Québec psychologique

Psychanalyse

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La psychanalyse est essentiellement une méthode, imaginée avant la première guerre mondiale par le professeur Sigmund Freud, professeur à la Faculté de Médecine de Vienne (1856-1940), de connaissance psychique profonde de l’homme. Elle a permis de découvrir un certain nombre de faits psychiques, qu’elle interprète selon une Théorie, en évolution continue. Accueillie d’abord dans le monde médical avec une méfiance hostile, elle a acquis une place de plus en plus importante en médecine des névroses, puis en psychologie, où elle tend, en tant que « psychologie abyssale », à se substituer aux conceptions abstraites de la science de l’esprit. À l’heure actuelle, elle a largement contribué à ce que l’on appelle parfois la « médecine psychosomatique ».

Plusieurs sociétés consacrées à la psychanalyse ont été fondées au XXe siècle. En France, la Société française de Psychanalise, filiale de la Société internationale patronnée par Freud, s’est fondée en 1926 et a eu pour organe une revue (Revue française de Psychanalyse), éditée aux Presses Universitaires de France.

1. Méthode de la psychanalyse. – Son principe consiste non à interroger le malade, mais au contraire à le laisser parler aussi librement que possible, pour recueillir non seulement ses confidences, mais toutes les expressions spontanées de sa pensée. Et cela dans le double but : 1) De faire prendre au sujet conscience des origines réelles de ses souffrances intimes en les comprenant à l’échelle d’autrui au fur et à mesure qu’il évoque, depuis son plus lointain passé infantile, les événements qui leur ont donné naissance ; 2) De revivre ceux-ci dans une situation actuelle et concrète de lien affectif à la personne de l’analyste (dit « transfert affectif ») ; celui-ci étant revêtu d’abord inconsciemment, par le patient, de l’autorité morale et plus ou moins condamnatrice des parents, puis devenant peu à peu le simple témoin, compétent et informé mais objectif, qu’il est réellement.
Durant des séances d’une heure et plus (renouvelées plusieurs fois par semaine pendant de longs mois), le malade, étendu en état de détente physique et morale sur un divan, sans voir l’analyste, obéit à la seule règle du traitement : dire tout ce qui vient à l’idée sans rien retenir, même ce qui est absurde et choquant (ce qui est le plus difficile à dire étant souvent le plus important). C’est la technique dite « des associations libres ». Elle se complète par l’analyse des rêves, le sujet étant prié d’apporter à l’analyse ses rêves de la nuit, notés par lui au réveil ou, à défaut ses rêveries éveillées (qu’on peut aussi provoquer durant la séance).

De plus, l’analyste note toutes les réactions que le malade présente, soit durant la séance (silences, hésitations, émotions, lapsus, etc.) soit, durant le déroulement de la cure, dans son comportement à l’égard de l’analyste : témoignages successifs de la forme et des variations évolutives du transfert (réactions de confiance, d’admiration, d’amour, d’attachement ou de méfiance, d’agressivité, de possessivité, de jalousie, etc.) ; retards, bouderies, désintérêt, etc.)

A) Les associations d’idées libres inclinent le sujet, sans qu’il le recherche, à revenir, après plus ou moins de « résistance », à des souvenirs ou images qui sont des allusions aux préoccupations intimes liés aux symptômes : fixations plus ou moins inconscientes à l’enfance et aux parents, conflits moraux occasionnés par la discordance entre les aspirations actuelles de la vie adulte et les barrières morales énigmatiques résultant des interdictions infantiles. La discrimination des associations d’idées significatives au sein de la masse des pensées insignifiantes qui les dissimulent, ne s’apprend que par une longue expérience. De même que la pratique de cette technique met l’analyste en garde contre son intervention prématurée (qui renforcerait la résistance de l’analyse) ou trop active (qui substituerait à la libération du sujet l’action thérapeutique magique à base d’affirmation et de prestige).

B) L’analyse des rêves est également affaire de pratique. Tout rêve parait absurde du fait que, se développant hors des cadres du temps et de l’espace et transposant l’idée en images concrètes, surtout visuelles, il associe non les événements importants et les tendances qui en résultent, mais des détails infimes, allusions à ces tendances. L’analyste demande à l’analysé à quoi le fait librement penser chacune de ces images. Les associations ainsi recueillies permettent de comprendre le sens du rêve; celui des problèmes personnels, dont le travail onirique – qui condense les images, déplace de l’une à l’autre l’émotion qui y était logiquement attachée et en défigure la signification – est un essai de solution fantastique.

Il existe chez tout le monde des symboles oniriques « généreux ». Mais même ceux-ci, dont on a exagéré la fréquence et la fixité signifiante (comme les fameux symboles phalliques – serpent, arme, poisson, tour, avion, etc. – ou féminins – vase, coffret, cassette, etc. ou de « castration » – amputation, décapitation, calvitie, etc.) varient beaucoup de signification d’après la mentalité de chaque individu. On ne peut saisir le sens symbolique de rêve qu’en faisant évoquer par le rêveur une quantité suffisante des idées qu’il y associe personnellement. L’analyse des rêves fournit un matériel plus infantile et plus révélateur du comportement inconscient que celle des associations à l’état de veille.

C) Le transfert, ou lien affectif à l’analyste, qui se développe peu à peu au cours de traitement, donne lieu de la part de l’analysé à une série de comportements temporaires à l’égard de la personne de l’analyste. Ils traduisent les attitudes infantiles que le sujet a jadis et successivement vécues concernant la personne des nourriciers et des éducateurs (père et mère principalement) : ce sont notamment celles qui témoignent de ses exigences affectives persistantes – possessivité sentimentale, frustrations affectives avec la puissante agressivité qui en résultait – et de la manière dont il les a lui-même combattues et transformées en renonçant à les réaliser (formes diverses de la culpabilité et de l’autopunition). L’analyste constate peu à peu les réactions du transfert, auxquelles sont attitude objective doit opposer une impassible neutralité ; puis le moment venu, il les explique au patient ; cette analyse du transfert empêchant la fixation indéfinie du malade à son médecin – condition de la guérison dans les autres psychothérapies, où le transfert existe, mais dangereux, parce que aveugle. Le transfert agit thérapeutiquement plus profondément que la prise de conscience. C’est par ce drame concret et actuel de l’implication de l’analyste dans les conflits de l’analysé qu’agit la cure psychanalytique et non par des paroles évoquant des images. C’est pourquoi elle n’est efficace que chez les malades capables de transfert.

II.  Faits découverts par la psychanalyse. – Ils se résument ainsi :

A) Sexualité infantile. – La sexualité ne naît pas, à la puberté, avec le développement des organes et du besoin sexuel adultes, mais avec la vie (comme la différenciation sexuée). Elle se différencie lentement d’une tension diffuse qui, syncrétique avec l’appétence peu à peu sur la zone génitale, cependant que les attractions – répulsions de l’enfant grandissant se différencient en tant que sexuelles comme la totalité de son individu.

Freud décrit le schéma évolutif suivant : période prégénitale comprenant d’abord l’érotisme oral (absorbant et possessif) du nourrisson, puis l’érotisme anal de l’enfant soumis malgré lui au dressage de la propreté et agressif par réaction contre le dresseur (phase dite « sadique-anale »). Période phallique où l’intérêt sexuel s’attache à l’organe, pénis ou clitoris (phase dite « narcissique »). Puis, après une « période de latence » qui va des premières soumissions aux interdictions éducatives jusqu’aux approches de la puberté, période génitale où l’intérêt sexuelle socialisé, fait naître le désir du but sexuel adulte, l’acte sexuel (pénétration, active chez l’homme, passive chez la femme) et de l’objet sexuel adulte (le partenaire du sexe opposé). À la puberté, la métamorphose sexuelle consécutive à la contrainte du besoin adulte fait apparaître les « fixations » à l’enfance jusqu’alors latentes et leur conséquence : la discordance entre les aspirations sociales et culturelles et une sexualité impérieuse, mais restée physiquement infantile.

B) Complexe d’Œdipe et sa relation avec le comportement sexué adulte. – Alors que la psychologie traditionnelle n’attribue qu’une importance secondaire aux liens parentaux, la psychanalyse a établi que la manière dont chaque individu cherche à résoudre le problème sexuel – c’est-à-dire sa destinée d’être sexué – est prédéterminée par la « constellation parentale »et tout spécialement par le « complexe d’Œdipe », système évolutif des attitudes à l’égard du parent du même sexe et à l’égard du parent du sexe opposé. Schématiquement, le petit enfant est d’abord attaché organiquement à la mère, premier objet de sa sexualité diffuse ; puis, découvrant la signification du père, il le repousse jalousement. Cette situation est surmontée ensuite différemment par le garçon et par la fille : le garçon s’identifie de façon sexuée au père, en l’imitant virilement et, sans renoncer à la concurrence avec lui à l’égard de la mère (qu’il tend alors à aimer de manière protectrice), aspire à le dépasser pour en devenir indépendant (virilité achevée). La fille s’identifie de façon sexuée à la mère, sa rivale auprès du père, dans l’amour tendre duquel elle tend à la supplanter pour parvenir à l’indépendance et à l’attitude séductive à l’égard de l’homme (féminité achevée).

Chaque moment de l’évolution de l’attitude oedipienne peut donner lieu, quand il n’a pu être dépassé (du fait des circonstances, de l’attitude réactionnelle des parents, etc., eu égard à une fragilité psychique naturelle du sujet) à une « fixation », germe d’une « régression » ultérieure et plus ou moins tardive à une conduite infantile à l’égard de l’autre sexe, et, par suite, du milieu social : fixation à la mère, chez le garçon, avec révolte contre le père, muée en condamnation sexuelle de soi-même et de sa virilité. Retour infantile à la mère, avec révolte coupable contre le père, chez la fille, interdisant la libre féminité, etc.

Des quantités de faits humains restent inexplicables si l’on ne comprend pas ce drame de la situation oedipienne non « liquidée » de l’individu : ainsi le garçon, devenu homme, reste auto-érotique, hanté par des velléités perverses, honteux devant la femme ; il recule devant la responsabilité de la pratique sexuelle, du mariage, de l’action sociale ou professionnelle. La fille, devenue femme, a peur de l’amour, de l’homme, de la maternité ; dans le mariage elle est frigide, en concurrence agressive avec le mari. C’est l’interdiction oedipienne qui détermine principalement cet obscur malaise moral qui pèse sur la conscience des nerveux : timidité et angoisse sociale (peur d’être désapprouvé par autrui), sentiment d’infériorité (en valeur humaine), idéalisme désarmé devant la lutte pour la vie (interdiction de la combativité virile), etc. , et aussi sentiment de culpabilité sans motivation, avec les réactions de défense qu’il suscite : caractère agressif, autopunition par les échecs répétés de l’existence, etc.

C) Rôle fondamental de la sexualité dans les névroses et les psychoses. – Chez un individu sexuellement normal (c’est-à-dire, ayant acquis une sexualité au stade génital), la névrose est impossible. Par contre, tout névropathe présente une sexualité restée par certains côtés, et malgré des apparences parfois normales, infantile : physiquement, il est auto-érotique ou narcissique (c’est-à-dire d’une sexualité réfléchie sur le sujet, qui se prend plus ou moins lui-même comme objet sexuel) donc enclin à la masturbation et à la satisfaction imaginative (phantasmes érotiques) et à l’érotisme polymorphe (tendances perverses : sadomasochisme, exhibitionnisme, fétichisme, homosexualité surtout). Psychiquement, il est attaché aux parents, à la situation oedipienne : d’où son incapacité d’associer son besoin sexuel (tantôt) faible, tantôt fort) et ses exigences sentimentales qui, restées captatives (possessivité infantile) ne peuvent devenir oblatives (amour capable de sacrifice).

  • Parmi les névroses « actuelles », l’asthénie est liée au surmenage émotif et à l’épuisement sexuel ; l’angoisse-névrose à une disproportion entre l’excitation sexuelle préliminaire, sous tension excessive, et le plaisir final, qui n’amène pas la détente nerveuse dans l’assouvissement de l’acte sexuel complet.
  • Parmi les névroses « psychogénétiques », c’est-à-dire, à histoire psychique, l’hystérie est une « conversion » de l’énergie sexuelle née des conflits psychiques inconscients dans les fonctions du système nerveux de relation, sous forme de symptômes plastiques à expression spectaculaire.

La phobie et l’obsession résultent d’une « substitution » compliquée d’une image en situation terrifiante ou d’un système d’idées absurdes et pénibles à l’objet véritable des tendances sexuelles infantiles auxquelles images et idées morbides sont des allusions. D’où conduite antimaléfique dans la phobie et actes magiques de conjuration superstitieuse dans l’obsession.

  • Les psychoses ont un sens analogue, mais encore plus déformé par l’organisation d’un univers, vécu par le malade comme réalité extérieure et qui vise à annuler la menace à sa valeur personnelle, c’est-à-dire, sa culpabilité : celle-ci y est tantôt projetée en accusation (persécution), tantôt niée par la survaleur personnelle (mégalomanie), tantôt figée en monde hypermoral de punition (mélancolie) ou évaporée en monde tourbillonnaire cynique (manie). Parfois, enfin, il y a supplantation du réel authentique par un rêve intérieur (pensée dite « autistique »), avant que la personnalité ne s’éteigne à toute vie physique (schizophrénie).

III. Théorie de la psychanalyse.

A) La théorie première de Freud consistait à concevoir l’esprit (la psyché) comme schématiquement composé de 3 éléments : 1) Les pulsions ou tendances instinctives (appétences sexuelles physiques partielles, attraction et répulsion à l’égard de l’entourage),les unes émanant d’un « instinct de vie » dont l’énergie dite libido est l’élan sexuel, et les autres d’un instinct de mort (tendance à l’état inorganique, qui tend à la destruction et à l’agression ; 2) Le moi, expression consciente de l’individu aux prises avec le milieu familial, puis social ; 3) Entre les pulsions et le moi, une « instance », en grande partie inconsciente, le sur-moi, sorte de censure animée ou de juge intérieur, résultant de l’identification du moi infantile à la menace extérieure des parents et éducateurs. Le sur-moi se constitue lors de la désexualisation du complexe d’Œdipe, c’est-à-dire lorsque, obéissant aux premières interdictions personnalisées, l’enfant renonce à son agressivité possessive et jalouse sous l’influence des menaces éducatives dont les principales sont : le retrait d’amour par le parent aimé et la punition par la castration  (chez le garçon : mutilation implicite du pénis, chez la fille, mutilation de sens plus abstrait aboutissant au retrait de la possibilité d’être aimée). L’intériorisation ou l’ « introjection » de l’interdiction, qui crée le sur-moi, a pour effet de placer l’agressivité dirigée primitivement vers l’extérieur (sadisme) au service du sur-moi ; celle qui était dirigée vers l’intérieur (masochisme) étant neutralisée et fixée par la libido du sujet. D’où une menace sadique pesant sur le moi masochiste lorsque le sur-moi interdit son acceptation des pulsions, et que révèlent la réaction dite sentiment de culpabilité et le comportement préventif de ce sentiment, dit autopunition.

Le refoulement est l’opération psychique en vertu de laquelle les pulsions interdites par le sur-moi, qui les connaît mieux que le moi – sont maintenus dans l’inconscient. Considéré par Freud comme la « réalité interne », cette inconscient a été élargi par Jung, élève dissident de Freud, jusqu’à comprendre, outre ses éléments dynamiques et sexuels personnels, des éléments traditionnels et culturels (inconscient collectif et ancestral).

Ces éléments sont accessibles à l’analyse sous forme des systèmes de pensées fortement chargées d’émotions dits complexes, dont l’action, permanente aimante de manière énigmatique les associations d’idées conscientes du sujet. Les complexes s’expriment de manière détournée, symbolique, par les réactions caractérielles et les symptômes névrotiques. (Exemple : un jeune garçon luttant anxieusement contre une pulsion masturbatoire parvient à l’abolir sous condition qu’elle soit remplacée, sans qu’il le comprenne, par le lavage obsédant des mains, sous le prétexte justificateur de la peur raisonnée des microbes). Le rêve est, pour Freud, la réalisation (déguisée) des désirs (refoulés) ; le sur-moi laissant passer dans la conscience du rêveur des pulsions moins travesties que dans la vie, éveillées par la censure qu’il y exerce, du fait que celle-ci est affaiblie par le sommeil.

(Exemple : Une jeune femme qui refoule le désir de se marier pour être mère par peur de la défloration, rêve qu’en l’opérant d’appendicite, le chirurgien trouve dans son abdomen un beau bébé e que la famille la complimente).

B) Une évolution de cette théorie – application de la psychologie causale et mythique ou métaphorique de l’époque de Freud – l’a sensiblement transformée depuis ces dernières années. En Amérique, on a insisté sur les facteurs social et culturel du refoulement. Le refoulement lui-même est devenu plutôt une incapacité acquise à surmonter des situations infantiles opposées à la non-maturation du jeune individu, qu’un rejet de la conscience. Et c’est en terme biopsychologiques de comportement (attitudes, conduites, etc.) qu’il peut le mieux s’exprimer. Mais surtout on tend aujourd’hui à renoncer au morcellement de l’esprit par la théorie du sur-moi, qui ne tient pas compte de la totalité de l’individu : c’est en effet un seul et même individu qui apparait dans les conduites instinctuelles (pulsions), dans les conduites conscientes (moi). La structuration du comportement, c’est-à-dire l’acquisition des conduites (dont les conduites les plus importantes sont les conduites sexuelles) s’opère, de la naissance à la mort, selon un mouvement dialectique qui, normalement, dépasse les contradictions de conduites opposées (infantiles contre adultes, individuelles, contre sociales, sexuelles contre culturelles) et, chez les nerveux, ne parvient pas à les surmonter.

L’arrêt névrotique des conduites sexuelles est moins un infantilisme psychosexuel, – ainsi que l’enseignait Freud – ou une exigence de l’instinct du moi – ainsi que l’affirmait Adler, élève dissident de Freud (pour qui l’essentiel de la névrose  était un sentiment primitif d’infériorité), qu’une non-intégration à l’individu de ces conduites rendues chez lui insurmontables par l’interdiction parentale et perçues alors par lui comme les menaces à sa valeur personnelle, c’est-à-dire comme les présomptions de culpabilité. Le rêve n’est plus considéré comme une simple réalisation des désirs, mais comme l’élaboration de scènes dramatiques visant à résoudre les mille conflits de la vie morale personnelle en éludant fantastiquement cette culpabilité.

IV. Valeur pratique de la psychanalyse. – L’immense portée doctrinale de la psychanalyse – dont la connaissance tend à révéler le sens humain personnel des symptômes de la névrose et de la psychose, de la perversion et du crime, de beaucoup de traits du caractère normal et de ses applications à la psychologie générale et aux sciences de l’homme, dépasse de beaucoup son intérêt pratique de valeur thérapeutique.

Elle constitue un très grand progrès sur toutes les autres méthodes psychothérapiques – qui, à l’heure actuelle, s’en inspirent plus ou moins – mais son action est limitée au domaine des névroses dont elle peut guérir ou améliorer toutes les formes et tout spécialement la maladie obsessionnelle. Comme toutes les médications héroïques – car une cure de psychanalyse est une entreprise grave, longue (deux ans parfois), coûteuse et parfois grosse de conséquences, le patient guérissant parfois en acquérant une nouvelle morale (celle des vraies responsabilités personnelles) et en changeant de caractère, – elle a des indications et des contre-indications précises : le sujet doit être assez intelligent et d’une culture suffisante pour comprendre l’interprétation qui lui est proposée de ses symptômes ; il ne doit pas avoir dépassé un certain âge (45 ans), la cure étant d’autant plus facile qu’il est plus jeune. Son état organique ne doit pas être trop touché. Il convient d’attendre une période calme de la maladie. Enfin, elle peut être inefficace ou nuisible lorsque la guérison aurait pour conditions de bouleverser l’existence du sujet engagé dans les conflits graves de la vie pratique (vœux de chasteté chez le religieux, divorce entre époux irréconciliables, etc.). Lorsque l’analyse profonde est impossible, l’analyste peut d’ailleurs incliner le sujet à canaliser son activité sexuelle brute – s’il possède les aptitudes requises – vers des activités non sexuelles absorbantes et productives : ferveur religieuse ou esthétique, culture générale, intérêt professionnel ou altruiste, sport. C’est la sublimation.

La psychanalyse, dont on a dénoncé les dangers, n’est nuisible que pratiquée par un analyste incompétent ou inexpérimenté. Aussi doit-elle être confiée exclusivement à des spécialistes reconnus, d’une grande culture générale et d’une complète maturité d’esprit, doués naturellement de bon sens et de tact, qui ont non seulement subi eux-mêmes une « psychanalyse didactique », mais acquis une grande pratique clinique et psychiatrique en général et celle des névroses en particulier. La psychanalyse, art extrêmement délicat puisqu’il vise à modifier la personnalité humaine dans ses relations morales avec autrui, – famille, milieu culturel et société – doit être réservée, sur le terrain pratique, à une élite de praticiens.

A. Hesnard.

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