Québec psychologique

Infériorité

Infériorité

Infériorité (sentiment et complexe d’)

Impression pénible d’être inférieur à la normale ou à un idéal désiré, soit dans un secteur déterminé, soit dans tous les domaines.

Toute personne éprouve en bien des circonstances un sentiment d’infériorité. Ce sentiment devient pathologique lorsqu’il est anormalement accentué ou généralisé ou encore lorsqu’il entraîne des réactions psychopathiques. On parle souvent alors de « complexe d’infériorité », expression assez impropre, puisqu’il ne s’agit pas d’un complexe au sens où l’entend la psychologie moderne, mais d’un état élémentaire pouvant entrer dans la constitution de nombreux complexes différents.

L’importance psychologique du sentiment d’infériorité a été reconnue de tout temps, mais l’étude approfondie en est assez récente ; elle est due notamment à Pierre Janet (« sentiments d’incomplétude ») et surtout à Alfred Adler, qui en a fait la base de sa Psychologie individuelle. Pour cet auteur, le sentiment d’infériorité naît dans l’enfance, du fait des déficiences psychiques ou physiologiques de l’individu (infirmités même minimes, insuffisances glandulaires, « lymphatisme », etc.) et du comportement de la société à son égard; le sujet réagit vigoureusement à ce sentiment par le mécanisme de la « compensation » ou même de la « surcompensation » : ainsi prennent naissance l’ « exaltation du sentiment de la personnalité », la « volonté de puissance » (notion empruntée à Nietzche), la « protestation virile » : dans les cas pathologiques, la compensation apparaît impossible sur le plan de la vie réelle et il se produit des réactions désordonnées qui sont les divers symptômes des psychoses et des névroses ou, comme dirait P. Janet, les « conduits pathologiques ».

Quelle que soit l’importance que l’on attribue au sentiment d’infériorité comme facteur psychogène, la clinique le montre au premier plan du tableau symptomatique dans de nombreux syndromes mentaux.

Parfois, il apparait, pour ainsi dire, à l’état de pureté : c’est le fait surtout des cas que l’on rattache, selon les écoles, aux déséquilibres constitutionnels ou aux névroses caractérielles et qui se situent à la limite du normal et du pathologique. Il s’agit de sujets pessimistes, désabusés ; devant un problème à résoudre, une action à entreprendre, ils se sentent certains d’échouer non pas, comme les persécutés, à cause de l’opposition malveillante des autres hommes, mais en raison de leur propre insuffisance ; bien souvent, d’ailleurs, leur manque de foi et d’efficience entraîne l’échec qu’ils redoutaient, ce qu’ils redoutaient, ce qui les ancre plus profondément  encore dans leur attitude d’esprit. Les plus courageux s’acharnent cependant contre leur « mauvaise étoile », mais ils attribuent à quelque hasard heureux les réussites qu’ils obtiennent et continuent de marcher avec désespoir vers un terme qu’ils entrevoient comme la consécration  définitive de leur échec vital ; d’autres se laissent mener par les événements, n’osant rien entreprendre. Il est rare de ne pas observer, chez les uns comme chez les autres, quelque tentative de compensation : on la trouve sous la forme d’une sorte de masochisme moral le sujet éprouvant alors une amère délectation dans le ressassement et dans l’exagération systématique de ses insuffisances, ou encore dans le recours naïf au mythe ancestral de la malédiction, du sort contraire.

Le sentiment d’infériorité est encore évident chez les scrupuleux, chez de nombreux obsédés, chez les mélancoliques présentant des idées d’auto-accusation, d’indignité ou de damnation, chez les hypocondriaques, chez certains déments précoces ou délirants chroniques.

Souvent, au lieu d’apparaître au premier regard, le sentiment d’infériorité est masqué par un remaniement profond de la personnalité et seule une analyse psychologique approfondie permet de la découvrir à la base des constructions pathologiques les plus disparates. Il est peut-être exagéré de prétendre, avec l’école adlérienne, qu’il doit avoir toujours et partout la première place, mais il est certain que son importance est généralement considérable dans les mécanismes de la psychogenèse, car il est toujours un obstacle à une adaptation satisfaisante. L’exemple de la « paranoïa des sensitifs » de Kretschmer est, à cet égard, particulièrement démonstratif, comme l’a montré J. Delay, pour qui cette affection mérite d’être appelée « paranoïa de compensation ».

Bien qu’il n’y ait pas de traitement spécifique du sentiment d’infériorité, il n’est pas exagéré de dire que toute thérapeutique doit en tenir compte et en particulier, on le conçoit, les thérapeutiques psychologiques. En matière d’éducation, son importance n’est pas moins grande, qu’il s’agisse d’enfants ou d’adultes (applications militaires) de pédagogie normale ou de rééducation.

J.-M. Sutter

inferiorite

« Ce que l'on croît de la vanité, résulte souvent d'un complexe d'infériorité. » (Roger Peyrefitte, L'enfant de coeur). Photo : © Megan Jorgensen

Voir aussi :

1 commentaire

  1. Roger

    2014/12/03 at 8:15

    j’pense c’est une question d’confiance en soi

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