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Les Katangais

Les Katangais

Les Katangais

Avec la condamnation, de trois des membres de la bande qui, en mai et juin 1968, avait tenté d’imposer  sa loi dans la Sorbonne en révolte,  c’est terminée une tragi-comédie à laquelle se mêle l’assassinat d’un « dur ».

Ses acteurs ? Quelques garçons d’un peu plus de vingt ans qui reçurent en allusion à leur condition de bagarreurs, le nom de « Katangais », bien qu’aucun d’entre sus n’ait eu à voir quoique ce soit avec les mercenaires africains. Ils travaillaient « pour l’amour de l’art – de l’intimidation » et trouvèrent dans la révolte des étudiants un prétexte idéal et soudain pour se manifester.

L’histoire a pour début ces fameuses nuits où la Sorbonne ressembla plus à une caserne ou à un centre révolutionnaire assiégé qu’à une université.

Derrière les étudiants qui tenaient des réunions de travail ou s’amusaient ensemble, se profilèrent peu à peu jusqu’à vingt-cinq jeunes gens, certains d’entre eux vêtus d’uniformes militaires, probablement chapardés, qui spontanément s’offrirent pour  « maintenir l’ordre dans les locaux universitaires ».

Qui étaient-ils ? Presque tous avaient une profession qu’ils avaient abandonnée pour se regrouper en raison d’une seule affinité : l’insatisfaction et le désire de l’exprimer.

Au début, les leaders étudiants, qu’ils soient anarchistes, prochinois, procubains, socialistes tout simplement ou même communistes orthodoxes, acceptèrent avec empressement cette aide inattendue.

Les « Katangais » étaient armés – oh!, très peu (un fusil antique, quelques poignards, un revolver parfois composaient leur armement) et, si sûrement, on désirait qu’ils n’eussent pas à utiliser leurs armes, celles-ci inspiraient le respect à ceux qui auraient désiré attaquer les comités rebelles.

Mais vint ensuite un moment où les « Katangais » résolurent de prendre eux-mêmes le commandement. Au mois de juin 1968, après une bataille rangée où, heureusement, les armes ne furent pas utilisées, les étudiants les expulèrent.

Le second acte de la tragi-comédie allait commencer. Les « Katangaias », par petits groupes, se dispersèrent en France accompagnés de quelques filles connues à la Sorbonne.

C’est ainsi que le 26 juin 1968, dans un de ces groupes, pour une question de jupons était assassiné d’une balle dans la nuque, « Jimmy le Katangais », dont on ne connut la véritable identité que plusieurs jours après, et qui jusque-là avait capitané la bande.

Le 14 juillet, en diverses villes de France, onze « Katangais » avaient déjà été arrêtés. Dépourvus de tout, sauf de casques et de masques anti-gaz, les autres membres de l’équipage, qui étaient restés dans les alentours de Paris, se livraient à la rapine dans des conditions particulièrement précaires.

Se faisant passer pour étudiants, avec la complicité de quelques filles écervelées, ils ne tardèrent pas, signalés par leurs cheveux longs, leurs bottes et leurs accoutrements militaires, à tomber aux mains de la police. Le troisième acte se termina en Normandie avec l’arrestation des quelques autres et le rideau vient de tomber sur le dernier acte, devant le tribunal correctionnel où trois « Katangais » furent condamnés à 6,5 et 4 mois de prison.

C’étaient les moins violents. Ils étaient seulement accusés d’avoir maltraité pendant une heure et demie un étudiant en médecine non conforme. Leur victime, traitée à l’infirmerie de la Sorbonne, où l’avaient transportée les autres étudiants, s’en tira avec dix jours d’incapacité de travail.

« Jimmy le Katanagais »,  le chef exécuté par un certain Christian Maricourt, alias Claude Maresco, fut identifié comme Jean-Claude Lemire, originaire de la banlieue de Paris où il exerçait la profession de chauffeur-livreur, avant de venir prendre le commandement de la bande à la Sorbonne.

Quant à « Gilda la Tahitienne », la fille qui avait été le mobile de l’unique mort de la tragi-comédie, elle s’était, après l’assassinat, réfugiée dans un couvent parisien et son père est un pilote d’une compagnie commerciale. C’est « par amour » qu’elle avait ouvert la maison de campagne de ses parents aux « Katangais » en retraite.

Cette histoire représente un des aspects de la révolution de mai 1968 avec l’apparition des « Katangais ». La fin de leur brève équipée a servi pour démonter un des nombreux cas de collusion involontaire entre les étudiants réformistes et révoltés et des éléments douteux venus se joindre à eux pour profiter des désordres dans des buts plus ou moins avouables.

23 janvier 1969, France Journal

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