Québec psychologique

Arriération mentale, enfants retardataires

Arriération mentale, enfants retardataires

Arriération mentale et enfants retardataires

Enfants retardataires

«L’enfance est un voyage oublié.» (Jean de La Varende, né en 1887 et décédé en 1953. Le Centaure de Dieu).

D’une façon générale, on donne le nom de retardataires aux enfants qui manifestent un retard plus ou moins important dans le développement des fonctions sensorielles, motrices phonétiques et intellectuelles.

Passons en revue les différents éléments du développement normal :

Éveil sensoriel. – À la fin du 1er mois, l’enfant suit du regard ; un bruit le fait tressaillir, il commence à sourire. À 2 mois 1/2, le sourire est électif (l’idiot ne sourit pas).

Mouvement. – Dans les premières semaines, les mouvements ont un caractère hypertonique et athétoïde. À quatre mois se fait l’individualisation des mouvements de la main, avec un retard de vingt-six jours pour la main gauche (Tournay). À neuf mois, l’enfant se tient assis. Les premiers pas se font entre 12 et 15 mois. À 2 ans, l’enfant se relève seul s’il tombe.

Propreté. – À 15 mois, un enfant ne doit plus gâter, au moins dans la journée.

Langage. – L’apparition des premiers mots se manifeste vers l’âge de 18 mois. Les notions fournies par les sens, et particulièrement par la voie auditive, vont servir au développement de l’intelligence.

Intelligence. – Le développement intellectuel se caractérise d’abord par les perceptions actuelles, la reconstitution par la mémoire, les produits fabriqués par l’imagination, les notions concrètes et les abstractions symboliques.

  • Jusqu’à 7 ans, stade puéril : attention, mémoire, imagination.
  • De 7 à 11 ans, stade réfléchi : apparition du jugement et du raisonnement. « Âge de raison » du discernement légal (13 ans).
  • À 11 ans, stade d’assomption (Piaget) : on entre dans le stade rationnel.

Le nom d’ «enfants retardataires » est donné plus spécialement aux sujets qui, lors de la fréquentation scolaire, n’arrivent pas à suivre les classes correspondant à leur âge (« queues de classes ») et subissent, de ce fait, un décalage important.

Parmi ces retardataires, il y a à distinguer des cas assez différents :

a) Les vrais arriérés, déficients de l’intelligence, souvent porteurs de tares physiques et neurologiques, flagrantes ou discrètes.

b) Des insuffisants glandulaires ralentis : hypothyroïdiens ou hypophysaires, porteurs fréquemment de stigmates d’infantilisme, mais accessibles à des thérapeutiques hormonales.

c) Les enfants simplement retardés par une maladie prolongée, un mauvais état général : hypotrophiques, adénoïdiens, asthmatiques, insuffisants respiratoires, cardiopathes, anémiques et surmenés, syphilitiques héréditaires, etc.

d) Certains infirmes sensoriels ou du langage : myopes, astigmates ; sourds ou durs d’oreilles ; aphasiques ou paraphasiques, dyslexiques, bègues, etc.
e) Les cas de simple retard pédagogique : par fréquentation irrégulière de l’école ou changement fréquents d’écoles ; par abandon moral, négligence familiale; par erreur de classement.

f) Les enfants bien doués au point de vue intellectuel, mais que des troubles graves du caractère (turbulence, instabilité) ou une hypermotivité anormale voisine de la névrose, entravent dans leur application à l’étude. On peut ranger aussi dans ce groupe certains arriérés affectifs : enfants oubliés ou rabroués, terrorisés, inhibés dans leurs moyens.

g) Exceptionnellement, il y a comme causes de retard des paresses mentales pathologiques, par accès précoces de dépression constitutionnelle ou acquise, – première ébauche d’une psycasthénie ou d’une disposition périodique.

On voit donc toute l’importance et l’intérêt d’un examen médical et psychologique approfondis en présence d’un enfant signalé comme retardataire, – un certain nombre étant justiciables de thérapeutiques spéciales ou de redressements psychothérapiques.  La détermination du niveau mental à l’aide des tests devra toujours être faite.

En ce qui concerne les mesures d’assistance ou les dispositions pédagogiques à prendre pour les vrais retardataires arriérés, voir Arriération mentale

Ant. Porot.

 

Arriération mentale

Arrêt ou insuffisance du développement des facultés intellectuelles, mettant certains sujets en état d’infériorité plus ou moins grave dans l’adaptation aux exigences de la vie et les possibilités d’instruction.

Le terme d’oligophrénie est de plus en plus utilisé, surtout à l’étranger, pour désigner ces insuffisances mentales.

1° Étiologie

Nombreux sont les facteurs que l’on peut mettre en cause dans ces états d’arriération; les uns sont immédiatement apparents en raison de troubles morphologiques ou de stigmates neurologiques; d’autres sont suspectés par les antécédents: Certaines épreuves de laboratoire.

a) Les facteurs héréditaires sont souvent en cause, soit qu’il s’agisse d’une disposition familiale abiotrophique (il y a des familles d’olygophrènes), soit qu’il s’agisse d’une hérédité toxi-infectieuse: à cet égard, l’alcoolisme des parents tient une place considérable, puis vient la tuberculose, enfin la syphilis.

Dans ces dernières années, l’incompatibilité Rhésus a été signalée chez les parents de petits oligophrènes ayant présenté ou non de l’ictère nucléaire au moment de leur naissance.

b) Ce sont surtout les encéphalopathies infantiles qui sont à l’origine de beaucoup d’arriérations mentales qu’elles s’accompagnent ou non de lésions grossières du cerveau, de modifications du volume de la tête (hydrocéphalie, microcéphalie). En général, en pareil cas, il y a fréquemment association d’accidents convulsifs et de stigmates neurologiques (paralysies diverses, syndromes sous-corticaux, etc.). Ajoutons qu’en ces dernières années, on a insisté sur le rôle des accidents ou infections pouvant atteindre le fœtus (embryopathie, carences alimentaires, intoxications professionnelles, paludisme, rubéole maternelle).

On a également incriminé récemment l’action nocive de certaines infections parasitaires (toxoplasmoses) ; quelques-unes sont mortelles à plus ou moins brève échéance, mais d’autres permettent la survie avec d’importants déficits psychiques.

c) Rappelons le rôle fréquent des traumatismes obstétricaux, de l’asphyxie à la naissance dans la genèse de ces arriérations. Les traumatismes crâniens accidentels pendant les premiers mois ou les premières années de la vie peuvent avoir les mêmes effets de retardement.

d) Les insuffisances endocriniennes sont souvent à l’origine d’arriérations plus ou moins importantes qui peuvent aller de l’idiotie la plus profonde à de simples retards qu’un traitement glandulaire peut corriger (crétinisme, myxcedème et autres insuffisances thyroïdiennes et hypophysaires); le mongolisme avec ses stigmates morphologiques spéciaux peut en être rapproché.

e) Enfin, on a décrit récemment aussi des oligophrénies en rapport avec des troubles du métabolisme et l’olygophrénie phénylpyruvique en est un exemple intéressant avec ses perspectives thérapeutiques (acide glutamique).

2° Symptomatologie

a) Niveau mental. – Le niveau mental des arriérés est plus ou moins abaissé et leur âge mental est nettement inférieur à l’âge réel. La détermination de ce niveau mental se fait à l’aide des tests. Ce niveau va de la simple débilité jusqu’à l’idiotie, profonde en passant par l’imbécillité.

Il est important dans la pratique de chercher à savoir les chances qu’un arriéré a de progresser:

Si le sujet a plus de 15 ans, si à plus forte raison c’est déjà un adulte, le classement trouvé est définitif.

Si le sujet est jeune, ses chances de gain augmentent avec l’importance du quotient intellectuel.

L’âge mental de 10 ans montre la fin d’une évolution psychique, le commencement d’un rendement intellectuel. C’est à cet âge que l’enfant est capable de formuler un jugement objectif, de critiquer une situation au point de vue logique. Il correspond au cours moyen des écoles primaires qui comporte surtout l’enseignement des mécanismes scolaires. Au-delà, on apprend à l’enfant à se servir de ces mécanismes grammaticaux et arithmétiques.

L’arriération mentale peut se révéler dès les premiers mois de la vie aux yeux de parents attentifs (retard de l’attention, de l’intérêt affectif, retard du langage). Mais c’est surtout à l’âge scolaire qu’elle se manifeste avec le plus d’évidence, les acquisitions didactiques se révélant difficiles ou impossibles.

b) Manifestations associées. – L’arriération mentale, suivant ses facteurs étiologiques, peut être simple: elle est le plus souvent associée à de l’arriération physique (retard du développement corporel, infantilisme, retard de la marche, du langage) et, surtout, à des manifestations neurologiques, organiques ou endocrinologiques diverses, ainsi qu’à des convulsions.

Rappelons qu’il existe aussi une arriération affective : enfants oubliés ou malmenés, inhibés dans leurs moyens. Il peut y avoir un véritable infantilisme affectif qui simule le déficit intellectuel.

En présence d’un enfant suspect d’arriération mentale, il convient enfin de déterminer si des éléments secondaires d’ordre caractériel (instabilité, turbulence, perversité) ne viendront pas compromettre les efforts pédagogiques qu’on peut entreprendre en faveur de son relèvement.

3° Le point de vue social

L’arriération mentale pose un certain nombre de problèmes sociaux et pédagogiques sur lesquels, depuis plus d’un siècle, se sont penchés médecins et éducateurs (Itard, 1801; Pinel, 1809).

Dans une première période (Ire clinique), on se contenta de créer pour les gros arriérés des services ou des établissements spéciaux. Le nom de Bourneville reste attaché aux études anatomo-cliniques faites au XIXe siècle. La théorie de la dégénérescence pesait alors de tout son fatalisme sur ces déshérités.

Pourtant déjà, de 1837 à 1850, un Français expatrié en Amérique, Seguin, inaugurait l’ère pédagogique et fondait près de Boston les premières classes pour arriérés. Les frères de la Charité, à l’Hospice Guislain de Gand. en 1857, employèrent les premiers la méthode sensorielle dont s’inspirèrent plus tard Mme Montessori, le D. Declory. L`Allemagne créa, en 1867, la première classe d’Europe pour arriérés.

Avec la mesure de l’intelligence par les tests créés entre 1905 et 1910, par Binet et Simon, commence une ère psychométrique qui permettra une meilleure incrimination et une meilleure orientation des arriérés. Ces premiers travaux sont complétés par ceux de Terman, Declory, Mlle Desoeudres, Claparede, De Sanctis, Bovet, Lahy, Lagache, Piaget, Rorschach, Rey, Vermeylen, Heuyer, etc.

En France fut promulguée, le 15 avril 1909, une loi créant des classes de perfectionnement, des écoles autonomes et des décrets réglèrent leurs conditions de fonctionnement. Cette loi a déçu bien des espoirs et soulevé un certain nombre de critiques; elle a un caractère simplement facultatif et non obligatoire; le nombre des classes ou établissements créés reste très au-dessous des besoins. Le rôle du médecin spécialiste n’avait pas, au début, toute l’importance souhaitable, d’où absence de sélection à l’entrée et encombrement par d’autres catégories d’anormaux (instables, pervers caractériels), qui ne sont pas à leur place.

Mais l’initiative privée, le Service social des Écoles, qui s’est beaucoup développé en ces dernières années, la création de nombreuses consultations de neuropsychiatrie infantile, sont venues atténuer les insuffisances initiales.

Dans la pratique, quand on se trouve en présence d’un enfant arriéré, un premier examen direct et surtout l’emploi de tests permettront de voir s’il est éducable ou non :

éducable, il relèvera des classes de perfectionnement du domaine pédagogique. Si l’enfant présente des tares graves du caractère, il devra être envoyé dans un internat pour anormaux, s’il en existe ; inéducable, il tombe dans le domaine de l’assistance et s’il est profondément déchu (idiot, imbécile), il sera justiciable des hôpitaux psychiatriques, de leurs sections spéciales quand elles existent. S’il ne présente pas de grosses tares, on peut le maintenir dans la famille, quand c’est possible, ou alors le placer dans des établissements spécialisés, non soumis à la loi de 1838.

La thérapeutique proprement médicale de l’arriération intellectuelle doit viser d’abord les facteurs étiologiques qui ont pu être décelés : hérédo-syphilis, insuffisance glandulaire, etc.

On a fondé dans ces dernières années de grands espoirs dans le traitement des oligophrénies, sur l’acide glutaminique qui présente une importance de premier ordre dans le métabolisme et les échanges intermédiaires et de façon toute particulière dans ceux de la cellule nerveuse (Weil-Malherbe, 1936). Chez les oligophrènes il a donné des résultats intéressants à plusieurs auteurs, spécialement dans l’oligophrénie phénylpiruvique (J. Delay, Laffon). Mais pour Donnadieu et Achalle qui l’ont donné à forte dose et pendant assez longtemps, il ne semble pas que la progression obtenue, mesurée par les tests appropriés, soit supérieure à celle que le développement normal par rapport à l’âge peut expliquer.

Ant. Porot.

Syndrome de Laurence-Moon -Biedl-Bardet : État d’idiotie s’accompagnant d’un syndrome adiposo-génital avec polysyndactylie et retinite pirmentaire.

La volonté est l'intelligence et l'intelligence est la volonté (Jean Buridan, philosophe scolastique français). Image : © Megan Jorgensen.
La volonté est l’intelligence et l’intelligence est la volonté (Jean Buridan, philosophe scolastique français). Image : © Megan Jorgensen.

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