies verbales, à intention plus interprétative et qui se présentent pour Pignon par exemple comme un « éclaircissement » ou un « arrachage », la névrose étant étouffée dans l’œuf.

Dans ce cas, il ne faut pas hésiter à parler de psychothérapie relationnelle, car la personnalité du thérapeute est un facteur déterminant du succès ou de l’échec. De ce point, Leibovici a rappelé les difficultés de la situation analytique du contre-transfert et à poser en particulier le cas des femmes célibataires sans enfant qui croient réaliser pour le jeune enfant, dangereusement à tous points de vue, l’image de la mère idéale. C’est cette importance des phénomènes transférentiels que le même auteur souligne, contre les interprétations générales (Anzieu, 1957), dans les thérapeutiques de groupes développées, à la suite surtout de Moreno qui avait appliqué l’idée aristotélicienne d’une « catharsis » obtenue pour la représentation théâtrale des sentiments. Dégagée d’une métaphysique confuse et d’ambitions excessives, la méthode, une expérience de dix ans, en témoigne, a trouvé un heureux champ d’application chez les enfants, à partir de 9-10 ans.

En fait, il faut reconnaître que les résultats de ces psychothérapies sont souvent temporaires et symptomatiques, n’empêchant pas mieux la création de « cicatrices » que l’évolution spontanée qui fait d’ordinaire rentrer dans l’ordre les difficultés. D’autre part, puisque c’est la réaction des parents aux symptômes qui conduit l’enfant au thérapeute, ce qui, secondairement, lui fait sentir sa souffrance, il faut insister sur la « tolérance familiale », éminemment incompréhensive et capricieuse. Aussi serait-il souvent profitable d’agir en quelque sort indirectement, soit en écartant les facteurs psychologiques toxiques, soit en complétant et en modifiant la « ration éducative ».

Le changement de milieu, qui a été une des plus communes méthodes de normalisation du comportement, est réalisé, dans les cas sérieux par le placement en internat spécialisé. Classique lorsqu’il s’agit de jeunes délinquants, la mesure reste alors trop souvent inefficace car, Bovet l’a souligné, ni la compréhension psychologique ni la préoccupation éducative n’ont profondément ébranlé les murs des vieilles habitudes et il n’est pas sûr que, malgré les apparences, la situation soit toujours meilleure dans les établissements à intention plus précisément rééducative et psychothérapique. Chaque fois que possible, il vaudrait donc mieux travailler à une modification du « climat » familial. Éventuellement, par le traitement des parents (Sauget, 1954), mais, le plus souvent :

  1. Par l’éducation directe, car souvent, une simple faute éducative est en cause, et il faut, à ce propos, dénoncer, avec Rey, l’absence de préparation des parents à leur tâche complexe ;
  2. Par le conseil de vie, lorsque les conjoints connaissent les difficultés familiales, pour les aider, selon Kanner, à la fois à réorganiser leur style de vie et à clarifier la situation affective.

C’est pourquoi il faut demander la généralisation des initiatives d’Aichorn et de Lowenfeld, organisant, dans les services d’enfants inadaptés, une consultation de parents et surtout est-il nécessaire de prévoir, selon les vues d’O. Rank une spécialisation du Psychiatric Social Worker entraîné à aider concrètement les « parents problems » et, de ce point de vue, la valeur de l’environnement qui dépend de facteurs sociaux et économiques doit être rappelé car Held a raison de retourner l’argument classique en disant que « ce sont aussi les bonnes sociétés qui font les bonnes mères ».

Il serait sans doute bon en effet de ne pas toujours envisager les difficultés d’adaptation de l’enfant dans la perspective dramatique que suggère l’interprétation freudienne.

La connaissance de l’évolution psychologique, rappelle Gesell, fait apparaître non seulement la nécessité, mais la fécondité de « crises », que l’évolution des sociétés modernes complique d’ailleurs, ne serait-ce qu’en gênant l’autorité familiale, alors que celle-ci est sans doute le facteur déterminant de la sécurité et de la force de Moi (Sutter, 1959).

C’est pourquoi il y aurait intérêt à prévoir, à côté des psychothérapeutes dont la compétence et l’expérience doivent être exceptionnels, qu’ils soient médecins ou psychologues, des conseillers d’éducation entraînés à éclairer devant les parents les divers mécanismes des difficultés, et, dans une relation d’amitié, « d’aider l’enfant à s’aider lui-même », selon la belle expression d’Allen.

H. Luccioni

psychologie infantile

Il serait bon de ne pas toujours envisager les difficultés d’adaptation de l’enfant dans la perspective dramatique que suggère l’interprétation freudienne. (Illustration : La marche des zombies de Montréal, photo © GrandQuebec.com)

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