Québec psychologique

Narcissisme

Narcissisme

Narcissisme, exhibition et exhibitionnisme

Narcissisme

Le terme de narcissisme (qui fait allusion au mythe antique de Narcisse amoureux de lui-même) a été proposé par Naecke, puis appliqué par Havelock Ellis à la perversion sexuelle, qui consiste à se choisir soi-même comme objet érotique.

La Psychanalyse en a élargi le sens, le Narcissisme étant, pour elle, tout ce qu’il y a de sexuel, physique ou psychique, au sens de Freud, dans le comportement individuel relatif au Moi. D’où divers aspects du Narcissisme : dans la mentalité primitive et infantile, la perversion sexuelle, le caractère, la névrose et la psychose.

L’enfant, avant de différencier nettement le monde extérieur de sa personne, traverse une « phase narcissique » de son développement affectif : il croit à la « toute-puissance de ses pensées » et à son action magique sur le monde réel. L’adolescent timide qui cultive le plaisir solitaire et complique sur le monde réel. L’adolescent timide qui cultive le plaisir solitaire et complique son auto-érotisme jusqu’à être amoureux sensuellement de son propre corps, présente un narcissisme érotique. De même, certains pervers parviennent au désir homosexuel en recherchant l’attrait érotique de leur propre personne dans un partenaire de leur sexe, rajeuni ou embelli (homosexualité de type narcissique).

Les névroses et psychoses appelées par Freud narcissiques sont celles dans lesquelles l’intérêt affectif à la propre personne du sujet est tel qu’il rend impossible l’élection amoureuse et, en cas de cure psychanalytique, le transfert sur la personne du médecin. Le type parfait de ces états se réalise dans l’autisme du schizophrène retranché du mode réel dans son monde délirant.

Par extension, on peut dire qu’il y a un narcissisme de certains caractères normaux, de certaines attitudes mentales de l’artiste, du religieux mystique (intériorisation mystique), du philosophe (intimisme, solipsisme, etc.).

A. Hesnard.

Exhibition, exhibitionnisme

L’exhibition des organes génitaux commise en public est un geste attentatoire aux bienséances et réprimé par la loi comme « outrage public à la pudeur ».

Il convient de distinguer, en pratique des faits bien différents les uns des autres.

L’exhibition peut être occasionnelle et fortuite chez quelques infirmes de la sphère ano-génito-urinaire, conduits à des manœuvres insolites sur leurs organes sexuels pour lutter contre une incontinence ou faciliter la miction. En général, l’exhibition est ici involontaire et résulte d’une insuffisance matérielle de précautions ; ces malades prennent soin de cacher leur manège; ils n’ont pas l’intention de scandaliser.

Il n’y a pas non plus de recherche d’un effet impudique chez un certain nombre d’oligophrènes et de déments qui laissent ou font voir leurs organes en public par absence ou par perte de la notion des convenances. La plupart de ces actes se signalent par leur absurdité dans les circonstances même où ils sont accomplis.

Dans d’autres cas, l’exhibition est la conséquence d’un état confusionnel ou crépusculaire transitoire (ivresse, épilepsie ou équivalent), sinon d’un délire (cas du paralytique général de Gilbert Ballet, qui montrait orgueilleusement à son personnel réuni à cette fin ses organes génitaux pour les faire admirer). On l’a signalé sous une forme impulsive dans le comportement de certains anciens traumatisés crâniens.

Il faut encore mentionner, dans le domaine du langage gestuel, l’exhibition truculente à l’intention vexatoire ou injurieuse (exhibition des fesses chez la femme, d’un symbole phallique chez l’homme) sous l’effet de la colère ou d’une autre émotion agressive. On peut signaler enfin une exhibition verbale ou graphique (exclamation scatologique ou lubrique, dessins obscènes sur les murs, dans les urinoirs).

L’exhibitionnisme, proprement dit, réside dans l’accomplissement habituel de l’exhibition. Il est presque toujours le fat des hommes, très rarement des femmes. La région exposée est le plus souvent la verge, parfois celle des fesses. Les « victimes » choisies sont habituellement des femmes adultes, mais aussi des fillettes ou encore de jeunes garçons (homosexuels pédophiles).

Au sens primitive de Lasègue, l’exhibitionniste était le sujet qui, par désir de choquer leur pudeur et sans autre provocation sexuelle, montrait à des tiers sa verge, flaccide ou non, en des lieux publics tels qu’église, promenade ou jardin public, couloir d’immeuble ou encore attirait leur attention d’un poste bien en vue, comme la fenêtre d’un appartement.

Ces sujets prennent des dispositions pour n’être observés qu’à bon escient et ils cachent ordinairement leurs organes prêts à l’exhibition sous un manteau qu’ils écartent au moment propice. C’est dire qu’ils ont connaissance du caractère répréhensible de leur conduite. Ce sont souvent des oisifs, des vicieux, parfois des tarés physiques (hyposades), que leur infirmité rend ridicules devant leurs partenaires dans l’acte génitale normal. Ils manifestent une certaine stéréotypie dans la réalisation de leur passion (choix d’endroit, de l’heure, de la victime) et sont des récidivistes inamendables.

Mais à côté d’eux, il faut faire une place aux satyres pour lesquels l’exhibition est une invitation directe à la copulation, qui se montrent d’ordinaire en érection et accompagnent leur exposition de gestes significatifs, ainsi qu’à certains impuissants torturés par l’érotisme et qui ne se résignent pas à l’abdication.

Il faut surtout considérer les exhibitionnistes par perversion sexuelle pure chez lesquels l’exhibition est seule capable d’amener l’orgasme à l’exclusion du rapport normal. Elle est un substitut complet du coït et les psychanalystes l’interprètent comme une régression de la sexualité au stade narcissique infantile ou encore comme une expression de la négation du complexe de castration.

Il semble que ce soit seulement dans cette dernière forme de l’exhibitionnisme que se rencontre le caractère impulsif de l’acte sur lequel insistaient Lasègue, Boissier, Arnaud, avec lutte angoissante contre l’obsession et soulagement après l’acte.

La perversion est généralement alors accompagnée d’autres troubles névrosiques (doutes, scrupules, phobies) et l’on voit quelquefois le sujet rechercher dans un appoint alcooliques le « courage » de se livrer à cet acte que sa personnalité réprouve.

L’autonomie des obsessions-impulsions en matière d’exhibitionnisme a suscité quelques réserves (Gelma, Carrette). Daumezon a montré l’intrication d’un fétichisme avec d’autres manifestations de déséquilibre et la relative indépendance du syndrome compulsif.

D’une façon générale, les faits sont rarement simples. Mais la personnalité de l’exhibitionniste est presque toujours fuyante et insaisissable ; elle porte habituellement la marque, comme chez tous les honteux de la sexualité, d’un infantilisme affectif.

L’exhibition est d’ordinaire faite à distance, sans commentaires, sans manipulations. Dans d’autres cas, le sujet y associe la masturbation ou se frotte contre une robe de femme (exhibitionnisme onaniste et des frotteurs de Magnan).

La responsabilité pénale des exhibitionnistes est variable selon la catégorie où l’examen permet de ranger le prévenu. Inexistante chez le grand débile et le dément, le délirant, l’épileptique, discutable selon la capacité de résistance chez l’obsédé, elle est évidemment pleine et entière chez les sujets érotiques comme chez les vicieux et les simples débauchés.

Ch. Bardenat.

Narcissisme. « Il y a une certaine dangerosité du narcissisme dans l’obsession de la séduction. » (Guy Bedos, humoriste français). Image : © Megan Jorgensen.
Narcissisme. « Il y a une certaine dangerosité du narcissisme dans l’obsession de la séduction. » (Guy Bedos, humoriste français). Image : © Megan Jorgensen.

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