Des nouvelles pas fraîches

Privés d’électricité

Privés d’électricité

770 000 foyers privés d’électricité

De mémoire d’homme, Hydro-Québec vient de connaître la pire panne causée par le verglas de son histoire, jusqu’à 770 000 foyers (soit un abonné sur quatre) se retrouvant plongés dans le noir.

Rien de surprenant, lorsqu’on sait que, de Drummondville, à Hull, le Québec a subi sa pire tempête de glace depuis 1961. Résultat : en Montérégie, 352 000 familles se sont retrouvées sans électricité; plus de 247 000 dans l’île de Montréal, ainsi que 1555 000 dans les Laurentides et l’Outaouais.

Et on n’est pas au bout de nos peines. Après les 20 à 30 mm tombés depuis dimanche soir, un charmant cocktail de pluie verglaçante, neige et grésil pourrait nous garder sur le qui-vive jusqu’à samedi. Sans compter les vents qui risquent de s’élever et de causer de nouveaux ravages.

Hydro-Québec incite donc ses clients à la patience. «À partir du moment où le verglas cessera, ça devrait encore prendre des heures, et peut-être plusieurs jours avant que le courant soit rétabli partout», prévient Lucie Bertrand, du service à la clientèle.

Déjà, 2000 réparateurs et leurs renforts ne savaient plus où donner de la tête, alors que de nouvelles branches d’arbre se brisaient et venaient saboter leur travail au fur et à mesure.

Les monteurs de ligne devront donc répéter leur exploit de l’an dernier, alors qu’ils ramenaient la lumière dans 300 000 foyers de Lanaudière. L’opération d’alors avait coûté 15 millions de dollars.

Or, la tempête des derniers jours a frappé une région deux fois plus vaste et des secteurs beaucoup plus peuplés. On imagine la facture…

Ce sont surtout les régions boisées qui écopent, des milliers et des milliers d’arbres craquant sous le poids de glaçons et qui, dans leur chute, bloquent les rues et arrachent les câbles. Le spectacle de désolation était particulièrement navrant entre le fleuve Saint-Laurent et la rivière Richelieu, et partout dans l’ouest de l’île.

À Saint-Césaire, la route 112 a même été fermée pendant des heures, parce que des fils électriques serpentaient soudain sur la chaussée. Près de Drummondville, où régnait un trafic monstre, huit pylônes soutenant des câbles de 735 000 volts se sont tordus le long de l’autoroute 20, qu’on a dû fermer pendant plusieurs heures. La ville devra donc s’accommoder d’une ligne parallèle pendant encore plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

En attendant, Hydro-Québec profitait hier soir de l’accalmie pour parer au plus pressant. On voulait d’abord rétablir le courant dans cinq hôpitaux, dont l’hôpital Charles-LeMoyne et l’hôpital juif de Montréal, ainsi que dans les centres pour personnes âgées.

Les plus jeunes ont aussi vécu leur dose d’aventure. Sur l’île de Montréal, presque toutes les écoles ont été fermées et pourraient d’ailleurs le rester l’espace de quelques jours si les pannes persistent. De nombreux étudiants ont également eu droit à un congé improvisé, les pannes ayant forcé Concordia et l’Université de Montréal à fermer plusieurs pavillons. À l’UQAM, les jeunes se sont toutefois plongés dans leurs livres, puisque la plupart des salles de cours sont situées à deux pas du métro.

Mais s’il faisait bon voyager sous terre, il n’en allait pas de même à l’«étage» supérieur. Certains départs d’autobus ont en effet été annulés ou retardés à Laval. Les usagers des trains de banlieue reliant Rigaud et Deux-Montagnes à la métropole sont aussi restés paralysés pendant plusieurs minutes.

Fait assez rare, même les «vrais» trains ont pâti de la température. Le gel des aiguillages ou les arbres jonchant les rails ont beaucoup allongé les voyages entre Montréal, Québec, Ottawa et Toronto. À Dorval, la situation était encore pire, puisqu’on déplorait 69 vols annulés et d’innombrables retards.

Seule consolation, bien que glacées, les routes sont restées étonnamment tranquilles. «Les gens conduisent tellement lentement dans des conditions pareilles, que même le peu d’accidents qui surviennent sont moins graves que d’habitude», a affirmé l’agent Pierre Robichaud. Un petit miracle si l’on considère que la signalisation lumineuse du pont Jacques-Cartier n’a pas fonctionné de l’après-midi ni de la soirée.

Dans le reste du Québec, on craint d’y passer à son tour. Hydro-Québec a quand même appelé es renforts de Québec, de Trois-Rivières et de l’Abitibi, et en attend de Rimouski et du Saguenay. En cas de catastrophe, les monteurs de ligne pourraient même se pointer de l’Ontario et des États-Unis.

(Texte publiés dans La Presse le 6 janvier 1998).

rue enneigée

Le froid. Photo : © Grandquebec.com

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