Québec psychologique

Paludothérapie

Paludothérapie

Paludothérapie en psychiatrie

Terme français préférable à celui de malariathérapie, d’origine italienne et qui a le mérite de rappeler la découverte éminemment française du parasite du paludisme par Laveran (Ed. Sergent).

L’idée d’utiliser le paludisme dans le traitement des psychoses n’est pas neuve. Si l’on croit le Père Claude, Galiern aurait parlé de l’inoculer aux mélancoliques.

Plus près de nous, en 1864, Nasse signale d’heureux effets de la fièvre tierce sur la paralysie générale. En France, Legrain, en 1913, avait préconisé l’impaludation « au début de la paralysie générale et du tabès ». Mais la méthode n’a véritablement été mise au point que par Wagner von Jauregg, qui la pratiqua systématiquement dans sa clinique de Vienne (Autriche), à partir de 1917, en faisant appel au Plasmodium Vivax.

1. Indications et contre-indications. – Bien qu’elle ait été utilisée avec quelques résultats intéressants, la névrité optique et la chorée de Sydenham, l’indication majeure de la paludothérapie reste la paralysie générale. Elle est aussi préconisée dans les syphilis nerveuses avec réactions biologiques irréductibles dans le liquide céphalorachidien. La plupart des paralytiques généraux, si aucune contre-indication ne découle de leur état somatique, sont susceptibles de suivre ce traitement.

Les contre-indications d’ordre somatique sont :

  • les affections graves du cœur, des reins, du foie ;
  • les états cachectiques ;
  • la tuberculeuse pulmonaire n’est plus considérée comme une contre-indication formelle, elle exige seulement que la cure soit menée avec prudence (impaludations fractionnées).

II. Techniques de la cure. – À la suite de Wagner von Jauregg, les psychiatres français, pour la plupart, utilisèrent le « plasmodium vivax », qui donne des accès francs et réguliers (fièvre tierce) et un minimum d’accidents.

La souche est conservée par passages successifs d’individu à individu.

Le mode d’inoculation est soit la voie sous-cutanée, soit la voie intraveineuse. Signalons aussi qu’en certains pays on a utilisé la piqûre directe par des moustiques infestés, domestiqués et conservés à cette fin.

La durée d’incubation est très variable : de six à quinze ou vingt jours.

Le déclenchement des accès francs, montant à 39 ou 40 degrés, est souvent précédé d’une période subfébrile de quelques jours. Lorsqu’on veut réaliser une impaludation normale, on laisse évoluer le paludisme qui s’éteint spontanément vers le 10e accès. Il est cependant indispensable de pratiquer une cure de quinine à la dose quotidienne de 1,50 g à 2 g pendant cinq jours.

– Variantes de la méthode. – 1) La cure en deux temps est pratiquée lorsque l’état physique impose la prudence. Le paludisme est alors coupé par une cure de quinine (comme ci-dessus), après le 3e ou 4e accès. Un traitement arsenical est alors entrepris, et une seconde impaludation est pratiquée six semaines à deux mois après le premier.

– 2) L’impaludation intracérébrale de Ducosté : 2 à 5 cc de sang citraté. Résultats identiques.

– Surveillance des malades pendant la cure. – Le malade impaludé doit faire l’objet d’une surveillance difficilement réalisable en dehors d’une clinique ou de l’hôpital.

– Surveillance clinique. – Chez certaines malades, l’atteinte de l’état général peut être rapide et exige l’interruption du traitement. Chez tous, l’accès thermique impose une attention soutenue. Les hyperthermies au-dessus de 40,5 degrés doivent être décapitées par l’administration d’une petite dose de quinine de 2 à 5 cg. Ne pas dépasser cette dose pour ne pas risquer de couper le paludisme. L’administration de tonicardiaques est souvent utile.

– Surveillance hématologique. – Dans les pays non impaludés, on peut se contenter de faire vers le 4e et 5e accès, puis vers le 8e, une numération globulaire, et une étude de la proportion de globules parasités. Dans les pays où existe un paludisme autochtone, il est indispensable, en outre, de faire identifier le parasite. Il se produit malheureusement assez fréquemment que la souche soit souillée. Après avoir impaludé avec un Plasmodium Vivax, on a la désagréable surprise de trouver un Plasmodium Falciparum qui est susceptible de provoquer des accès pernicieux. Il est, dans ces cas, indispensable d’interrompre d’urgence la cure.

Postcure. – L’impaludation provoque une destruction souvent importante des globules rouges dont le nombre tombe parfois au-dessous de 3.500.000. Il est indispensable de faire suivre la cure quinique d’un traitement par les extraits hépatiques et le cacodylate de soude, – traitements qui seront menés de font avec le traitement arsénico-bismuthique.

– Mécanisme d’action de l’impaludation. – Il reste encore très discuté et il est difficile de répondre de façon formelle aux nombreuses questions qui se posent à son sujet. Les différents auteurs qui se sont intéressés à cette question se divisent en deux groupes :

1) Ceux qui admettent une action spécifique du paludisme qui affaiblirait ou détruirait les spirochètes, ou provoquerait l’apparition d’anticorps spécifiques;

2) Ceux qui voient dans l’impaludation une méthode de choc non spécifique.

Pour les uns, le facteur thermique joue le rôle essentiel; pour les autres, il ne doit pas être retenu.

Signalons seulement quelques-unes des hypothèses émises qui, parfois, se contredisent formellement :

– destruction des globules rouges par les plasmodes et libération d’antitoxines inhibant les tréponèmes;

– diminution de la perméabilité méningée dont l’excès augmente la vulnérabilité du système nerveux;

– augmentation de la perméabilité méningée aux médications spécifiques;

– transformation du processus paralytique en processus syphilitique tertiaire accessible aux traitements spécifiques. (La P.G. syphilis anallergique serait transformée en une syphilis allergique) (Dujardin).

Il est bien aventureux de vouloir choisir parmi ces hypothèses dont aucune n’a mérite de tout expliquer.

F. Ramée.

Il n’existe pas des moments les plus pires possibles, il peut toujours en avoir plus pires. (Megan Jorgensen). Photo : Megan Jorgensen.
Il n’existe pas des moments les plus pires possibles, il peut toujours en avoir plus pires. (Megan Jorgensen). Photo : Megan Jorgensen.

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