Québec psychologique

Obsession

Obsession

Obsession

Idée associée à un sentiment pénible en un couple idéo-affectif qui envahit la conscience de façon répétée et incoercible (du latin obsidore : assiéger).

L’élément idéique de l’obsession n’a en soi aucun caractère spécifique : ce peut être n’importe quelle idée ; il peut en exister plusieurs successivement ou simultanément chez le même malade.

L’état affectif obsessionnel, moins variable, est toujours pénible et à base d’anxiété. C’est un sentiment d’appréhension extrême, lié à la surestimation déraisonnable d’un risque et d’une responsabilité. Le risque n’est pas totalement irréel et l’obsédé se sent responsable parce que, selon la ligne de conduite qu’il va adopter, il a quelque chance de l’écarter ou, au contraire, de le concrétiser. Mais le caractère morbide éclate dans la disproportion entre l’angoisse du malade et la futilité ou l’improbabilité du danger redouté, danger beaucoup moins menaçait que cents autres qu’il rencontre à chaque instant sans leur accorder une attention exagérée.

Toujours l’obsédé est conscient du caractère pathologique de son trouble, même lorsque parfois il tente de justifier sa conduite avec une vigueur quasi paranoïaque. Toujours aussi, il mène contre son obsession une lutte d’autant plus pénible qu’elle est vouée à l’échec ; l’obsession persiste ou revient sans cesse, inéluctable, et ce caractère « compulsif » est un de ses traits essentiels.

On décrit de multiples variétés d’obsessions en se fondant surtout sur le pittoresque des apparences car elles ont entre elles peu de différences profondes.

Le scrupule obsédant est parfois appelé encore « folie du scrupule ». La pensée du scrupuleux est sans cesse ramenée vers une faut qu’il a commise ou qu’il croit avoir pu commettre ; il en suppute toutes les conséquences possibles, jusqu’aux plus invraisemblables. S’il est de religion catholique, il multiplie les confessions, craignant toujours d’avoir mal expliqué sa faute ; en vain lui fait-on remarquer que ce perpétuel examen de conscience l’entraîne à des péchés beaucoup plus réels et plus graves puisqu’il en vient à négliger ses devoirs d’état et à douter de la miséricorde divine : il en convient sur le moment mais il n’en retombe pas moins dans sa recherche accablante. Pour ajouter à son tourment, des pensées indécentes, dites « idées de contraste », viennent s’imposer à lui dans les moments les plus inopportuns.

Les manies mentales sont d’interminables et stériles ruminations prenant pour point de départ une idée ou une opération intellectuelle. On les range avec le scrupule obsédant par les obsessions idéatives qui comprennent également le « délire du toucher », l’onomatonmanie, l’arithmomanie.

On considère habituellement que la phobie se différencie de l’obsession par une structure propre. Mais il existe des obsessions phobiques dans lesquelles l’état affectif obsessionnel est représenté par la crainte ou le dégoût insurmontable d’un être, d’un objet ou d’un événement : ainsi en est-il de l’éreutophobie.

L’obsession d’un acte que le sujet se sent poussé à commettre malgré lui est appelé obsession-impulsion ou obsession impulsive. Il s’agit toujours d’un acte inacceptable, soit simplement ridicule, soit le plus souvent dangereux, criminel ou sacrilège ; il est éprouvé comme imminent, prêt à être accompli. La lutte s’engage contre sa réalisation et l’obsédé a toujours le pouvoir de s’y opposer victorieusement ; seul cependant le passage à l’acte peut faire cesser sa tension anxieuse et s’il ne s’agit pas d’une chose très grave, il achète parfois sa quiétude  au prix d’une défaite ; parfois aussi, il peut faire cesser l’impulsion à commettre l’action réprouvée en substituant à celle-ci une manœuvre innocente, exécutant un geste ou prononçant une formule qui prend alors la signification d’un rite conjuratoire.

Quelle que soit leur forme, les obsessions peuvent apparaître dans des circonstances cliniques diverses. Elles se manifestent parfois chez des sujets normaux où présentant seulement une fragilité psycho-affective banale, lors de certains fléchissements de l’état général de nature physiologique (grossesse, ménopause) ou pathologique (surmenage, maladie prolongée, convalescence difficile).

Les obsessions peuvent prendre la première place dans le tableau d’une dépression mélancolique, dont le diagnostic devient alors difficile ; il est cependant essentiel de connaître cette éventualité car, dans ce cas, le traitement de la mélancolie est seul efficace.

On peut aussi observer des obsessions au début d’une schizophrénie, posant là encore des problèmes diagnostiques délicats, chez des délirantes chroniques, chez des épileptiques (elles peuvent alors participer à la symptomatologie des paroysmes psychomoteurs ou plus souvent se manifester de façon permanente), parmi les séquelles des encéphalites, etc.

Les obsessions peuvent enfin représenter le seul ou, du moins, le principal symptôme d’un état pathologique ; il s’agit alors d’une psychonévrose obsessionnelle. Cette affection, surtout fréquente chez la femme, éclot en général sur un terrain d’instabilité émotionnelle avec impressionnabilité, que Kretschmer assimile à son tempérament sensitif ; pour Luxemburger, elle serait souvent en corrélation avec une combinaison dysharmonique des biotypes pycnique et leptosome ; l’intervention de facteurs héréditaires, encore à préciser, est vraisemblable et l’on a voulu lui reconnaître certaines parentés génétiques avec l’épilepsie, avec la psychose maniaco-dépressive, soit sous la forme d’un état d’anxiété diffuse avec phobies, préoccupations hypocondriaques ou métaphysiques, déséquilibre neurovégétatifs. En fait, il est fréquent de constater des obsessions dès l’âge de 5 ou 6 ans, mais comme le remarque L. Michaux qui les a bien étudiées, ces manifestations précoces sont souvent difficiles à identifier, se présentant sous la forme assez mal structurée de phobies, de scrupules, d’impulsions, voire de tics ou de pseudo-instabilité. L’évolution de la maladie est le plus souvent chronique, amis peut comporter, surtout pendant les premières années, de longues périodes d’atténuation, voire de rémission complète ; au contraire, les phases critiques de l’existence (maladies somatiques, ménopause, épreuves morales) sont parfois marquées par des poussées aiguës fort pénibles.

Qu’il s’agisse des obsessions « symptomatiques » ou de la psychonévrose obsessionnelle, il n’existe pas de contexte neurologique ou biologique particulier, sauf peut-être un déséquilibre végétatif assez banal avec, pour Laigner-Lavastine, un paroxysme vagal contemporain de la lutte angoissante contre l’obsession.

L’étude psychopathologique de l’obsession doit prendre pour point de départ un fait très général, que les malades passent le plus souvent sous silence ; l’obsession les envahit toujours au moment où les circonstances sont telles qu’il leur faudrait décider et agir.

A. Adler a mis l’accent, de façon peut-être trop schématique, sur cette attitude du névrose qui fuit le véritable combat de l’existence et transporte la lutte sur le terrain artificiel de l’obsession pour nous faire assister à sa victoire contre un fantôme qu’il a lui-même suscité. P. Janet, de son côté, a très justement insisté sur la « faiblesse psychologique » qui marque l’existence de ces malades ; aussi considérait-il l’obsession comme un symptôme, parmi d’autres de sa psychasthénie.

Cependant, il serait faux de se représenter cette faiblesse psychologique comme un état permanent. En réalité, lorsque l’obsédé doit s’engager dans l’action, son anticipation lui représente l’entreprise envisagée comme difficile et pénible, tandis que ses propres forces lui apparaissent insuffisantes. Alors, il se produit une chute quasi instantanée du niveau de vie et de conscience, qui permet l’entrée en scène de l’obsession. De telles dénivellations sont d’ailleurs extrêmement fréquentes dans la vie psychologique.

Chez le sujet normal, elles aboutissent à un état de distraction ou de détente. Chez l’obsédé, elles laissent le champ libre à toute une organisation régressive de la vie intellectuelle, morale et affective, vécue dans un sentiment d’angoisse diffuse ; à la situation vitale réelle se substitue le scénario artificiel, stéréotypé, généralement chargé de signification symbolique du conflit obsessionnel et l’obsédé se croit réellement empêché d’agir par le sortilège de son symptôme.

Sur le plan biologique, la fréquence et la profondeur insolites de ces « chutes de tension » correspondent sans doute à une insuffisance de dynamisme vital d’origine endocrino-métabolique. Peut-être les difficultés « instrumentales » qui marquent souvent le développement psychomoteur infantile de ces sujets ont-elles aussi leur part de responsabilité.

Sur le plan psychologique, un doit retenir l’influence de conditions éducatives défavorables.

Quant à la structure particulière que prend l’activité psychique lors des obsessions, elle répond à des anomalies de l’évolution affective. Les psychanalystes y voient la conséquence d’un conflit entre le « Ça » et le « Surmoi », survenant au stade d’Œdipe (4 ou 5 ans), lorsque le « Surmoi » c’est déjà constitué et que l’évolution sexuelle a atteint le stade génitale ; les pulsions refoulées subissent une régression au stade sadique-anal ; il se produit parallèlement une régression de « Surmoi » qui, au lieu de conduites morales, propose les solutions magiques des mécanismes de défense (J. Favez-Boutonier).

Du point de vue médico-légal, l’obsession névrotique banale ne saurait être considérée comme entraînant l’irresponsabilité, sauf dans les cas tout à fait exceptionnels. Mais on doit toujours rechercher, au-delà de la manifestation obsessionnelle, une éventuelle psychose dont l’existence poserait le problème sur de toutes autres bases.

La thérapeutique des obsessions symptomatiques est celle de l’affection qu’elles accompagnent : médications toniques et sédatives dans les états de fatigue ou de surmenage, d’électrochocs dans la mélancolie obtiennent d’indiscutables succès. La névrose obsessionnelle est beaucoup moins docile aux traitements physiques et médicamenteux qui n’ont guère d’autre pouvoir que d’atténuer les paroxysmes anxieux les plus dramatiques. La leucotomie préfrontale ne peut être envisagée que chez les malades les plus gravement atteints, chez ceux à qui leur affection interdit toute vie professionnelle, toute activité personnelle ou sociale : elle donne parfois, dans de telles conditions, des résultats excellents. Dans la grande majorité des cas cependant, c’est à la psychothérapie qu’il faut avoir recours et surtout à la psychanalyse, tout en sachant que la guérison ne peut être obtenue dans tous les cas et que la durée du traitement est généralement fort longue.

J. – M. Sutter

cypress hill

« L’ego n’est qu’une ombre, une obsession et une illusion. Toute vie est une – et c’est toi-même. » (Swâmi Râmdâs, philosophe indien, né en 1884 et décédé en 1963). Image : © Megan Jorgensen

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