Québec psychologique

Méthode des tests

Méthode des tests

Tests

(valeur historique)

Depuis K. Cattell qui, en 1890, utilisa pour la première fois ce terme, le test est d’ordinaire présenté comme une épreuve déterminée permettant la mesure d’une caractéristique psychologique chez un individu donné. Mais le développement des techniques projectives a rendu moins précises les frontières entre l’examen clinique et le test, de sorte que Pichot propose aujourd’hui cette définition : « Une situation standardisée servant de stimulus à un comportement qui est évalué par comparaison avec celui d’individus placés dans la même situation afin de classer le sujet soit quantitativement, soit typologiquement ».

Il est classique d’établir des classifications des tests mentaux suivant divers critères, en particulier :

  • Suivant le matériel utilisé : On oppose alors aux tests verbaux les tests non verbaux où sont distingués les tests « papier-crayon » et les tests de performance qui nécessitent des manipulations ;
  • Suivant la signification psychologique : On oppose alors les tests d’efficience qui étudient les aspects cognitifs (intelligence, aptitudes, connaissances) et les tests de personnalité.

Mais, dans tous les cas, un test doit avoir certaines qualités fondamentales, celles d’un instrument de mesure (Husson) :

  1. La fidélité (ou « reliability), c’est-à-dire que le test doit donner des résultats constants et homogènes;
  2. La sensibilité, c’est-à-dire que le test doit avoir une « finesse discriminative » entre les sujets;
  3. La validité, c’est-à-dire que le test doit atteindre effectivement ce qu’il est censé mesurer.

En réalité, parmi les tenants de la méthode, de mieux en mieux admise en pratique psychiatrique, deux attitudes d’esprit s’affrontent :

  1. Les uns affirment leur confiance dans la clinique, qui s’est toujours efforcée de donner précision et objectivité à l’examen. Accueillant donc les tests avec la satisfaction du médecin devant le marteau à réflexes, ils se contentent d’un vérifier la valeur, au mieux empiriquement, par référence à leurs opinions nosologiques et dans l’application, ils n’hésitent pas à « pêcher en eau trouble », peu soucieux d’enfermer leur intuition dans une standardisation étroite.
  2. Les autres affirment que les tests ont, à la manière d’un E.E.G., une pénétration et une certitude auxquelles le clinicien le plus compétent ne peut prétendre, d’autant mieux qu’ils mettent en question l’indécision des descriptions et la confusion des classifications que ces méthodes expérimentales permettront d’ailleurs de rectifier. Mais cette efficacité est conditionnée par la haute technicité de l’épreuve dont la validation fait appel aux vérifications les plus étendues, les plus complètes et dont le maniement ne peut donc être affaire d’improvisation.

Pendant longtemps cette tendance objectiviste s’est affirmée, dans le domaine assez précis des aptitudes, sur des données quantifiables, tandis que la clinique maintenait, dans l’investigation caractérielle et affective, la valeur de son enseignement et la fécondité de l’intuition. Mais les progrès dans les procédés mathématiques de l’analyse factorielle, de l’analyse des variances et récemment de la théorie de l’information (v. Analyse factorielle) font aborder maintenant l’ensemble des problèmes psychologiques et psychiatriques, même les plus embrouillantes et les plus fluides.

Il est tentant de donner raison à l’une et à l’autre des deux familles méthodologiques qui ont été opposées, en distinguant le plan de la recherche et celui de la pratique. La psychiatrie en effet gagnerait à l’étude expérimentale qui réalisent en particulier les méthodes d’analyse du Scatter, c’est-à-dire de ka dispersion des résultats. Certes, dès 1904, Rossolimo avait proposé d’établir, par présentation graphique des rendements à diverses épreuves, une sorte de portrait mental du sujet et depuis, dans cette intention, de multiples « profils » ont été proposés. Mais le but est ici différent. Il s’agit d’appliquer, soit un test comportant divers « subtests », soit une « batterie » de tests, à un ensemble de sujets atteints d’une affection mentale précise et à déterminer un patron psychométrique du groupe nosologique par la valeur moyenne obtenue par l’ensemble des sujets à chacune des épreuves et par la dispersion des résultats autour de cette valeur moyenne.

C’est dire qu’au diagnostic individuel la méthode servira à la recherche systématique. Pichot par exemple a pu étudier avec l’Inventaire de Personnalité de Minnesota les modifications psychologiques produites par divers traitements médicamenteux (1955), tandis que, en dehors de l’étude de la détérioration mentale pathologique qui a fait l’objet de multiples travaux, Rappaport, souvent d’ailleurs de façon assez discutable, a donné un immense travail d’application des principaux tests mentaux aux grands groupes psychiatriques (1945).

Certes, il est permis d’espérer que, avec l’utilisation de tests à valeur structurale et avec l’usage des procédés d’analyse statistique, d’importantes révisions seront apportées dans la psychiatrie.

Toutefois, les progrès dans l’avenir immédiat semblent réservés aux comparaisons intertests empiriques. Sans doute, reconnaît Pichot qui se place dans la perspective objectiviste, « est-il moins satisfaisant pour l’esprit de constater que les schizophrènes, par exemple, sont caractérisés par un déficit dans tel test d’efficience, qui de pouvoir affirmer qu’ils ont une attention faible. Mais il est préférable de commencer par étudier de façon précise le premier point de vue, dont d’ailleurs les applications pratiques sont évidentes, avant de passer à une interprétation que de passer a priori cette interprétation ».

De toute façon, dans la pratique de l’examen individuel, si ces recherches aident évidemment au diagnostic, il faut se méfier des engouements puérils et systématiques des prétendus peseurs d’âmes. Szondi, avec raison, a affirmé « qu’un testeur sans psychologie est plus dangereux qu’un psychologue sans tests ». Ici, l’audace et la prudence se combinent dans une rencontre de la méthode psychométrique et du sens clinique. Le test n’est pas une mystérieuse machine à lire les pensées, puisque, affirme Rey, un fossé existe entre la prise de quelques tests et le diagnostic psychologique, travail complexe de déchiffrement et d’interprétation, semblable à celui du radiologue lisant une épreuve, établie par une simple technique de photographe. C’est alors que le test cesse d’être un substitut économique de la longue observation d’un technicien qualifié, mais dévient un moyen de mettre en évidence des aspects psychologiques que personne ne soupçonnait.

H. Luccioni.

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Les tests d'intelligence mesurent-ils l'intelligence ? Ou bien l'aptitude à passer des tests ? (Megan Jorgensen). Image : © GrandQuebec

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