Des nouvelles pas fraîches

Loi martiale à Winnipeg

Loi martiale à Winnipeg

Proclamation de la Loi martiale à la suite d’une sanglante émeute

Winnipeg – Le sénateur G. Robertson, ministre du travail, a déclaré, hier soir, qu’il ne savait pas si la grève était réglée. Des rumeurs existaient, hier soir, à l’effet que la grève était terminée. La police a fait 21 arrestations au sujet de l’émeute, dont six femmes.

La journée de samedi

À deux heures et demi, le 21 juin 1919, environ 20 mille personnes étaient massées rue Main, près de l’hôtel de ville de Winnipeg. Il semble que la majorité de ces gens étaient des grévistes. On voulait voir une parade, «parade silencieuse» des soldats faite dans le but d’abolir les barrières élevées contre la propagande en faveur de la grève générale.

Peu avant deux heures et demie, une bagarre eut lieu rue du Marché, à l’est du parc de l’hôtel de ville. Vers le même moment,  un tramway passa dans la foule, rue Main, avec les plus grandes difficultés. La foule semblait devenir aigrie.

Et à ce moment précis un tramway de l’avenue Portage s’approche transportant plusieurs passagers pour la plupart des femmes et des enfants. Comme il atteignait la rue du Marché la foule se mit à crier, lui enleva sa perche et lança quelques pierres. Les femmes et les enfants sortirent immédiatement du tramway et se mêlèrent  à la foule sans avoir reçu aucune blessure. Le garde-moteur et le contrôleur restèrent dans leur tramway et ce lieu changea subitement en une scène de bataille.

Des pierres aux soldats

En effet o9n entendit dans la foule ce cri funeste : «Voila les soldats sanguinaires!» et à l’encoignure de la rue Main on vit s’approcher en ligne serrée les tuniques rouges de la Police à Cheval du Nord-Ouest.

Ils couvrirent la rue d’une gouttière à l’autre, se divisant lorsqu’ils passaient devant le char délaissé. Immédiatement un cri de colère fut entendu de la foule et un projectile fut lancé aux soldats qui passaient. Cent  verges en arrière s’avança à son tour un second rang de soldats à cheval que la foule reconnu pour les cavaliers de Strathcona Horse et du Fort Garry Horse. Mais dans la suite le maire Gray déclara qu’ils faisaient partie de la police à cheval mais qu’ils n’avaient pas encore reçu leurs tuniques rouges.

La foule se précipita alors dans les rangs des soldats et les briques, pavés, bouteilles et tous autres projectiles commencèrent à pleuvoir sur les soldats. Les cavaliers se précipitèrent alors à six ou sept rues plus loin et après s’être reformés en rang de quatre revinrent de nouveau après s’être munis de gourdins et tentèrent de pousser la foule sur les trottoirs.

Les projectiles de toutes sortes volèrent de nouveau et la cavalerie dût disparaître au coin de la rue Main. La foule, seule maintenant,  se tourna vers le tramway qui stationnait là et l’assiégea. Le garde-moteur et le contrôleur avaient fui. Les vitres volèrent en éclats et ensuite on mit le feu au tramway.

Il achevait de se consumer quand les habits rouges parurent de nouveau. Ils chargèrent, la foule se massa sur les trottoirs et quand  les cavaliers passèrent  ils furent atteints, eux et leurs chevaux, par des pierres. Ils disparurent.  Dans la foule quelqu’un  cria que s’était fini et que la parade pourrait se continuer.

Les coups de feu commencèrent alors. Une partie de la police à cheval avança.

Les cavaliers avaient leurs revolvers au poing et se tenaient en rang de quatre. Ils débouchèrent dans le parc de l’hôtel de ville devant les marches. Des coups de feu furent entendus. «Ils tirent en l’air », dit une personne dans la foule. «Ils n’ont que des cartouches blanches», dit une autre. Mais il n’en était pas ainsi.

Les policiers avaient tiré sur la foule et un homme avait été tué pendant que plusieurs autres tombaient blessés.

Les premiers coups de feu avaient à peine retenti que la foule se sauvait. La fusillade commença quinze minutes précises après la première arrivée de la police à cheval, à trois heures moins le quart, à l’horloge de l’hôtel de ville. Et deux ou trois minutes plus tard, le carré de l’hôtel de ville était désert.

À trois heures de l’après-midi, plusieurs centaines de policiers, ayant en main leur bâton, traversèrent le lieu désert de l’émeute, où brûlaient encore les cendres du tramway. L’homme tué gisait derrière le magasin où ses amis l’avaient transporté.

(C’est arrivé le 21 juin 1919).

Winnipeg city hall

Winnipeg City Hall (H[otel de ville) en 1887

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