Des nouvelles pas fraîches

Marconi à Montréal

Marconi à Montréal

Marconi débarque à Montréal

Signor Guillelmo Marconi, le célèbre inventeur de la télégraphie sans fils, l’Homme du XXe siècle est à Montréal

Dans son édition du 30 décembre 1901, le quotidien montréalais La Presse, proclame sans ambages Signor Guillelmo Marconi, l’Homme du XXe Siècle. Voyons en quels termes, plutôt lyriques, le journal l’avait fait :

Guillaume, ou plutôt – respect de l’épellation nationale – Guillelmo Marconi, le roi de la science moderne, l’Homme du XXe siècle, ce «sorcier» de 27 ans – qu’on nous passe l’expression – qui est, enfin, parvenu, après des années d’études et de recherches, à jeter cette parcelle miraculeuse d’électricité d’un continent à l’autre, est entré à Montréal hier soir, vers les huit heures, venant de Terre-Neuve, théâtre de ses dernières expériences.

Marconi est né de père italien et de mère anglaise à Griffore, près de Bologne, le 25 avril 1874. En 1896, alors qu’il avait 22 ans, il va se fixer en Angleterre, une fois ses études terminées à l’Université de Bologne. Il réussit sa première expérience de télégraphe sans fil en mars 1899, alors qu’il était parvenu à relier deux villes distantes de 32 milles.

Merveille du progrès humain, Marconi l’est bien. Et qu’est-ce que le progrès, sinon l’expression de la loi divine qui conduit l’humanité du mal au bien, de la pauvreté à la richesse. Quand la terre s’échappa des mains de Dieu, elle était couverte d’aspérités et brute comme la boule de métal sortie du creuset du fondeur. Pendant bien des milliers d’années, elle fut inhabitable pour toute créature vivante. Ce n’était qu’une ébauche, à laquelle, dans ses suprêmes dessins, Dieu n’avait pas donné sa dernière main. C’est pourquoi, en déposant l’humanité sur sa terre refroidie, il fut dit : Je suis la vie, parce que je suis la force; je suis le travail éternel car la force ne peut se reposer. Or je t’ai faite à mon image, c’est-à-dire que je t’ai créée pour le travail. Le globe sur lequel tu es, t’appartient; je te le donne; tout y est préparé pour ton bonheur, si tu travailles, pour ton malheur, si tu demeures oisive. Tu es mon associé; poursuis, en la perfectionnant, l’œuvre de la création. J’ai tout fait ce qui était au-dessus de tes forces, fais le reste. Je t’ai donné l’intelligence, qui est une étincelle de mon être, et la main qui est à la fois un sceptre, signe de ta royauté, et le plus délicat des instruments de travail. À l’œuvre donc! Je suis avec toi.

Longtemps donc, l’homme ne comprit pas sa mission divine. Au lieu de perfectionner son globe, l’humanité se divisa en nations ennemies qui se disputèrent entre elles une place au soleil, comme si la terre était trop étroite pour les loger toutes; mais aujourd’hui qu’elle est entrée dans une vigoureuse adolescence, et que la raison lui est enfin venue, elle a honte de son passé : elle élargit la pointe des baïonnettes pour en faire des socs de charrue, et demander à la science, qui guide le travail, la gloire sans les larmes, et la richesse, fruit d’un labeur productif. L’esprit de la conquête la domine toujours, mais elle veut la conquête pacifique qui, au lieu de répandre le sang humain, verse dans des chaudières bouillantes d’eau, ce véritable sang des machines dont les flots coulent sur tous les champs de bataille de l’industrie.

Autrefois, l’homme dont les pieds craignent les épines, se traînait péniblement sur la terre, armé comme l’orang-outang, du bâton qu’il avait pris à la forêt voisine. Il ne tarda pas à dominer le cheval sur lequel il s’élança avec fierté. Mais le cheval faisait jaillir la boue et voler la poussière; l’humanité créa le chemin de fer, aussi propre qu’un ruban de soie; et comme le cheval, ce noble et fougueux animal, ne pouvait pas suffire à l’impétuosité de sa marche, elle l’a renvoyée à l’écurie pour construire des coursiers métalliques, qu’elle nourrit de terre et qui roulent et se précipitent comme l’ouragan. Elle a soumis les mers comme les continents; elle s’est élancée sur de gigantesques vaisseaux, véritables Léviathans mécaniques qu’elle nourrit de feu, puis elle à dit à l’Océan étonné : « Tu es désormais mon esclave, et tu me serviras avec docilité ».

Et quand l’humanité eut parcouru toute la terre et pris possession de son domaine, elle voulut se sentir vivre partout à la fois. Elle prit alors modèle sur les être organisés et lança dans toutes les directions des fils électriques, véritables cordons nerveux qui donnent la reconnaissance instantanée des événements les plus lointains, de même que le cerveau perçoit, à l’instant même de leur production, les sensations que l’œil, l’oreille ou la main viennent d’éprouver.

L’humanité, fille de Dieu, qui est la suprême lumière, avive la clarté du jour. Un soir donc, que les ténèbres portaient l’ennui dans son âme, elle dit : je veux qu’il ne soit plus nuit, que la lumière soit, et la lumière fut, et des millions de becs enflammés jaillirent du sein de la terre. Puis l’électricité, âme et lumière du monde, vinrent remplacer de ses rayons éblouissants la lueur jaunissante et fumeuse des gaz.

Puis l’humanité dit un jour : Est-ce que mon intelligence ne vaut pas les ailes de l’oiseau, qui n’a que l’instinct? Est-ce qu’il ne me sera pas donné de me promener dans les plaines de l’air et de conquérir l’océan atmosphérique? Elle dit et créa le ballon, qu’un Santos-Dumont est aujourd’hui en train de faire marcher avec autant de précision dans les airs que la pointe du compas guidée sur le papier par le géomètre attentif.

Enfin, ces jours derniers, près de Saint-Jean, Terre-Neuve, un Marconi vient nous démontrer la transmission instantanée de l’atome électrique à travers des milles et des milles d’espace, reliant par la seule conductibilité des couches atmosphériques les continents aux continents.

C’est le dernier mot de la science!…

La Presse poursuit son long article en expliquant de quelle manière, le 12 décembre 1901, vers 11 heures 30 minutes du matin, Guillelmo Marconi s’y était pris pour relier, par la télégraphie sans fil, les 2 000 milles séparant la station de Toldhu, à Cornwall, Angleterre, de celle de Terre-Neuve, grâce à deux instruments, transmetteur et émetteur, accordés avec une extrême précision, puisque la transmission était assurée par des oscillations vibratoires atteignant la vitesse de 900 000 à un million de vibrations par seconde, alors que pour la première fois de l’histoire, le « s » de l’alphabet morse franchissait un océan sans l’aide d’un fil. Mais tout n’avait été sans difficulté, l’Anlgo-American Cable s’étant objectée par voies légales à ce qu’il poursuive à Terre-Neuve des expériences qui allaient signifier la mort du câble sous-marin.

Ce que dit Edison à La Presse : Présentement, je suis plutôt disposé à croire que la télégraphie sans fil ne deviendra jamais commercialement praticable. Au point de faire disparaître les systèmes actuellement en opération. Cependant, je n’ai pas le moindre doute que la télégraphie sans fil rendra des services importants au chapitre du signalement des navires et en temps de guerre pour la transmission de dépêches d’un navire à l’autre, etc.

Cependant, je tiens à ajouter qu’on en peut prévoir ce qui arrivera dans le domaine des découvertes scientifiques. Quelque chose peut arriver un de ces matins, qui créer toute une révolution.

Marconi

Marconi

Marconi et son appareil. Photo de l’époque

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