Québec psychologique

Vieillir sans dégénérer

Vieillir sans dégénérer

Vieillir n’est pas nécessairement dégénérer

Des chercheurs de l’université de Sherbrooke s’efforcent de présenter une nouvelle approche du vieillissement : celle de l’actualisation de soi que deux psychologues américains, Abraham Maslow et Carl Rogers, ont popularisé.

L’actualisation de soi, c’est la capacité de chacun de développer son potentiel psychologique et de l’exercer dans les diverses situations de la vie.

Plutôt que de marquer un déclin, le troisième âge est un temps de croissance, de dynamisme, d’intégration des possibilités de la personne. Considérer cette étape de la vie comme une phase de dégénérescence est une fausse perception à classer au rayon des mythes avec le préjugé de la personne âgée incapable d’apprendre, tournée vers le passé, solitaire et dépendante.

Pour le chercheur Gilbert Leclerc, directeur du programme d’enseignement et de recherche en gérontologie à l’Université de Sherbrooke, les principaux traits des personnes âgées qui s’actualisent bien sont : vivre magnifiquement bien le temps de grande liberté que donne la retraite et faire montre de créativité dans la manière d’organiser le temps libre.

Elles regardent le passé sans aigreur et avec une grande satisfaction de ce qu’elles ont accompli. Leur attitude face à l’avenir est positive : elles ne condamnent pas les valeurs différentes de la société et ne craignent pas la mort. En général elles sont très actives aux plans physique, intellectuel et social.

Bref, vieillir n’est pas nécessairement synonyme de dégénérescence. M. Leclerc croit que les personnes âgées peuvent se maintenir alertes à tous les points de vue jusqu’à ce que leur infrastructure se mette à décliner. Cette cassure peut se produire enter 75 et 85 ans et entraîne alors une détérioration psychologique.

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Vieillir, ce n’est pas ne rien faire! Photo : © GrandQuébec.com.

Le troisième âge, renchérit M. Leclerc, fournit aux personnes âgées l’occasion de trouver le rôle qu’aucun autre groupe d’âge ne peut remplir à leur place. «Ce rôle consiste à rappeler au monde que les valeurs d’être priment sur celles de l’avoir, que le développement global de la personne est plus important que le développement professionnel et que la collaboration, le partage et l’amitié l‘emportent sur le rendement, l’efficacité et la compétition».

(La Presse, 23 novembre 1991).

Dégénérescence

Dans son acception courante, le mot « dégénérescence » signifie dégradation progressive, abâtardissement.

C’est Morel qui, un des premiers, en 1857, introduisit ce terme dans la psychiatrie. Il le définissait : « Une déviation maladive d’un type primitif ». Mais Morel eut le mérite d’associer la psychiatrie à la médecine générale, refusant de séparer les tares psychiques des tares physiques.

Mais c’est surtout avec le célèbre aliéniste français Magnan, à la fin du XIXe siècle, que la notion de dégénérescence s’élargit du côté de la pathologie mentale, tant au point de vue étiologique qu’au point de vue d’une classification clinique des faits observés. Dans son livre avec Legrain sur les dégénérés, en 1895, il définissait la dégénérescence : « l’état pathologique de l’être qui, comparativement à ses générateurs les plus immédiats, est constitutionnellement amoindri dans sa résistance psychophysique ».

La classification de Magnan comprenait deux grandes catégories :

a) L’une correspondait au premier groupe de Morel ; celle des aliénations survenant chez des héréditaires ou, pour mieux dire, chez des prédisposés dans lesquels il distinguait les prédisposés simples (manie, mélancolie, folies intermittentes et délires chroniques) et les prédisposés avec dégénérescence (tous les états de l’arriération, de l’idiotie à la débilité, les « folies avec conscience », la manie résonante, les états délirants). C’est dans ce deuxième groupe que l’on trouve les stigmates de la dégénérescence auxquels on attachait une grande importance (v. stigmates).

b) L’autre réunissait les altérations qui ne sont qu’un accident de la vie d’un homme normal : délires névrosiques, hystérie, épilepsie, folie toxique, états organiques.

Ainsi se trouvait réalisée, pour la première fois, la séparation très nette entre psychoses constitutionnelles ou dégénératives et psychoses accidentelles.

La notion de dégénérescence connut une grande faveur; elle pesa lourdement sur toute une génération et eut des répercussions graves en médecine légale. Les criminologistes italiens invoquèrent de déterminisme fatal héréditaire et le criminel-né de Lombroso, avec ses stigmates, en fut une des expressions sensationnelles. L’hypertrophie de cette théorie fut cause de sa ruine. Gilbert Ballet et son élève Genil-Perrin, en 1913, en firent la critique, montrant qu’au point de vue étiologique, le mot restait vague et variable et qu’au point de vue clinique, il était imprécis.

Actuellement, le vocable de « dégénéré » s’emploie de moins en moins, même en milieu d’expertise, où l’on en avait beaucoup trop abusé, puisqu’on était allé jusqu’à parler de dégénérés supérieurs et de dégénérés inférieurs.

On trouve cependant encore, dans certaines nomenclatures psychiatriques les expressions de délires polymorphes des dégénérés; de « bouffées délirantes des dégénérés » qui correspondent à des manifestations épisodiques difficilement classables (v. ces mots).

Il reste toutefois de l’œuvre de Magnan une moisson clinique fort riche et René Charpentier faisait très justement remarquer que l’on passait sans solution de continuité de la notion d’hérédité et de l’idée de dégénérescence à la doctrine des constitutions morbides (Dupré, Delmas et Boll) qui connut ensuite une grande faveur et s’élargit aujourd’hui du côté de l’endocrinologie et de la biotypologie (v. Constitution).

Quant à l’hérédité, elle a suscité depuis de nombreux travaux spécialement en ce qui concerne l’application des lois mendeliennes à certaines affections mentales.

Ant. Porot

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