Québec psychologique

Agnosies

Agnosies

Agnosies en psychiatrie

(Du grec privatif, et connaissance)

Définition : On désigne sous le terme d’agnosie des déficits psycho-sensoriels entraînant l’incapacité de reconnaître les objets d’après leurs qualités sensorielles, cependant que les fonctions sensorielles élémentaires (vision, audition, sensibilités superficielle et profonde) sont intactes.

Les agnosies se présentent sous des formes très diverses selon les fonctions sensorielles intéressées : agnosies tactiles, agnosies auditives, agnosies visuelles ; le schéma corporel, résultante plurisenso-rielle complexe, est également atteint de déficits similaires qu’on appelle asomato-gnosies. Les domaines gustatif et olfactif, moins différenciés chez l’homme, restent mal connus.

I. Agnosies tactiles. – Avec Delay on peut distinguer :

1° Des agnosies primaires ou agnosies perceptives dans lesquelles le trouble de la reconnaissance porte sur les qualités des objets, soit qualités spatiales (amorphosrnosie) : forme, volume ; soit qualités de contexture substantielle (anhylognosie) : température, dureté, poids, rugosité.

2° Des asymbolies tactiles ou agnosies sémantiques : c’est l’astéréognosie proprement dite: formes et substances sont bien analysées, mais l’identification de l’objet, de sa valeur, de son utilisation, n’est plus possible, ou ne l’est qu’à force de déductions ou de suppositions. Le trouble est habituellement unilatéral.

Localisations : dans les agnosies perceptives, les lésions essentielles se trouvent dans la zone post-centrale intermédiaire (champs 2 et 5 de Brodmann). L’asymbolie tactile correspond le plus souvent à des lésions pariétales gauches (ch. 7 et 40) et se trouve alors associée à d’autres déficits (apraxie, aphasie, asomatognosie); parfois on l’a rattachée à des lésions calleuses, préfrontales, précentrales.

II. Agnosies auditives. – Elles sont encore peu connues.

1er Dans les agnosies auditives globales ou surdités psychiques, les bruits (froissement, Monnaie, cris, cloche) ou parfois certaines de leurs qualités seulement (intensité, rythme. localisation) ne sont plus reconnus.

2e Dans les amusies, l’agnosie est réduite au domaine du son musical, à l’appréhension de la ligne mélodique et des structures harmoniques. Elle est généralement associe à une aphasie sensorielle.

3e La surdité verbale en est une autre spécialisation. Localisations : elles restent discutées. On incrimine généralement des lésions bilatérales des lobes temporaux, mais plus particulièrement l’aire 22 (Brodmann) gauche. Les lésions des radiations acoustiques semblent jouer un rôle important.

III. Agnosies visuelles. – Étant donné l’importance de la vision chez l’homme, il n’est pas surprenant que les agnosies visuelles aient donné lieu à une séméiologie plus riche. Elles se présentent sous des aspects cliniques très variés dans lesquels s’associent souvent des déficits complexes touchant les fonctions visuo-motrices, spatiales, la pensée symbolique et le langage. On peut les schématiser comme suit :

1° Agnosies visuelles pures

a) Agnosie des couleurs. – Le trouble peut porter sur la reconnaissance des couleurs, de leurs nuances, de leur assortiment et leurs oppositions (épreuve des écheveaux de laine), parfois seulement sur leur évocation de mémoire (couleur du sang, du ciel), ou même sur leur nom. La notion de blanc et de noir est généralement conservée; celle du rouge l’est encore quelquefois.

Localisation généralement admise: l’aire péristriée gauche (ch. 19), notamment dans les secteurs des circonvolutions O2 et O3. Les radiations optiques sont souvent atteintes, d’où hémianopsie latérale homonyme droite.

b) Agnosie optique des objets concrets. – Le sujet est incapable de reconnaître par la vue les objets, personnes, meubles, etc. Cependant, il y parvient parfois par quelques indices de détail, ou quand l’objet se trouve dans son cadre familier. On observe ici le phénomène de paragnosie (fausses reconnaissances d’objets) et de persévération (intoxication par l’objet). Il est remarquable que les représentations et rêves visuels de ces sujets sont très pauvres.

L’agnosie optique des objets est souvent associée à des agnosies voisines: alexie, agnosie des couleurs et des images, dyschromatopsie, paralysie psychique du regard.

Localisation: les deux lobes occipitaux sont presque toujours atteints, avec prédominance pour le gauche. Les lésions intéressent la substance blanche de l’aire péristriée (ch. 19) aux confins des zones pariétale (pli courbe) et temporale (lobules lingual et fusiforme).

Des lésions du splenium du corps calleux ont également été mises en cause.

2° Agnosies visuelles en corrélation avec la pensée symbolique

a) Alexies : Des distinctions s’imposent :

1) l’alexie optique pure, sans agraphie ni troubles du langage intérieur. Le trouble porte exclusivement sur la lecture des textes écrits (et des notes musicales). Les lettres sont parfois reconnues, mais leur valeur phonétique est oubliée. Le sujet reconnaît quelquefois mieux les ensembles (mots) que les lettres isolées, il y a toujours une hémianopsie latérale homonyme droite. Localisation : c’est l’alexie sous-corticale occipitale gauche (circonvolutions externes) avec atteinte des radiations optiques.

2) Dans l’alexie optico-agnosique, aux troubles précédents s’ajoutent l’agnosie des couleurs, l’agnosie des objets, des éléments d’agnosie spatiale.

Localisation : la lésion déborde alors sur le cortex occipital (O2, O3).

3) L’alexie avec agraphie: l’écriture est abolie. L’alexie, moins profonde, consiste plutôt dans l’incompréhension des phrases.

Elle est compliquée de paralexie (confusion ou immixion de mots) et d’éléments aphasiques.

Localisation : c’est l’alexie corticale pariétale où les lésions du pli courbe gauche sont essentielles.

b) Acalculie. – Proche de l’alexie des lettres se trouve l’alexie des chiffres et des signes arithmétiques, qui ne lui est pas nécessairement associée et qui ne comporte pas ipso fado l’agraphie des chiffres.

Cependant, les troubles du calcul proprement dits peuvent être d’un autre ordre que l’alexie numérique ; ils s’apparentent bien plutôt à l’apraxie constructive et à l’aphasie. Dans le syndrome de Gertsmann, ils sont associés à des troubles somatognosiques.

Localisation : circonvolutions occipitales externes, aux confins pariéto-temporaux (pli courbe).

c) Agnosie des images et des figures symboliques. – Le sujet ne reconnaît pas les formes géométriques élémentaires, les figures simples (drapeau, cœur), l’heure sur le cadran. L’apraxie géométrique et l’alexie optique l’accompagnent souvent, parfois l’agnosie des couleurs. Sa localisation n’a pu encore être distinguée de celle de l’agnosie des objets.

3° Agnosies spatiales

Outre les troubles de la localisation des objets dans l’espace (distance absolue, distance relative de deux objets) et de la vision des volumes, on range sous ce nom des troubles optico-moteurs : paralysie psychique du regard de Balint (le regard adhérent à un objet ne peut être déplacé sur un autre objet) ; ataxie optique (regard sans cesse en mouvement, ne pouvant se fixer sur aucun objet, lecture très difficile), généralement associée à des troubles de l’orientation spatiale, du dessin et de l’écriture, troubles de l’attention optique; perte en masse de la mémoire topographique (rues, lieux, pièces d’appartement).

Localisation supposée: partie dorsale et médiale des lobes occipitaux (droit et gauche), notamment de l’aire parastriée (ch. 18).

4° Agnosie des physionomies

Spécialement étudiée dans ces dernières années, parfois sous le nom de Prosopagnosie (Bodamer, 1945). Signalons en particulier les études de : Hecaen, Ajuriaguerra, Angelergues, (Encéphale, 1952, n° 4), et Angelergues, Hecaen, Bernhart (R.N.T., 96, février 1957, p. 125).

Il y a des formes pures ne portant que sur la physionomie, et des formes associées à d’autres agnosies visuelles: couleurs, formes, objets et localisation spatiale, etc.

Les documents concernant la localisation anatomique sont parfois contradictoires (lésions droites occipitales ou oceipito-pariéto-temporales pour l’agnosie des physionomies, et lésions gauches pour l’agnosie pour les choses).

IV. Troubles de la somatognosie. – De la pathologie du schéma corporel, connaissance et expérience du corps, nous ne retiendrons que deux tableaux cliniques particulièrement systématisés:

1° L’hémiasomatognosie gauche (syndrome d’Anton-Babinski), qui se superpose généralement à une hémiplégie gauche avec troubles de la sensibilité profonde. Elle se présente à divers degrés ; tantôt sensation d’étrangeté plus ou moins douloureuse de rhémicorps pouvant aller jusqu’à des interprétations délirantes plus ou moins fantastiques (somatoparaphrénie) le concernant : «de la viande», «un serpent mort», «une jambe de vieil homme»; enfin, c’est parfois un sentiment d’absence pure et simple de l’hémicorps.

Ces troubles dans lesquels s’amorce ainsi une véritable psychopathie en miniature, sont accompagnés parfois de moria ou d’apathie.

Localisation: si le rôle du thalamus est discuté, l’accord est à peu près unanime sur la localisation pariétale inférieure droite.

2° Le syndrome de Gertsmann est une constellation d’agnosies, l’élément essentiel est l’agnosie digitale, incapacité de distinguer, de montrer, de dénommer et choisir les doigts (surtout les 3 doigts du milieu) de sa propre main pu de celle de l’observateur. Elle est associée à une désorientation droite-gauche, entraînant des troubles de l’orientation spatiale, à l’acalculie et à l’agraphie. Souvent, il y a en outre apraxie constructive et apraxie de l’habillage.

Localisation: zone de transition entre le pli courbe et O2 (ch. 39 et 19) de l’hémisphère gauche.

Th. Kammerer.

Syndrome de Gertsmann

Trouble intéressant les fonctions gnosiques et praxiques, caractérisé par une apraxie digitale (impossibilité de montrer, de dénommer les doigts de la main sur interrogation), indistinction de la droite et de la gauche, acalculie et agraphie pure, non liées à un trouble du langage intérieur et simplement en rapport avec la désorientation spatiale.

L’apraxie constructive est très souvent attachée à ce syndrome. Ce dernier est en rapport avec une lésion de la région pariétale inférieure droite, spécialement du carrefour pariéto-occipital.

Closing-in

Nom donné par Mayer-Gross à l’attitude des malades qui persistent à adhérer aux modèles et aux gestes qu’on leur a demandé de reproduire.

Le sujet prié d’imiter les gestes de l’observateur, peut aussi mettre ses mains contre les mains de celui-ci.

Ajuriaguerra a proposé le terme d’« accolement au modèle » pour ce phénomène qui se rencontre dans les cas d’apraxie constructive.

Mayer Gross l’expliquait par la peur de l’espace vide entre le sujet et l’objet.

Muncie l’interprète comme la difficulté d’exécuter, par un travail de symbolisation, la copie abstraite d’un modèle concret.

A.P.

Amusie

Synonyme = surdité tonale, musicale. Peut être intégrée dans une perte totale de l’audition d’origine centrale, par atteinte bilatérale des lobes temporaux, mais peut en être dissociée. Pfeiffer invoque l’atteinte des circonvolutions temporales transverses gauches. Feutchwanger en fait un phénomène mnésique intégré dans le langage; il considère que la véritable amusie sensorielle est en rapport avec l’organisation mélodique et rythmique en conclut que musique et langage ne peuvent dépendre d’une localisation séparée. Aussi l’amusie est-elle surtout fréquente dans l’aphasie.

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