Québec psychologique

Ivresse

Ivresse

Ivresse

Syndrome neuropsychique réalisé, le plus souvent, par des intoxications aiguës et massives. Le syndrome ébrieux au point de vue moteur est réalisé par une phase d’excitation, puis de titubation, d’incoordination motrice, de dysarthrie, puis d’hypotonie musculaire pouvant aller jusqu’à l’effondrement et l’inertie totale.

Il s’y ajoute même parfois des convulsions et du relâchement du sphincter et d’autres symptômes neurovégétatifs : tachycardie, puis bradycardie, vomissements, troubles pupillaires.

Au point de vue mental, l’ivresse est faite de loquacité, d’exubérance, d’un automatisme plus ou moins agissant, plus ou moins riche en illusions, plus rarement en hallucinations dans la période d’excitation, mais embrumés de confusion et d’obtusion qui va jusqu’à la stupeur complète dans les formes intenses.

Les syndromes d’ivresse sont variables dans leur intensité, leur durée, les réactions qu’ils commandent et leurs suites immédiates et aussi suivant les dominantes symptomatiques.

L’intoxication causale imprime aux diverses ivresses leur cachet propre.

Séméiologie :

1) Les ivresses alcooliques et leur traitement. – L’ingestion immodérée d’alcool chez un non-buveur d’habitude ou survenant comme surcharge chez un alcoolique chronique, donne des accidents aigus d’ivresse. Il y a plusieurs formes de l’ivresse alcoolique :

La forme commune se caractérise par une première période d’excitation psychomotrice progressive avec euphorie, expansion, générosité, sensation subjective de puissance ; il y a des troubles des sensibilités générale et spéciale, qui font naître des illusions plutôt que de vraies hallucinations (Garnier). Puis, apparaissent l’incohérence des propos, la maladresse des gestes, la titubation et, parfois, l’effondrement qui peut aller jusqu’au coma.

À côté de cette forme expansive, il y a la forme triste, plus rare, dans laquelle le buveur exhale son hypocondrie. L’amnésie, consécutive à l’ivresse, est constante pour la dernière période.

Les formes anormales de l’ivresse alcoolique méritent d’être bien connues : la forme sidérante et comateuse d’emblée est réalisée à la suite d’ingestion massive de grosses quantités d’alcool, à l’occasion de paris stupides, par exemple ; c’est celle que prend l’ivresse chez l’enfant auquel on fait absorber de l’alcool. Quelques minutes d’excitation brève, puis le sujet tombe dans un coma qui durera vingt-quatre heures et peut l’exposer à de graves dangers et même à la mort rapide. Les boissons à base d’alcool méthylique entraînent une forme comateuse, prolongée et toujours grave.

La forme convulsive est propre à certains buveurs : crises d’excitation puis convulsions, parfois en série, entrecoupées de demi-réveils confusionnels.

Dans la forme hallucinatoire, rare, bien décrite par Garnier, l’image visuelle souvent terrifiante qui s’impose au sujet, peut l’amener à une réaction tragique (meurtre ou suicide).

La forme délirante se présente, le plus souvent, sous forme d’auto-accusation, qui pousse l’alcoolique à aller s’accuser de crimes imaginaires.

Sous le nom d’ivresse excitomotrice, de manie ébrieuse, Garnier a décrit des raptus d’excitation diffuse avec agitation cohérente pouvant s’exhausser jusqu’à la fureur et entraîner des crimes collectifs. La durée est généralement de quelques heures et l’accès se termine par une crise de sommeil profond avec amnésie total au réveil ; on conçoit l’intérêt médico-légal de ces cas.

Le diagnostic de l’ivresse alcoolique qui ne se basait autrefois que sur des signes d’approche (vomissements caractéristiques, odeur de l’haleine) est grandement facilité aujourd’hui par le dosage de l’alcool dans le sang et son taux, découverte précieuse due à Nicloux. Elle permet, dans le cas d’accidents de la circulation, d’établir la responsabilité d’un chauffeur ou d’une victime. Le dosage est obligatoire dans beaucoup de pays, où existent des laboratoires bien équipés. Il permet aussi de différencier l’ivresse alcoolique d’autres ivresses toxiques (oxyde de carbone, intoxications industrielles).

En tant qu’accident aigu, l’ivresse alcoolique ne paraissait guère jusqu’ici mériter une intervention thérapeutique. Il était plus ou moins admis tacitement qu’il fallait laisser l’ivrogne « cuver son vin » et l’on se tournait à protéger le sujet ivre contre les accidents mécaniques possibles, contre le refroidissement, contre le collapsus cardiaque et surveiller son tube digestif en prévision des complications secondaires (ictère).

On prescrivait par routine des potions à l’acétate d’ammoniaque qu’il n’était d’ailleurs pas toujours facile de faire ingérer.

En fait, on peut abréger et simplifier les suites d’une ivresse aiguë en administrant au sujet qui vient de trop boire, de l’apomorphine pour éliminer un surcroit d’alcool en instance d’absorption et obtenir un effet sédatif que d’autres demandent à un barbiturique d’action rapide (nembutal) ; il est aussi indiqué d’administrer des vitamines à hautes doses (C et Complexe B) ainsi que du chlorure de sodium per os et une boisson glucosée ou du lait.

Dans les cas les plus sévères, on doit avoir recours à certaines drogues à effets psychotoniques puissants : la pervitine, la benzédrine, et les amphétamines (maxiton par exemple qui peut alors être donné par voie intraveineuse en injection lente 1 à 5 cg). L’inhalation prolongée d’oxygène est recommandée par certains auteurs.

2) Les ivresses des toxicomanes. – L’ivresse éthérique est d’apparition très rapide (excitation impulsive parfois, loquacité, érotisme) et tombe rapidement. L’ivresse du « cannabisme » (haschich, kif) est plus lente, se fait par poussées successives et donne une hyperesthésie sensorielle particulière. Elle est parfois suivie de raptus impulsifs.

3) L’ivresse oxycarbonnée mérite d’être connue car elle a donné lieu au point de vue médicolégal à des méprises graves. Elle s’observe surtout dans les intoxications lentes et à petites doses, mais prolongées : le sujet est obnubilé, a de la dysarthrie, des céphalées. Cet état ébrieux peut se prolonger plusieurs jours. Si l’intoxication est plus massive, le sujet glisse rapidement dans le coma.

4) Les intoxications industrielles. – On a signalé des états d’excitation ébrieuse chez des ouvriers travaillant dans le sulfure de carbone ou le pétrole.

5) On rencontre enfin des phénomènes d’excitation ébrieuse, gaie ou coléreuse, dans l’intoxication muscarienne (champignons du type amanite). Les accidents ébrieux surviennent au milieu d’un syndrome digestif grave (vomissements, diarrhée) et peuvent faire croire, au sortir de la table, à une ivresse alcoolique.

Ant. Porot

ivresse

« L'ivresse, c'est le dérèglement de tous les sens. » (Arthur Rimbaud, poète français, né en 1854 et décédé en 1891). Photo : © Megan Jorgensen

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