Québec psychologique

Un peu d’histoire de la neurologie

Un peu d’histoire de la neurologie

La neurologie : Un peu d’histoire

Quelques faits reliés à la neurologie au Québec

Paradoxalement, dans les années 1930, le régime nazi allemand a favorisé le développement de la science psychologique au Québec, notamment en neurosciences. L’Institut neurologique de Montréal a été l’un des grands bénéficiaires de l’exode depuis l’Allemagne de nombreux scientifiques éminents, parmi lesquels on trouve le fondateur de l’Institut neurologique, Wilder Penfield qui avait étudié cette matière durant les années 1920 en Allemagne.

On constate que seules l’Université Columbia à New York et l’Université Washington à Saint-Louis ont attiré autant de scientifiques et d’intellectuels qui ont fui l’Allemagne.

Cette émigration à Montréal de neurologues européens dans les années 30 et 40 a eu deux impacts principaux:

Cette situation a favorisé la diffusion de la psychanalyse ainsi que l’utilisation de la cortisone pour traiter les victimes d’accidents cérébraux. Deux immigrants politiques à Montréal ont contribué grandement au développement de ce secteur de la psychanalyse, soit Miguel Prados, un Espagnol antifranquiste et Frank Stern, un juif allemand de Munich. Ces deux médecins ont joué un rôle important dans la fondation de la Société de psychanalyse de Montréal.

C’est Miguel Prados qui a proposé pour la première fois dans l’histoire de la médecine d’utiliser la cortisone, un traitement qui est aujourd’hui une mesure des plus courantes.

La présence de ces deux scientifiques a contribué grandement à la réputation internationale de l’Institut neurologique de Montréal et du département de psychiatrie de l’Université McGill. Mais l’immigration scientifique européenne ne se limite pas à ces deux hommes. Dans les années 1920-1930, l’Université  McGill a attiré des neurologues de partout dans le monde et plusieurs scientifiques européens, poussés à émigrer suite à la tournure que prenait la politique en Europe, notamment l’arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne et la menace qu’ils représentaient sur tout le Vieux Continent, se sont établis au Québec.

Un autre groupe de scientifiques est arrivé suite à l’intervention du régime soviétique stalinien en Hongrie en novembre 1956, et des neurologues hongrois de réputation internationale ont ainsi rejoint la science neurologique montréalaise.

Curieusement, la communauté scientifique des années 1930, n’a pas condamné immédiatement les expériences et les procédures nazies. La neurologie allemande était très prestigieuse. Par exemple, l’eugénisme était à la mode un peu partout.

De plus, aussi bizarre que cela puisse paraître, la communauté scientifique internationale a parfois été assez tolérante face à certaines expériences. Citons le cas de Georg Schaltenbrand, un neurologue allemand qui a publié pendant la Seconde guerre mondiale des articles concernant la sclérose en plaques. Les résultats de ses recherches reposaient sur des expériences menées sur des prisonniers de camps de concentration nazis. Le «scientifique» a injecté du liquide céphalorachidien de singes aux «cobayes» afin de démontrer qu’il s’agissait d’une maladie infectieuse (les singes avaient reçu préalablement des injections de liquide provenant de patients atteints de sclérose en plaques).

Montréal est devenu aujourd’hui une des villes les plus avancées dans la recherche sur le cerveau humain.

neurologie

La neurologie cherche à comprendre l’homme lui-même (Wilder Penfield), photo : © GrandQuebec.com.

Sclérose en plaques

Des troubles psychiques peuvent s’y observer ; mais les avis sont différents sur leur fréquence. Ombredanne dans une thèse qui fut un des premiers travaux d’ensemble sur la question (Paris, 1929) les déclarait relativement fréquents; mais ainsi que l’a fait remarquer Alliez (Soc. Méd.-Psych., 17 décembre 1951), Ombredanne a groupé sans distinction tous les cas où existaient des modifications légères de l’humeur et du caractère, quelques troubles de l’émotivité en même temps que quelques psychoses graves. Cet état mental habituel discrètement touché et sans grande tendance évolutive a fait l’objet de recherches psychométriques dans les pays de langue anglaise.

Quant aux vraies psychoses, en réalité, elles ne sont pas très fréquentes, comme l’ont souligné autrefois Guillain et plus récemment Marchand. Alliez nous apprend que le service du Pr. H. Roger sur 257 cas de sclérose en plaques passés dans le service en trente ans, il n’a été relevé qu’une dizaine de complications mentales vraiment sérieuses. Tantôt ces psychoses précèdent de quelques mois ou de quelques années les signes neurologiques (cas de X. Abely et Guiraud); plus souvent, semble-t-il, elles apparaissent un certain temps après les signes neurologiques et l’on a vu des accès confusionnels oniriques être synchrones de poussées évolutives et la recrudescence de signes neurologiques. Ces poussées confusionnelles peuvent être un lever de rideau qui sera suivi d’une démence progressive (J. Delay, Soc. Méd. Psych., 11 juin 1951) et l’onirisme hallucinatoire peut amorcer une psychose hallucinatoire chronique.

Quelques cas suivis d’autopsie (en particulier celui de Guiraud et X. Abely) ont montré la présence dans le cerveau de plaques caractéristiques expliquant le déterminisme irréversible de ces accidents chroniques; ces plaques paraissaient bien d’un âge plus ancien que celles de la moelle.

Marchand, Leconte et Ropert (Ann. Méd.-Psych., octobre 1954) qui ont fait une étude anatomo-pathologique d’un cas aigu et une revue générale de tous les cas publiés, ont résumé ce problème des troubles psychiques de la sclérose en plaques de la façon suivante : « Une première distinction doit être faite entre troubles psychiques dits fonctionnels et troubles qui dépendent des lésions cérébrales qui peuvent être réversibles ou non. Il faut les envisager suivant qu’ils surviennent au cours des formes aiguës ou des formes chroniques ».

« Dans les formes aiguës on note une succession de troubles psychiques qui simulent diverses formes psychotiques et qui évoluent vers un état démentiel ».

« Au cours des formes chroniques, le terrain mental sur lequel se développe la sclérose en plaques joue un rôle très important. La personnalité prémorbide du sujet et ses conditions héréditaires entraînent des réactions individuelles, qui peuvent se traduire cliniquement par la dépression ou l’expansion. Chez les sujets ainsi prédisposés les troubles cénesthopathiques peuvent aussi intervenir pour entraîner des idées de persécution ou des hallucinations ».

Ant. Porot.

Pour compléter la lecture :

3 Comments

  1. Lou Martin Ripoll

    2014/09/14 at 7:52

    Comme psychopathologue je suis toujours pour la science, mais jamais avec des cobayes humaines !

  2. Caroline

    2014/12/02 at 8:36

    Savez-vous si la rue Dr. Penfield à Montréal a été nommée en honneur de Wilder Penfield?

  3. Caroline

    2014/12/02 at 8:37

    J’aime beaucoup vos articles, merci!

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