Québec psychologique

Névroses, psychonévroses

Névroses, psychonévroses

Névroses, Psychonévroses, Névroses infantiles

Les névroses sont des affections nerveuses très répandues, sans base anatomique connue et qui, quoique intimement liées à la vie psychique du malade, n’altèrent pas (comme les psychoses) sa personnalité et, par suite, s’accompagnent d’une conscience pénible et le plus souvent excessive de l’état morbide.

Elles se révèlent cliniquement par un certain nombre de symptômes précis, mais dont la combinaison varie infiniment d’après les individus. Au XIXe siècle, on rangeait parmi ces affections, dites sans lésion, les syndromes ou maladies reconnus depuis comme d’origine organique : épilepsie, chorée, goitre exophtalmique, etc. À l’heure actuelle, ce terme est réservé à un certain nombre d’états cliniquement bien définis, quoique fréquemment combinés : l’asthénie, l’angoisse, la phobie, l’obsession, l’hystérie.

Le nom de psychonévrose est habituellement réservé à ceux d’entre eux dont les symptômes essentiels se compliquent d’une signification psychique frappante. Soit qu’il existe chez le sujet un certain affaiblissement de la conscience de l’état morbide, soit qu’aux signes cliniques d’asthénie, d’angoisse ou d’hystérie simples se surajoute un état mental voisin de la psychose : phobie à cérémonial spectaculaire, obsession détournant gravement le sujet, malgré sa lucidité, de la réalité et de l’activité pratique, épisodes anxieux délirants ; soin enfin qu’il s’agisse d’un état vraiment intermédiaire entre la souffrance consciente et l’interprétation délirante ; ce qui est, par exemple, le cas de la psycho-névrose hypocondriaque.

1. Symptomatologie générale. – Toutes les névroses présentant un fond commun de tableau clinique : dans la sphère psychique, une perturbation affective plus ou moins consciente s’exprimant subjectivement soit par une hyperémotivité endogène et parasitaire (angoisse et émotions dérivées), soit par une coenesthésie pénible (hypocondrie) ou objectivement par la réalisation plastique de fausses maladies corporelles (hystérie) ; dans la sphère psychique, un comportement d’inadaptation à la réalité et au milieu social par impossibilité de se détacher de l’intérêt à soi-même pour consacrer son activité aux buts de l’existence pratique.

A une analyse psychologique plus profonde, un trait reste commun à toutes : l’inassouvissement affectif et sexuel (au sens large), par impuissance à surmonter les conflits de la vie morale intime. Insatisfaction vitale qui se traduit tantôt par les désordres neurovégétatifs – dérivation somatique de l’énergie neuropsychique gaspillée dans ces conflits, – tantôt par des réactions psychiques de défense : hyperexcitabilité de l’appareil neuropsychique d’alerte contre le danger, dans la névrose d’angoisse ; conduite antimaléfique de protection contre des objets rappelant symboliquement les conflits dans la phobie ; actes magiques d’annulation des conflits, dans l’obsession ; conversion dynamique de la tension conflictuelle dans le corps, dans l’hystérie.

Quant à l’épuisement nerveux qui suit la lutte contre les conflits et complique les surmenages émotifs auxquels leur caractère incline les nerveux, il domine dans les états asthéniques. Les névroses sont donc essentiellement des affections psychosomatiques, mais leur accompagnement somatique doit faire l’objet d’un diagnostic différentiel minutieux avec toutes les affections organiques sans localisation précise et leur conditionnement psychique, parfois dissimulé, doit être soigneusement dépisté.

Pour la symptomatologie détaillée des principales névroses, nous renvoyons à chacune d’elles (neurasthénie, psychasthénie, névrose d’angoisse, phobie, obsession, hystérie, hypocondrie).

II. Étiologie. – Les névroses surviennent sur un terrain plus ou moins prédisposé. Si, dans les cas graves, on retrouve souvent une tare héréditaire, comme la syphilis des ascendants guérie (Freud), l’hérédo-alcoolisme, l’hérédo-tuberculose, la consanguinité, c’est avant tout le rôle des influences psychiques du milieu infantile qui paraît devoir être incriminé (familles névropathiques).

Cette prédisposition se révèle depuis la deuxième enfance par l’hyperexcitabilité nerveuse générale et surtout de l’hyperémotivité ; émotivité endogène non justifiée par les événements chez les anxieux ; timidité, scrupule et sentiment d’infériorité chez les phobiques et obsédés ; émotivité de surface, plus vaniteuse que sincère chez les hystériques. Les symptômes, discrets au cours du développement, éclatent habituellement peu après la puberté ou chez l’adulte jeune au contact des premières responsabilités de la vie sociale.

Ils se reproduisent ou s’aggravent à l’occasion des inassouvissements affectifs, en particulier des conflits sexuels intimes et après les échecs sentimentaux, scolaires, professionnels ou sociaux (névrose d’échec) qui affectent le sentiment chatouilleux qui tout nerveux possède de sa valeur personnelle. Les surmenages, surtout émotionnelles, et les causes matérielles d’épuisement concourent au déclenchement des symptômes.

III. Pathogénie. – La plupart des auteurs admettent leur origine psychique ou psychosomatique, en ce sens que les symptômes névrotiques procéderaient d’un trouble de l’équilibre fonctionnel du dynamisme nerveux. Rappelons, à ce propos que des états de névrose ont pu être réalisés expérimentalement chez l’animal par le jeu de réflexes conditionnés, comportant des excitants forts et des oppositions un peu violentes de sensations (Pavlow et quelques auteurs anglo-saxons). Ce trouble de l’équilibre fonctionnel du dynamisme nerveux est l’expression de « conflits » de la vie affective et instinctive, – pour la psychanalyse : confits sexuels. En effet, tous les sujets nerveux apparaissent, dans la perspective de leur évolution affective comme des individus restés accrochés à l’enfance, liés aux parents et à leurs substituts par l’amour et la haine, non parvenus à un comportement sexuel adulte, soit viril, soit féminin : d’où conflits de leurs tendances opposées, infantiles contre adultes, individuelles contre sociales, sexuelles et instinctuelles contre culturelles.

Ces oppositions internes du comportement se résolvent aux dépens de l’adaptation du sujet à la réalité extérieure et st sociale, par un fonctionnement à vide du système émotionnel ; système émotionnel de défens contre le danger (angoisse) ou système d’expression extérieure des émotions (symptôme hystérique).

– L’asthénie névrotique succède principalement aux épuisements : surmenage émotif ou excès sexuels, principalement auto-érotiques. Elle est à différencier de l’asthénie purement somatique des petits états organiques (prétuberculose, insuffisance surrénale, états infectieux frustes, etc.)

L’angoisse, quoique préparée par les situations infantiles terrifiantes (sevrage, traumatismes affectifs), est fréquemment déclenchée par toute situation mettant en jeu une disproportion entre l’excitation sexuelle préliminaire et son assouvissement (cessation brusque de la masturbation, coït incomplet, etc.). son intensification dans la direction de la conscience du corps aboutit à l’hypocondrie.

– La phobie et l’obsession sont des mécanismes secondaires d’adaptation à l,angoisse, qui compliquent celle-ci en la diluant, soit par une attitude antimaléfique qui circonscrit l’angoisse en la localisant, soit par une attitude de conjuration magique des exigences affectives e sexuelles insatisfaites. D’où le « sens » symbolique déchiffrable de ces idées morbides, qui a été exploité par la psychanalyse.

– L’hystérie est d’une pathogénie plus discutée : pour les uns, organicité très discrète n’affectant que les fonctions cérébro-psychiques les plus complexes, pour les autres, état à peine morbide cultivé, sinon entièrement développé, par la crédulité médicale et même à confondre pour quelques auteurs avec la simulation.

On s’accorde à considérer que l’hystérie sporadique, éclose en milieu clos, susceptible de troubler gravement l’existence du malade, est une névrose authentique. Mais dans ses formes collectives, – comme en médecine du travail et en médecine militaire, surtout en temps de guerre – elle apparaît comme une névrose artificielle, créée par les circonstances ambiantes et accessible aux diverses formes de contre-suggestion. C’est à ces derniers états que s’applique le terme créé par Babinski de « pithiatisme ». Quoi qu’il en soit, ne devient pas pithiatique qui veut. Grave ou bénigne, l’hystérie est quelques chose de plus que la simple tromperie ; une aptitude à réaliser pathologiquement quelque intérêt vital secret. A ce titre, quoi qu’elle soit la plus curable d’entre elles, elle a sa place parmi les névroses.

IV. Thérapeutique. – Elle doit être à la fois somatique et psychique. D’un côté, traitement de la dystonie neurovégétative par les agents physiques, les médications endocrino-sympathiques, les calmants et les toniques selon les indications, sans oublier l’hygiène sexuelle, particulièrement nécessaire chez des malades à sexualité toujours auto-érotique ou troublée.

De l’autre, traitement psychothérapique. Celui-ci ne doit pas s’adresser seulement au symptôme, comme on le fait en général pour l’hystérie, mais à l’ensemble de la perturbation de la vie psychique. A base de persuasion forte (plutôt que de suggestion proprement dite) chez l’hystérique-pithiatique, la psychothérapie ordinaire est utilisée chez les autres nerveux sous forme d’une assistance morale, visant à rassurer le malade anxieux, à le soutenir et à le diriger normalement, mais sans cultiver ni sa tendance à vivre sous l’autorité sacrée du guérisseur, ni sa crainte renaissante des maladies. Le psychothérapeute doit, en général, éviter l’attitude moralisatrice, c’est-à-dire chercher davantage à libérer le malade de son sentiment d’infériorité et à lui redonner confiance en lui-même qu’à substituer la personnalité défaillante. C’est la psychanalyse qui obtient les résultats les plus nets et les plus stables chez tous les nerveux aux prises avec des conflits intimes que la psychothérapie ordinaire ne fait qu’effleurer, à savoir les phobiques et les obsédés.

Mais la thérapeutique des névroses doit être avant tout préventive. Car il est beaucoup plus facile, chez un individu nerveux qui n’a pas encore présenté de symptôme défini, d’atteindre les causes de conflit et d’orienter favorablement sa vie sexuelle que de dissoudre les signes cliniques résultat de l’inassouvissement affectif acquis à l’âge adulte, à plus forte raison à l’âge mur.

Engagé dans des situations difficiles de l’existence pratique, il offrira à la médication physique la plus attentive et surtout à la psychothérapie la plus pénétrante une résistance de la nature des habitudes mentales ou des réflexes conditionnels. La prophylaxie de la névrose consistera essentiellement à dépister les premiers indices de névrose infantile, expression des circonstances défavorables du milieu familial et des erreurs d’éducation, de la moralité et du caractère, comme à redresser tout manquement à l’hygiène physique de l’enfant et de l’adolescent.

A. Hesnard.

… Vous savez comme moi qu’il n’est plus aussi facile de faire une distinction nette entre les psychoses, les névroses, les psychonévroses et même, parfois, la schizophrénie. La barrière entre un homme sain d’esprit et un psychopathe ou un névropathe est de plus en plus fragile et, si on suivait certains savants étrangers… (Georges Simenon, Les scrupules de Maigret). Illustration : © Megan Jorgensen
… Vous savez comme moi qu’il n’est plus aussi facile de faire une distinction nette entre les psychoses, les névroses, les psychonévroses et même, parfois, la schizophrénie. La barrière entre un homme sain d’esprit et un psychopathe ou un névropathe est de plus en plus fragile et, si on suivait certains savants étrangers… (Georges Simenon, Les scrupules de Maigret). La clé consiste à trouver la racine secrète d’un symptôme… Illustration : © Megan Jorgensen.

Névroses infantiles

La connaissance des névroses infantiles est doublement importante : d’une part, parce qu’elles constituent l’amorce des névroses, et des grands déséquilibres chez l’adulte ; d’autre part, parce qu’elles sont faciles à détecter dans leurs causes profondes et assez aisément réversibles.

In convient de distinguer les manifestations apparentes et les racines profondes de ces désordres :

a) Les désordres apparents sont des troubles du caractère et du comportement marquant une inadaptation plus ou moins accusée : colère, agressivité, turbulence, indiscipline, ou bien des réactions passives ; caractère buté, renfermé, bouderie, rêverie, paresse, négligence, timidité, hyperémotivité, parfois dépression. Souvent aussi, inadaptation scolaire, hostilité et même révolte envers l’entourage, fugues, vagabondage, vols, etc. Il s’y ajoute parfois des manifestations physiques : énurésie, tics, bégaiement, accidents hystériformes.

La méconnaissance des vraies raisons de ce comportement névrotique fait appliquer à ces enfants les thérapeutiques d’inspiration organique parfaitement illusoires, qui font perdre un temps précieux.

b) Aussi y a-t-il intérêt à rechercher les racines de nature affective qui sont à l’origine de ces états névrotiques. Souvent, c’est l’arrivée d’une petite sœur ou d’un petit frère qui déclenche un accès de jalousie et la crainte d’être frustré de l’affection des parents. D’autres fois, les enfants ont peur d’être abandonnés et, devant une situation difficile qu’ils jugent intolérable, ils se réfugient au stade infantile, dans lequel ils s’étaient sentis parfaitement heureux. L’excès de dureté comme l’excès de tendresse de la part des parents peut provoquer ces réactions.

Le rôle du complexe d’Œdipe avec ses idées secondaires de culpabilité, de crainte de la castration, ne saurait être nié (v. Œdipe, Castration). De même, le sentiment d’infériorité vis-à-vis d’un membre de la famille, d’un camarade, peut déterminer des réactions névrotiques.Chez l’enfant plus grand, et au moment de la puberté, le narcissisme peut être en cause ; mais il y aura surtout des conflits sexuels parfois difficiles à débrouiller.

Les techniques psychanalytiques, si fécondes chez l’adulte, se sont souvent montrées insuffisantes chez l’enfant ; par contre, ces racines affectives peu profondément enfouies et qui viennent volontiers affleurer à la surface, peuvent être aisément mises en évidence par des procédés spéciaux et par des tests de projection : tests de Rorschach, modelage, jeux de guignol de Madeleine Rambert ; mais le dessin, surtout le dessin spontané utilisé pour la première fois par Heuyer et Mlle Mongenstern et reprise depuis par de nombreux auteurs, occupe parmi eux la place la plus importante ; le thème imposé le plus classique est « moi », « ma famille », « ma maison » (Mme Minkowska).

L’enfant, qui se prête volontiers à cette épreuve sans contrainte, arrive parfois à libérer un secret que l’on n’aurait pu obtenir autrement. Il y a dans certaines altérations du dessin de quelques membres de la famille (mains absentes ou disgrâce volontairement recherchée, par exemple), un symbolisme qui éclaire sur les sentiments profonds de l’enfant, mais l’interprétation en est parfois délicate et il faut se garder de déductions trop hâtives.

Cette épreuve permet « de libérer l’enfant de ses manifestations névrotiques, de trouver la racine secrète d’un symptôme évident en lui faisant prendre conscience patiemment de leur mobile réel, jusqu’alors inconnu de lui, et le plus souvent des siens, en intégrant dans le champ de sa conscience claire ce qui n’était alors qu’une force obscure (Maurice Porot).

Ant. Porot.

Anagapique (Névrose anagapique)

Dans un travail basé sur 31 observations, Lévi-Banchini a décrit sous ce nom (Edizione Revista di Psicopatologia, Neuropsichiatria e Psiocoanalisi, Milan-naples, 1953) une névrose assez voisine de la névrose d’abandon et consécutive, soit à des traumatismes psychiques de l’enfance ou de l’adolescence (mauvais traitements physiques ou moraux) soit des attachements excessifs des parents ou de leurs substituts. Toute une série de réactions névrotiques pouvant aller jusqu’à la criminalité en sont la conséquence.

A. P.

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